vendredi 25 février 2011

Pierre Lemaitre - Alex

Éditeur : Albin Michel- Date de parution : 02/02/2011 - 392 pages

Une  jolie trentenaire, Alex, essaye une perruque dans un magasin. Dans la rue, elle aperçoit un homme qu’elle a déjà vu dans le métro le même jour.  Le soir même, après avoir dîné seule dans un restaurant, elle se fait brutalement enlevée par cet individu. Le début de l’enfer pour Alex si l’on veut et le début d’une enquête pour le commissaire Camille Verhoeven…
Je vous imagine devant votre écran les cheveux hirsutes, la tasse de café  à  la main, un œil ouvert et l’autre à moitié fermé. Et là, votre sang ne fait qu’un tour, l'air hagard,  vous voulez crier mais la surprise vous  en empêche  (à moins que vous ne soyez en train de vous étouffer en avalant votre gorgée de café…). Quoi, comment ? Le commissaire Verhoeven ? Celui qu’on avait découvert dans  Travail soigné ? Et  oui, c’est bien  lui.  Cependant, ceux qui n’ont pas lu Travail soigné ne seront pas pénalisés. Depuis les évènements  tragiques ( soit on les sait, soit on les découvre), il s’agit de la première enquête du commissaire sur une affaire de disparition. Une disparition avec juste un témoin qui a vu de loin une camionnette blanche et une  victime non signalée. Voilà ce qui tracasse le commissaire. A partir de là, Pierre Lemaitre nous promène dans un thriller redoutable. On va de surprise en rebondissement,  la tension et le suspense vont en crescendo! Et je n’en dirai pas plus. D’ailleurs, ne lisez pas la 4ème de couverture qui en dit de trop...

Mais, j’ai quelques petits bémols. Certaines scènes sont vraiment très violentes , la première partie traîne un peu en longueur et j’ai trouvé que certains points n’étaient pas très cohérents (je pense justement à la fin de la première partie). Mais, j’ai été plus que secouée ! Tout  le livre alterne entre une narration sous deux angles celle de la jeune fille et celle du commissaire. J’ai trouvé l’écriture plus sèche que dans Travail soigné et que dans Robe de marié. L’auteur nous déroule un plan, une histoire extrêmement dure. Je ne m’attendais pas au pourquoi du comment qui m’a laissée complètement sonnée car je n’ai rien vu venir !
Un conseil, accrochez-vous…
Ma préférence va toujours pour le moment à Robe de marié.
Les billets de Canel, Lasardine, Pimprenelle, Sophie.

jeudi 24 février 2011

Kari Hotakainen - La part de l'homme

Éditeur : JC Lattès - Date de parution : 23/02/2011 - 285 pages

Salme est une ancienne mercière à la retraite. Elle rencontre par hasard un écrivain en manque d’inspiration  qui lui propose un marché. Lui raconter sa vie contre de l’argent pour en faire un livre. Une proposition folle, insensée  aux yeux de Salme. Mais celle ci a besoin d’argent et elle estime que sa vie vaut un prix plus élevé. Elle accepte de tout lui raconter contre 7000 Euros. Salme, mariée, mère de trois enfants lui promet de lui dire que la vérité.
Avertissement : si vous cherchez un livre qui vous livre un aspect tout rose et tout lisse  de la Finlande passez votre chemin…
Quel livre ! J’étais loin, mais vraiment très  loin de m’imaginer que cette lecture allait me troubler à ce point. Le hasard amène Salme à rencontrer un écrivain. Le marché est simple : lui raconter sa vie contre de l’argent.  Elle décide qu’elle ne dira pas tout et fait promettre à l’écrivain de n’écrire que ses propres paroles.  Après tout, elle peut lui parler de son  ancien commerce, de son mari Paavo et de ses trois enfants qui ont réussi leur vie. Comment elle et son mari ont gagné honnêtement leur vie, élevé et inculqué des valeurs à leurs enfants. Une vie qui semble lisse, parfaite, idéale même. Mais l’écrivain se questionne sur la véracité du récit de Salme.  On découvre que son mari Paavo s’est enfermé dans un mutisme et  que ses trois enfants Helena, Pekka et Maija n’ont  pas si bien réussi. Salme est une personne  foncièrement honnête qui ne comprend plus la société actuelle. Un monde où le profit et  le libéralisme  conduisent à toutes les dérives. Ses propres enfants  y ont contribué et en sont victimes à leur tour. Helena et  Pekka sont deux êtres laminés, essorés par ce système. Est-ce le récit de Salem qui nous est  livré ou l’écrivain y a t’il apporté une part de fiction ? On en sait pas par contre sans en dire de trop, on est bousculé, saisi par cette histoire où finalement tout s’imbrique. 

