mardi 1 mars 2011

9ème Edition du prix de Télégramme

La 9ème édition du Prix des Lecteurs du Télégramme sera lancée officiellement  dans la presse le samedi 19 mars.
 
Et ... roulement de tambours et tandam ! Voici  les livres retenus :
 - Le dernier roi d'Angkor Jean-Luc Coatalem (Grasset)
- Les femmes du braconnier Claude Pujade-Renaud (Actes Sud)
- Le cul des anges Benjamin Legrand (Seuil )
- Une douce flamme Philipp Kerr (Masque)
- Les poissons ne connaissent pas l'adultère Carl Aderhold (Lattès)
- Entre ciel et terre John Kalman Stefansson (Gallimard)
- Le retour de Jim Lamar Lionel Salaün (Liana Levi)
- Jon l'islandais Bruno d'Halluin (Gaïa)
- Les rillettes de Proust Thierry Maugenest (JBZ et Cie)
- Le sang et la mer Gary Victor (Vents d'ailleurs)

Comme l'année dernière, j'y participe et j'ai de la lecture en perspective car je n'en ai lu aucun...

Sebastian Barry - Le testament caché

Éditeur : Folio - Date de parution : 20/01/2011 - 410 pages

L’hôpital psychiatrique de Roscommon va être détruit. Le docteur Grene, psychiate,  doit évaluer les patients pour savoir s’ils sont aptes ou non à réintégrer la société. Le cas de la  pensionnaire Roseanne McNulty lui cause des soucis. Cette femme âgée  de cent ans, elle ne sait plus trop son âge, a passé plus de la moitié de sa vie entre ces murs.  Et personne ne sait plus pourquoi elle y avait été admise.
Je suis toujours attirée par l’histoire de l’Irlande, par cette terre à l’aspect rude fouettée par la mer et  le vent. Aussi quand j’ai vu cette nouveauté de janvier en poche, l’appel du cœur a été plus fort que celui de la raison. Eh oui ! Faible je suis, faible je resterai…  Alors, ai-je eu raison de faire taire la voix de la  sagesse déguisée en Euros sonnants et trébuchants ?
Ce livre alterne les cahiers du docteur Grene et ceux de Roseanne. La vieille femme a décidé d’écrire son histoire en cachette. Parallèlement, le docteur Grene consigne ses entretiens. Et si Roseanne prétend  ne plus savoir pour quelle raison elle a été admise,  il s’agit  une femme totalement saine d’esprit qui se dévoile par écrit. Cette femme enfermée dans ces murs depuis au moins cinquante ans  porte en elle une partie de l’histoire tourmentée de son pays. Elle nous fait revivre des années sombres : le déchirement d’un pays, les luttes politiques et religieuses. Le père Gaunt, fervent catholique et tyran qui désapprouve toute autre forme de religion, utilise la foi et la crainte qu’elle aspire. Fille de presbystérien, Roseanne  en subira  de lourdes conséquences.  Le récit du docteur Grene m’a moins intéressé : son mariage qui a sombré, ses doutes… J’y ai trouvé des longueurs. Par contre, les  recherches qu’il entreprend sur Roseanne m’ont presque tenu  en haleine  car les résultats  qu’il obtient ne corroborent pas toujours  les faits relatés par Roseanne.
Fait magnifique, cette femme dont la vie a été brisée écrit sans haine… Autre bémol : j’avais deviné le fin mot de l’histoire. Un avis mitigé mais une  plongée dans l’Irlande grâce aux carnets de Roseanne  et à l’écriture envoûtante de Sebastian Berry.  A découvrir quand même !

samedi 26 février 2011

Seule devant sa glace

Derrière les apparences : voici le thème de cette semaine chez les Impromptus Littéraires.

Elle est arrivée là un peu par hasard. Sans point de chute.  Elle a rejoint le flot des gens qui partent pour démarrer une nouvelle vie. Laisser ses souvenirs et  essayer de les oublier, comme si avant il ne s’était rien passé. Elle s’est échouée  dans cette petite ville de province. On la voit dans sa blouse blanche au liseré  rosé à servir les clients. Derrière le comptoir, elle s’affaire avec  efficacité.  S’occuper les mains lui permet de ne pas  penser.  C’est devenu son échappatoire même si la culpabilité, la douleur ne franchissent jamais  cette porte de sortie. Aimable, polie, jamais désagréable. Elle s’efforce de rigoler aux blagues déjà entendues maintes fois, de s’intéresser au temps qu’on prédit.  Elle sourit  quand on lui demande « une baguette de pain, ma jolie ! Normal, hein ? On est dans une boulangerie ».  Ne s’offusque pas quand les derniers clients débarquent pressés un peu avant  19h30 et s’étonnent, méprisants qu’il n’y ait plus de choix. Les remarques désobligeantes glissent sur elle. Les compliments ou les mots gentils, pareil. Elle s’active du matin au soir. Toujours la dernière partie pour reculer le moment où elle devra  retrouver son studio meublé. Derrière les apparences d’une vendeuse, elle dissimule une vie qu’elle a perdue. Machinalement, elle enlève sa blouse puis se démaquille. Elle se retrouve seule avec elle-même devant sa glace. Sans les artifices dont elle se munit sur la journée, son visage lui renvoie son passé. Violent, douloureux. C’est le moment le plus dur. Celui où elle doit se confronter à ses cauchemars. Elle s’agrippe au lavabo et pleure.  Elle s’effondre sur le sol en murmurant « mon bébé, mon trésor ». Comme si ces paroles pouvaient lui ramener l’enfant qu’on lui a pris. Son enfant.
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