mercredi 23 février 2011

Kathryn Stockett - La couleur des sentiments

Éditeur : Editions J.Chambon - Date de parution : 03/09/2010 - 526 pages

526 pages lues en apnée totale. On aurait pu m’annoncer qu’une vague de chaleur de 40 degrés minimum s’abattait sur Brest ou que la Rade n’existait plus, je n’aurais même pas réagi.Parce qu'une fois commencé ce livre, il est impossible de laisser Aibileen,  Minny et Skeeter. Cette lecture m'a attrapée, m'a ferrée et quand je ne lisais pas, leurs voix me trottaient dans la tête.
J’étais à Jackson, ville du Mississipi en cette année 1962.  Aux côtés d'Aibeleen  dans la cuisine, je la regardais s’occuper avec amour de Baby Mae Mobley. Mais aussi à  nettoyer, laver, préparer  les repas… A faire son travail de domestique, de bonne. A répondre « Oui, Ma’am » à sa patronne et à ses amies. Serre les dents, leur servir le thé et ne rien dire lorsqu’elles parlent des Nègres qui sont si différents d’eux. J’ai tremblé de dégoût et de honte quand Minnie s’est faite renvoyée pour un vol qu’elle n’avait pas commis. Et quand Skeeter a décidé d’écrire un livre où les bonnes allaient pouvoir témoigner sur leurs patronnes blanches, j’ai eu envie de sauter de joie.  Elle qui une fois terminée ses études à la Fac veut montrer et apprendre ce qui se passe réellement. Même si ses parents emploient des gens de couleur, même si ce sont ses amies qui sont concernées.  Elle va réussir à convaincre Aibileen de lui faire confiance puis Minny. Elles se verront en cachette car Aibileen et Minny prennent des risques énormes. D’autres suivront et témoigneront elles aussi.
Tour à tour, Aibileen,  Minny et Skeeter parlent, racontent cette histoire. Roman polyphonique, on se glisse dans la peau de chacune d’elles et on vit, on ressent ce livre !   Avec leurs mots, c’est tout un passé qui ressurgit.  Un passé peu glorieux où écoles, hôpitaux, magasins, bibliothèques étaient différents pour les Blancs et les Noirs. Des temps où la ségrégation raciale était bien ancrée dans les mœurs des familles blanches du Mississipi. Les gens de couleur subissaient vexations, humiliations et bien pire s’ils décidaient de transgresser les lois en vigueur. Mais une époque aussi qui verra Martin Luther King faire un rêve.  
Alors oui ! Elles vont s’accrocher pour mener à bien ce projet fou ! L’injustice, le  racisme, la mesquinerie, le mépris mais aussi la peur,  la volonté que les choses changent, la vraie amitié, l’humour et  l’amour pur jalonnent  les pages de ce bon et vrai roman. Un roman magnifique, juste, drôle, sensible et  bouleversant !
Et pour moi, c’est plus qu’un coup de cœur !
A lire également, la postface de l’auteur qui est très touchante et toute en pudeur.
Plein de billets chez l'ami BOB.

lundi 21 février 2011

Emilie Desvaux - A l'attention de la femme de ménage

Éditeur : Stock - Date de parution : 12/01/2011 - 182 pages

Il s’agit d’un premier roman et c’est ô combien délicat d’écrire noir sur blanc que je n’ai pas accroché à ce livre. En fait, je n'ai pas réussi à rentrer dans cette histoire et à trouver ma place…
« Elle » raconte, prend à témoin une énigmatique femme de ménage. Sa femme de ménage qui vient tous les jeudis. Pas de mots inutiles échangés  entre elles, juste le strict minimum. Elle a 37 ans, elle est veuve depuis peu et  sans enfant. Elle habite dans une grande maison entourée d’un jardin. La maison où elle toujours vécu depuis qu’elle est née. Elle n’est pas seule car Marie-Jeanne, la jeune et belle cousine de son défunt mari s’est invitée à rester. Une relation sensuelle amoureuse naît entre les deux femmes mais elle voudrait que Marie-Jeanne parte et que tout cesse.

Qui est cette femme ? Aux premiers abords, on dirait qu’elle se languit, nonchalante, qu'elle passe ses journées à  attendre que le temps passe.  Ce récit est une longue lettre adressée à sa femme  de ménage. Elle ne connait rien d’elle mais c’est à cette femme silencieuse  qu’elle se confie. Je me suis posée la question de savoir si cette femme de ménage existait ou si elle était le fruit de son imagination.  Sa vie semble fade, triste, sans goût. Avec un mariage où l’amour s’était éteint. La mort accidentelle  de son mari ne l’a ni plongée dans un immense désarroi ni dans le chagrin. Elle vit enveloppée dans ses souvenirs d’enfance et d’adolescence. Une mère distante, sèche. Un père affectueux. De trop, peut-être. Je n’ai pas compris  si elle faisait allusion à un amour incestueux ou à des gestes déplacés.  Marie-Jeanne est un rayon de soleil. Jeune et insouciante, elle se laisse porter par la vie. Mais sa présence l'envahit peu à peu et  le désir fait  place à une méchanceté froide.  Je me suis sentie perdue dans ce récit, dans cette maison et dans cette relation avec Marie-Jeanne. Perdue, cherchant mon chemin entre ses souvenirs, ses fantasmes. Une confusion désagréable en ce qui me concerne. Je me suis demandée où elle m’emmenait. Le sentiment d’être mal à l’aise m’a mise sur la défensive. Et,  je me suis sentie totalement étrangère à cette lecture.
Merci Laure-Anne !


