vendredi 4 mars 2011

Douna Loup - L'embrasure

Éditeur : Mercure de France - Date de parution : 02/09/2010 - 156 pages superbes...

La forêt est grande, profonde, vibrante, vivante et vivifiante. Elle est quelque chose comme une femme qui voudrait l'homme sans lui dire. Quelque chose qui dit oui sous la robe mais qui s'est perdu dans la bouche, qui devient tendre dans l'humus et vous jette des ronces au visage. La forêt est comme ça, ici. Le sauvage sait y faire. L'attirance qu'elle éprouve à se faire explorer, elle la garde au-dedans, de la sève en puissance qui coule sous la terre, qui monte comme une odeur et vous emballe sur-le-champ. Même le ciel, au-dessus, ne reste pas indifférent. Qu'elle soit froissée après la pluie, comme les femmes qui préfèrent se doucher avant, qu'elle soit bouillante de soleil, comme celles qui brûlent après la porte d'entrée, la forêt ici, elle ne laisse personne sortir indemne.
Premier roman d’une jeune auteure Suisse qui s'ouvre sur ces lignes. Un premier roman qui m'a conquise ! Parce que Douna Loup nous raconte une histoire simple en apparence  mais qui sous sa plume oscille entre l’onirique et la réalité. L’histoire d’un jeune homme passionné par la chasse et qui travaille à l’usine parce qu’il le faut. Un jeune homme de 25 ans qui le week-end, sort avec ses copains pour  boire quelques bières. Il  aime s’exercer au stand de tir et par dessus tout, la chasse. Ou plutôt faire corps avec la forêt.  Sa vie bascule le jour où il découvre un cadavre dans sa forêt. Un homme qui est venu se laisser mourir. Comment a t-il pu faire cela ? Et cette question va la tarauder, l’empêcher de continuer sa vie paisible et calme.  Le début d’un voyage pour comprendre et durant lequel il rencontre Eva,  jeune femme mystérieuse. Il  veut garder son indépendance, rester maître  de sa vie comme si ses habitudes le protégeaient. Eva l’aidera à dépasser cette peur de l’inconnu.
Il s’agit d’un livre avec une écriture époustouflante, poétique et  sensuelle.  Une écriture qui nous enrôle, nous transporte et je me s’en suis délectée. J’ai été touchée par cette histoire, par ces personnages en quête d’eux-mêmes et de vérité.  Un premier roman très beau, juste et  sensible et qui charrie des sillons profonds d’émotions pures ! Rien que ça !

jeudi 3 mars 2011

Tatiana de Rosnay - Rose

Éditeur : Héloïse d'Ormesson - Date de parution : 03/03/2011 - 248 pages

Paris, 1868. Rose Bazelet reçoit une lettre du préfet qui la bouleverse. Sa maison située sur le tracé du boulevard St Germain doit être détruite. Veuve depuis 10 ans, elle confie par écrit  à son défunt époux Armand son combat quotidien pour garder leur demeure rue Childebert.
Et oui, il s'agit du nouveau livre de Tatiana de Rosnay et nul doute qu'on va en parler beaucoup. Alors, je vais essayer de ne pas en dire de trop...
Avec ce livre, l'auteure nous plonge dans Paris sous le Second Empire. Le Préfet Haussmann veut une ville neuve  avec de grands boulevards. Un Paris propre doté d’assainissement des égoûts. Une révolution qui s’effectue avec la destruction entière de quartiers. La maison de Rose Bazelet  doit être détruite. Une maison chargée de souvenirs et qui a une âme. Dans une écriture élégante et raffinée, Rose nous décrit ce Paris d’avant, son quartier et sa vie. Alexandrine, la fleuriste avec qui elle nouera une amitié très forte, Mr Zamaretti, le libraire qui lui fera découvrir Faubert, Baudelaire ou encore Zola. Gilbert, le chiffonnier qui l'aidera à rester cachée. On ressent tout l’amour, l’attachement de Rose pour cette demeure. Au fil des pages, sa personnalité s’affirme et la femme se dévoile.  Roman épistolaire où l’on découvre également des lettres reçues par Rose, d’autres thèmes son abordés : l’amour, la solitude, les relations mère-fille et les non-dits. Car malgré les apparences d’un bonheur tranquille, il y a des points qui font mal et un secret inavoué à son mari. Voilà, je n’en dirai pas plus...
Alors oui, je me suis laissée porter par ce roman qui a un goût de nostalgie. Une déclaration d’amour sous la forme  d’une plongée dans ce Paris où les références à la Curée de  Zola sont incontournables. Petit bémol : j’ai deviné très vite le secret de Rose et l’effet de surprise a été gâché. Par contre, le fin mot du livre est beau  et terrible.
Merci à l'ami BOB pour ce partenariat !

mercredi 2 mars 2011

Sibylle Grimbert - Le vent tourne

Éditeur : Leo Scheer - Date de parution : 02/01/2011 - 254 pages tourbillonnantes...

Un dîner chic chez des gens chics. Pourrait-on dire. Un dîner avec des invités comme il faut pour une soirée réussie. Quand  Edmond s’y rend, il pressent que le vent va tourner en sa défaveur. En effet, son meilleur ami le dédaigne, sa femme  le délaisse.  Benjamin, la trentaine, fils d’un chef d’entreprise croit que son jour de gloire a enfin sonné. Tout ce petit monde s’attend à une soirée convenue sans un mot de travers. Sauf que le ballet des petits-fours,  des conversations, des amitiés et des amours va prendre une tournure inattendue…
Et l’auteure a réussi un pari sans même le savoir. Vous savez tous que j’aime les écritures aux phrases courtes, concises. Pourtant le style de cette auteure est à l’opposé. Et qui dit phrases longues, dit « bibi qui se lasse et qui finit par décrocher au bout d’un moment ». J’admets qu’il  m’a fallu me faire à ce style, l’apprivoiser. Pas longtemps. Le temps des deux ou trois premières pages et ensuite il s’agit de l’écriture de Sibylle Grimbert qui m’a accrochée. Pari gagné, renversement de situation comme l’histoire de ce livre (quelle transition réussie!). J’aime quand les personnes guindées sont bousculées, quand les convenances bobo  sont malmenées, que tout ce petit monde bien propre, bien soigné et dûment installé sur ses lauriers de la réussite sociale soit remué. Les personnalités jusqu’ici muselées apparaissent, les langues se délient et les masques tombent. Le temps d’une soirée où Marianne voit ses invités se trémousser  sur  la danse des canards (oh, l’horreur !), où Edmond, éditeur, refuse un manuscrit qui finit dans un seau à champagne. Mais surtout le temps que Benjamin le fils écrasé et dominé par son père se  donne l’illusion d’avoir les rênes en mains, le temps de croire qu’il peut exister par lui-même. Les amitiés changent de camps, on se toise puis oui on se soutient dans l’adversité. Mais une soirée est éphémère et quand chacun enfile son manteau, les « on s’appelle, promis ? » sont vite oubliés. Sibylle Grimbert décrit cette danse endiablée où les personnages s’entrechoquent, se heurtent et tombent. Pas à coups de couteaux de boucher mais avec une finesse grinçante d’ironie.  
Une belle découverte !
Le billet de Livrogne.
Il fallait s’observer avec le même regard que celui qu’on porte sur un étranger croisé dans la fils d’un bureau de tabac ou sur un passage piétons, avec indifférence, sans intériorité, sans ce ramassis d’espoirs et de déceptions, sans toutes ces histoires particulières qui nous rendent si singulières à nos propres yeux.
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