mardi 22 mars 2011

Fanny Chesnel - Une jeune fille aux cheveux blancs

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Février 2011 - 217 pages  relevées !

Caroline a soixante ans tout ronds. Elle range sa blouse de dentiste et bonjour la retraite ! Du temps libre, faire ce qu’on veut de ses journées sans un agenda de premier ministre. Mais ses filles redoutent qu’elle déprime,  qu’elle s’ennuie et lui offre un abonnement … pour des activités entre seniors au club Nouvel-âge.
Si à soixante ans j’ai la verve et le caractère de Caroline, je dis chouette ! Car  son franc-parlé, son dynamisme sont délicieux !  Et je ne me suis pas ennuyée une seconde en sa compagnie ! Mariée depuis plus de  tente ans, grand-mère comblée, Caroline ne se voit pas pour autant  faire du théâtre ou de l’aquagym avec des personnes retraitées. La retraite, voilà un mot qui fait peur à ses filles. Peur que leur mère si active avant  trouve le temps long.  Et avec une écriture enjouée, Fanny Chesnel met le doigt sur cet aspect social. Car qui dit retraite dit souvent de multiples activités et des journées bien remplies (et quelquefois bien plus que quand l’on était actif !).  Soixantenaire pimpante, Caroline va se surprendre et étonner sur bien des plans… La galerie des personnages est attachante, drôle sans tomber dans la caricature. Le veuvage, la solitude, l'amour et l'avenir sont traités sans fioriture. De façon juste et simple. Sans chercher à en faire de trop, bien au contraire. Et  l'on est aussi touché, pari gagné.

Un premier roman fort réussi qui réserve des surprises ! J’ai souri, j’ai rigolé franchement, je me suis questionnée et  j’ai poussé  un soupir de soulagement à la fin (vieux jeu, moi ? non !!!). Mais lisez-le…
-Chéri,  qu’est-ce que tu fais ?
-Rien, je fais un rêve érotique, rendors-toi.
-Avec moi ?
Je déteste quand il prend cet air de petite chatte.Ca nous infantilise et nous n’avons pas besoin de ça.
-Non, Philippe, tu ronfles comme un gorille, ça ne m’excite pas, je t’assure.
-C’est sympa de me réveiller en tout cas.
-Tu ne manques pas d’air : je n’ai pas dit un mot.
-T’es debout au milieu de la chambre, toute nue devant ton miroir, excuse-moi si ça m’angoisse.
-On n’a plus le droit de rêver alors ?

L’avis de Cuné.

lundi 21 mars 2011

Cristina Comencini - Quand la nuit

Éditeur : Grasset - Date de parution : Mars 2011 - 297 pages

Marina vient passer un mois dans un petit village de montagnes avec Marco, son fils de deux ans.  Elle loue un appartement à un montagnard Manfeld.  Un guide de haute montagne, un taiseux dont la fierté et  le mépris envers les femmes dissimulent bien  des blessures. Marina est jeune  et bien sûr, elle aime Marco.  Elle l’adore car il s’agit de son fils, de sa chair. Mais il s'agit aussi d'un enfant qui pleure ou  qui ne veut pas dormir. Alors, quelquefois Marina s’énerve, s’emporte contre lui  et le regrette. Elle a décidé de prouver au père de Marco qu’elle est une bonne mère et qu’elle peut s’occuper de son fils sans aide. Manfeld l’épie, la traque.   Comme s’il voulait lui faire payer la fuite de sa mère, l’abandon de sa femme.  Dans ce hameau montagneux  des Dolmites à la frontière autrichienne, tout prend une autre allure.  Marine qui semble si fragile est prête à tout pour ne pas montrer ses faiblesses.  Un soir, Marco est blessé. Manfeld veut que Marina avoue la vérite. Vérité honteuse...
Un combat s’instaure entre Marina et Manfeld.  Deux êtres que la solitude commune rapproche et sépare. Duel qui se joue sans mots mais où les non dits voleront en éclats. 
Même si ce livre n’est pas parfait sur tous les points, Cristina  Comencini charrie amour, culpabilité, haine,  remords  avec finesse. J'ai été émue, touchée par  Marina : sa volonté et sa difficulté d'être mère sont très bien décrites ! Il ne s’agit pas d’un thriller mais j’ai été tenue en haleine par les deux voix intimistes qui s’alternent très habilement...


samedi 19 mars 2011

Henning Mankell - Les chaussures italiennes

Éditeur : Points - Date de parution : 10/02/2011 - 373 pages magnifiques...

Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique depuis douze ans. A soixante-six ans, cet ancien chirurgien sans femme ni amis a pour seule activité une baignade quotidienne dans un trou de glace.  Un homme bourru, solitaire que  la visite régulière du facteur gêne.  Fredrik préfère la compagnie de son chien et de son chat. Il tient un journal où il consigne la météo.   Fredrik voit son ancien amour de jeunesse arrivé sur son île. Harriet munie de son déambulateur, Harriet, son cancer et la demande d’honorer une promesse qu’il lui avait faite il y a bien longtemps.
Dire que j’ai aimé ce livre est incomplet car  je l’ai ressenti, j’ai tourné chaque page en étant imprégnée de chaque mot ! J’ai eu la gorge serrée à la lecture de certaines phrases. Des phrases qui font mouche par leur sens profond et  qui interpellent. Je les ai relues  à voix hautes et transcrites précieusement dans un carnet le cœur vibrant d’émotions. Car les chaussures italiennes fait partie de ces livres qui vous laissent une marque indélébile.
Avec la venue d’Harriet, Fredrik se retrouve face à son passé, à ses actes manqués, aux portes dérobées qu’il a  ouvertes et empruntées. La fuite, le mensonge dont on rougit  et qui finalement conforte et sert de nid douillet. Personne n’est totalement blanc ou noir, chacun a ses secrets, ses fautes inavouées. Fredrik et Harriet vont peu à peu oser se dire la vérité.  Et comme toutes les vérités,  ça fait mal, ça réjouit ou ça donne envie de crier et de regretter tout ce temps passé. Harriet est mourante.  Fredrik acceptera sa demande qui le conduira à se remettre en question et à changer de vie. Progressivement, il enlèvera ses œillères, lèvera le voile sur  ses erreurs  et commencera une nouvelle vie tournée vers les autres.
Un livre magnifique où les personnages sont criants d’humanité et de cette quête de la vie.  Je reste volontairement avare en détails pour que cette histoire vous  transporte, vous colle à la peau et vous fasse vibrer. L’écriture fait ressortir et s’accorde comme un instrument de musique à la partition des sentiments. Et dans ce décor presque surréaliste de cette île perdue,  la tristesse, la gaieté ou la mélancolie n’en sont que plus beaux.   Le silence conféré aux paysages de cette nature de lacs, de forêts amplifie la portée des mots. Un gros coup de cœur !
Les gens sur les îles sont rarement bruyants ou expansifs. L'horizon est trop grand pour ça.


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...