dimanche 20 février 2011

Autopsie d'un mariage

Alors que Gwen fête aujourd'hui ses 18 ans de mariage, elle nous invite à la  manière des personnages de Blandine Le Callet dans Une pièce montée à raconter, imaginer...

Ah, un mariage supplémentaire pour ma commune. C’est bien ! Avec ça, le village ne va pas mourir. Tous ces jeunes ils feront des enfants qui iront à l’école. Encore que ces deux là, je ne sais pas s’ils en auront. Le marié a l’air d’un nigaud et la mariée n’est pas une beauté, loin de là !  Et le commerce ? J’oubliais ! Ginette qui se plaignait de n’avoir plus personne à sa supérette. Eh bien, ces couples,  ils consommeront. Je souris, allez, ils vont signer le registre et je vais leur faire cadeau d’une bouteille de champagne. Ils seront contents, émus et reconnaissants. Je vois déjà les parents du marié qui lorgnent sur le cadeau. J’ai trouvé une astuce, j’achète du bon champagne sur le compte de la mairie. Je garde la belle boîte et je le remplace par du mousseux premier prix. dans une semaine, c’est l’anniversaire du fiston... ça tombe bien !
Je ne  sais pas pourquoi Monsieur le Maire a voulu que je sois là aujourd’hui. Est-ce qu’il a besoin d’une adjointe pour célébrer un mariage ? Enfin, je ne vais me plaindre. J’ai posé sur la table mon carnet où je les note tous. Ce couple c’est le troisième de l’année. Et bien pas de chance pour eux ! J’applique les statistiques à la lettre : un mariage sur trois finit par un divorce et bien, ce sera vous ! Quel plaisir de barrer  déjà leurs noms. Franchement, les gens devraient réfléchir et se renseigner. Et je peux affirmer  que d’ici moins de deux ans, leur mariage ne sera plus qu'un mauvais souvenir. Oh oui, ils la maudiront cette journée !Je souris à toute l’assemblée, s’ils savaient ce que je pense. Allez oui, c’est le plus beau jour de votre vie, on en reparlera...
Je me demande d’où mon fils a pris ce physique. Sûrement pas de mon côté,  il a l’air d’un poireau ! Comment un homme aussi beau que moi a pu donner ce  résultat ? Désespérant ! Et dire qu’il a fallu payer et l’inscrire sur Internet. Et tout ça pour quoi ? Pour trouver cette grosse dinde qui habitait à moins de 50 kilomètres.  Moi je n’avais que l’embarras du choix, elles me courraient toutes après ! Tiens, la tante du dindon me regarde et je devine l’éclosion d’un sourire. Elle n’est pas trop mal. Mais Ce n’est parce qu’on a 50 ans, qu’on est obligé de faire dans la gaine et la culotte Damart ! Je vise sa fille toute pimpante dans sa petite robe moulante. Oh oui, je devine ses petits seins qui n’attendent que moi … La journée ne sera pas perdue.
Il parait que certaines pleurent lorsqu’elles marient leur fille. C’est idiot. Voilà le maire qui décline son identité «  fille de Monsieur Perron Jean et de Madame Perron Martine ». S’il savait. Personne ne sait. Même pas mon mari. Ma fille est ma croix que je porte depuis 28 ans. Rien qu’à la voir ou la  regarder,  je me sens sale et humiliée. Je n’ai jamais pu aimer cet enfant. Elle m’inspire du dégoût, de la haine. Il y a 28 ans, un soir que je revenais de l’usine, ils m’attendaient près d’un bosquet. J'avais 21 ans. Deux d’entre eux  se sont mis  devant mon vélo et le troisième se tenait près de moi. Il puait l’alcool et puis il a essayé de m’embrasser. J’ai voulu me défendre et les deux autres sont intervenus pour me flanquer par terre. J’ai crié, j’ai pleuré. Je les ai suppliés. Ils n’ont rien voulu entendre. J’entendais leurs rires pernicieux, je sentais leurs souffles d’animaux dans mon cou. Ce qu’ils m’ont laissé, c’est elle. Née neuf mois plus tard alors que j’étais déjà fiancée à Jean. Heureusement qu’on n’avait pas attendu le mariage comme ça il n’a rien su. Non, et personne ne le saura qu'elle représente tout ce mal.
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