Il s’agit d’un livre dense remarquablement bien mené ! L’auteur nous pousse dans nos retranchements, nous amènent à nous questionner sur le monde dans lequel nous vivons et auquel nous participons.  Ca percute, ça clashe !
L’auteur nous met face à nous même avec beaucoup de sarcasme.  Il s'agit d'une lecture riche en réflexions sur des sujets qui ne peuvent pas laisser le lecteur indifférent.

Les personnages sont dirigés d'une main de maître. Rien n'est innocent ou laissé au hasard  et la fin m'a laissée sans voix...

mercredi 23 février 2011

Kathryn Stockett - La couleur des sentiments

Éditeur : Editions J.Chambon - Date de parution : 03/09/2010 - 526 pages

526 pages lues en apnée totale. On aurait pu m’annoncer qu’une vague de chaleur de 40 degrés minimum s’abattait sur Brest ou que la Rade n’existait plus, je n’aurais même pas réagi.Parce qu'une fois commencé ce livre, il est impossible de laisser Aibileen,  Minny et Skeeter. Cette lecture m'a attrapée, m'a ferrée et quand je ne lisais pas, leurs voix me trottaient dans la tête.
J’étais à Jackson, ville du Mississipi en cette année 1962.  Aux côtés d'Aibeleen  dans la cuisine, je la regardais s’occuper avec amour de Baby Mae Mobley. Mais aussi à  nettoyer, laver, préparer  les repas… A faire son travail de domestique, de bonne. A répondre « Oui, Ma’am » à sa patronne et à ses amies. Serre les dents, leur servir le thé et ne rien dire lorsqu’elles parlent des Nègres qui sont si différents d’eux. J’ai tremblé de dégoût et de honte quand Minnie s’est faite renvoyée pour un vol qu’elle n’avait pas commis. Et quand Skeeter a décidé d’écrire un livre où les bonnes allaient pouvoir témoigner sur leurs patronnes blanches, j’ai eu envie de sauter de joie.  Elle qui une fois terminée ses études à la Fac veut montrer et apprendre ce qui se passe réellement. Même si ses parents emploient des gens de couleur, même si ce sont ses amies qui sont concernées.  Elle va réussir à convaincre Aibileen de lui faire confiance puis Minny. Elles se verront en cachette car Aibileen et Minny prennent des risques énormes. D’autres suivront et témoigneront elles aussi.
Tour à tour, Aibileen,  Minny et Skeeter parlent, racontent cette histoire. Roman polyphonique, on se glisse dans la peau de chacune d’elles et on vit, on ressent ce livre !   Avec leurs mots, c’est tout un passé qui ressurgit.  Un passé peu glorieux où écoles, hôpitaux, magasins, bibliothèques étaient différents pour les Blancs et les Noirs. Des temps où la ségrégation raciale était bien ancrée dans les mœurs des familles blanches du Mississipi. Les gens de couleur subissaient vexations, humiliations et bien pire s’ils décidaient de transgresser les lois en vigueur. Mais une époque aussi qui verra Martin Luther King faire un rêve.  
Alors oui ! Elles vont s’accrocher pour mener à bien ce projet fou ! L’injustice, le  racisme, la mesquinerie, le mépris mais aussi la peur,  la volonté que les choses changent, la vraie amitié, l’humour et  l’amour pur jalonnent  les pages de ce bon et vrai roman. Un roman magnifique, juste, drôle, sensible et  bouleversant !
Et pour moi, c’est plus qu’un coup de cœur !
A lire également, la postface de l’auteur qui est très touchante et toute en pudeur.
Plein de billets chez l'ami BOB.
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