mercredi 2 mars 2011

Sibylle Grimbert - Le vent tourne

Éditeur : Leo Scheer - Date de parution : 02/01/2011 - 254 pages tourbillonnantes...

Un dîner chic chez des gens chics. Pourrait-on dire. Un dîner avec des invités comme il faut pour une soirée réussie. Quand  Edmond s’y rend, il pressent que le vent va tourner en sa défaveur. En effet, son meilleur ami le dédaigne, sa femme  le délaisse.  Benjamin, la trentaine, fils d’un chef d’entreprise croit que son jour de gloire a enfin sonné. Tout ce petit monde s’attend à une soirée convenue sans un mot de travers. Sauf que le ballet des petits-fours,  des conversations, des amitiés et des amours va prendre une tournure inattendue…
Et l’auteure a réussi un pari sans même le savoir. Vous savez tous que j’aime les écritures aux phrases courtes, concises. Pourtant le style de cette auteure est à l’opposé. Et qui dit phrases longues, dit « bibi qui se lasse et qui finit par décrocher au bout d’un moment ». J’admets qu’il  m’a fallu me faire à ce style, l’apprivoiser. Pas longtemps. Le temps des deux ou trois premières pages et ensuite il s’agit de l’écriture de Sibylle Grimbert qui m’a accrochée. Pari gagné, renversement de situation comme l’histoire de ce livre (quelle transition réussie!). J’aime quand les personnes guindées sont bousculées, quand les convenances bobo  sont malmenées, que tout ce petit monde bien propre, bien soigné et dûment installé sur ses lauriers de la réussite sociale soit remué. Les personnalités jusqu’ici muselées apparaissent, les langues se délient et les masques tombent. Le temps d’une soirée où Marianne voit ses invités se trémousser  sur  la danse des canards (oh, l’horreur !), où Edmond, éditeur, refuse un manuscrit qui finit dans un seau à champagne. Mais surtout le temps que Benjamin le fils écrasé et dominé par son père se  donne l’illusion d’avoir les rênes en mains, le temps de croire qu’il peut exister par lui-même. Les amitiés changent de camps, on se toise puis oui on se soutient dans l’adversité. Mais une soirée est éphémère et quand chacun enfile son manteau, les « on s’appelle, promis ? » sont vite oubliés. Sibylle Grimbert décrit cette danse endiablée où les personnages s’entrechoquent, se heurtent et tombent. Pas à coups de couteaux de boucher mais avec une finesse grinçante d’ironie.  
Une belle découverte !
Le billet de Livrogne.
Il fallait s’observer avec le même regard que celui qu’on porte sur un étranger croisé dans la fils d’un bureau de tabac ou sur un passage piétons, avec indifférence, sans intériorité, sans ce ramassis d’espoirs et de déceptions, sans toutes ces histoires particulières qui nous rendent si singulières à nos propres yeux.

mardi 1 mars 2011

9ème Edition du prix de Télégramme

La 9ème édition du Prix des Lecteurs du Télégramme sera lancée officiellement  dans la presse le samedi 19 mars.
 
Et ... roulement de tambours et tandam ! Voici  les livres retenus :
 - Le dernier roi d'Angkor Jean-Luc Coatalem (Grasset)
- Les femmes du braconnier Claude Pujade-Renaud (Actes Sud)
- Le cul des anges Benjamin Legrand (Seuil )
- Une douce flamme Philipp Kerr (Masque)
- Les poissons ne connaissent pas l'adultère Carl Aderhold (Lattès)
- Entre ciel et terre John Kalman Stefansson (Gallimard)
- Le retour de Jim Lamar Lionel Salaün (Liana Levi)
- Jon l'islandais Bruno d'Halluin (Gaïa)
- Les rillettes de Proust Thierry Maugenest (JBZ et Cie)
- Le sang et la mer Gary Victor (Vents d'ailleurs)

Comme l'année dernière, j'y participe et j'ai de la lecture en perspective car je n'en ai lu aucun...

Sebastian Barry - Le testament caché

Éditeur : Folio - Date de parution : 20/01/2011 - 410 pages

L’hôpital psychiatrique de Roscommon va être détruit. Le docteur Grene, psychiate,  doit évaluer les patients pour savoir s’ils sont aptes ou non à réintégrer la société. Le cas de la  pensionnaire Roseanne McNulty lui cause des soucis. Cette femme âgée  de cent ans, elle ne sait plus trop son âge, a passé plus de la moitié de sa vie entre ces murs.  Et personne ne sait plus pourquoi elle y avait été admise.
Je suis toujours attirée par l’histoire de l’Irlande, par cette terre à l’aspect rude fouettée par la mer et  le vent. Aussi quand j’ai vu cette nouveauté de janvier en poche, l’appel du cœur a été plus fort que celui de la raison. Eh oui ! Faible je suis, faible je resterai…  Alors, ai-je eu raison de faire taire la voix de la  sagesse déguisée en Euros sonnants et trébuchants ?
Ce livre alterne les cahiers du docteur Grene et ceux de Roseanne. La vieille femme a décidé d’écrire son histoire en cachette. Parallèlement, le docteur Grene consigne ses entretiens. Et si Roseanne prétend  ne plus savoir pour quelle raison elle a été admise,  il s’agit  une femme totalement saine d’esprit qui se dévoile par écrit. Cette femme enfermée dans ces murs depuis au moins cinquante ans  porte en elle une partie de l’histoire tourmentée de son pays. Elle nous fait revivre des années sombres : le déchirement d’un pays, les luttes politiques et religieuses. Le père Gaunt, fervent catholique et tyran qui désapprouve toute autre forme de religion, utilise la foi et la crainte qu’elle aspire. Fille de presbystérien, Roseanne  en subira  de lourdes conséquences.  Le récit du docteur Grene m’a moins intéressé : son mariage qui a sombré, ses doutes… J’y ai trouvé des longueurs. Par contre, les  recherches qu’il entreprend sur Roseanne m’ont presque tenu  en haleine  car les résultats  qu’il obtient ne corroborent pas toujours  les faits relatés par Roseanne.
Fait magnifique, cette femme dont la vie a été brisée écrit sans haine… Autre bémol : j’avais deviné le fin mot de l’histoire. Un avis mitigé mais une  plongée dans l’Irlande grâce aux carnets de Roseanne  et à l’écriture envoûtante de Sebastian Berry.  A découvrir quand même !
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