dimanche 3 avril 2011

Collectionneuse de bonheurs

Gwen nous propose du creative writing. A partir de cette photo  qu’elle a prise au musée des Abattoirs de Toulouse, à nous d’imaginer…
J’ai longtemps cherché le bonheur. Moi, je suis vide à l’intérieur. Remplie de vide.  Je ne  sais pas comment on fait pour être heureux. Alors, toute ma vie, j’ai ramassé, entassé celui  des autres.
Mon frère disait que son soda était le meilleur moment de sa journée. Quand il ouvrait sa cannette, j’écoutais attentivement  le bruit libérateur des bulles.  Il fallait que mon vide parte. Je me disais qu'il allair être remplacé par ces bulles. Elles allaient remplir mon ventre et  se répandre dans tout mon corps. Occuper tout le vide, se cogner, exploser et  libérer  de la joie. J'ai gardé une cannette pleine pour le grand jour. Après les cours, j’observais notre voisine. De sa fenêtre, elle  jetait un coup d’œil à ses enfants qui jouaient dans le jardin. Elle était toujours au téléphone. Elle riait, prenait le cordon et  l’enroulait autour de ses doigts. De sa bouche ne sortaient pas des mélopées mais des flots de mots. Des ruisseaux presque ininterrompus  qui semblaient  être le son du bonheur. J’ai prié, supplié mes parents de m’acheter le même téléphone. Quand mon  oncle et ma tante venaient nous voir,  mon cousin avait tout le temps avec lui  sa raquette de ping-pong. Il disait qu’il n’imaginait pas une seule journée sans frapper la petite balle blanche.  Bien plus tard, un homme assis sur un banc sifflotait. Je me suis approchée de lui et je lui ai demandé pourquoi il était heureux. Il m’a répondu « hey, Miss, tu vois ces bottes ? J’ai travaillé dur, j’ai économisé pendant 6 mois pour me les acheter. Maintenant, je suis le plus heureux des hommes sur terre ». J’ai fait de même. Et à chaque personne rencontrée, je leur demandais et elles  m’expliquaient en quoi consistait leur joie.  De la boite en fer de ma grand-mère où elle rangeait ses timbres au pull de ma sœur qui lui portait chance, je les ai tous précieusement conservés.
Aujourd’hui est un grand jour. J’ouvre la valise qui contient tous ces trésors. C’est à mon tour d’être heureuse. J’expire un grand coup. Le vide me pèse. Du bout des doigts, je touche chaque objet, je m’en empare. Je décapsule la cannette mais depuis tout ce temps, le soda n'en est plus un. Les bulles ont disparu. Tant pis, je mime une conversation au téléphone chaussée de mes bottes.  Mais rien. Je ne ressens rien.  J’ai passé des années à chercher le bonheur, à saisir celui des autres  En vain. La nuit vient de tomber. Assise parmi tous les objets éparpillés autour de moi, je viens de comprendre. Même si je n’ai l’ai pas trouvé, je détiens celui de plusieurs personnes. Et, j’ai  réussi à épingler des moments fugaces, rares.  Je suis une collectionneuse d’un genre particulier. Collectionneuse de bonheurs.  

samedi 2 avril 2011

Andrew Taylor - Le diable danse à Bleeding Heart Square

Éditeur : Le Cherche Midi- Date de parution : Février 2011 - 481 pages

Londres, 1934. Lydia Langstone quitte le domicile conjugal et son  confort douillet pour s’installer dans une pension de famille à Bleeding Heart Square.  Elle préfère fuir son mari violent et se débrouiller par elle-même. Mais Bleeding Heart Square est loin d’être un quartier paisible. Il s’y passe de bien étranges choses. Le diable y danserait-il toujours comme le veut la légende?
L’ancienne propriétaire Miss Penhow de la pension a mystérieusement disparu, Joseph Serridge  reçoit des  paquets contenant des cœurs , un étrange gardien, un locataire obnubilé par  la chapelle du quartier. Lydia Langstone loge chez son père porté sur la boisson et elle doit désormais subvenir à ses besoins. La pension accueille également un autre nouveau locataire. Un jeune homme qui semble avoir un peu de mal  à retrouver ses marques après plusieurs années passées en Indes.  Joseph Serridge est  désormais le propriétaire  des lieux et il semble régner sur bien d'autres domaines.  Selon les mauvaises langues,  il aurait usé de son charme auprès de Miss Penhow de 15 ans son aînée.  Et pour agrémenter l’ensemble, le journal de Miss Penhow nous est distillé à petites gouttes.  Mais par qui ?  On ne l’apprend que dans les toutes dernières pages.
A la moitié du livre, j’ai trouvé que l’intrigue principale  à savoir  ce qui  a pu arriver à Miss Penhow était un peu noyée par l’ensemble de personnages et de leurs histoires. Et j’avoue avoir eu un petit coup de mou.  Mais, le livre redémarre avec un nouveau souffle pour offrir un rebondissement  final inattendu. Les conséquences de la première guerre mondiale, le clivage des classes sociales et le climat politique d’avant 1940 donnent une dimension très intéressante au livre. Un agréable moment  de danse avec le diable même si ce dernier s’est montré un peu trop lent ou  prévisible par moments…
D'autres billets chez l'ami BOB.


vendredi 1 avril 2011

Annie Ernaux - L'autre fille ... billet complémentaire

Depuis ma lecture de L'autre fille d'Annie Ernaux, j'avais l'esprit occupé. L'étrange sensation  d'être au courant de l'existence de cette sœur. Alors, j'ai ressorti La place et Les années. Relecture.
Et en effet, dans Les années ( p.41 - 42), Annie Ernaux en parle brièvement avec beaucoup de pudeur.

La photo floue et abîmée d'une petite fille debout devant une barrière, sur un pont. Elle a des cheveux courts, des cuisses menues et des genoux proéminents.A cause du soleil, elle a mis sa main au-dessus de ses yeux. Elle rit. Au dos, il y a écrit  Ginette 1937. Sur sa tombe : décédée à l'âge de 6 ans le jeudi saint 1938. C'est la sœur aînée de la fillette sur la plage de Sotteville-sur-Mer.

La boucle est bouclée avec cette magnifique lettre...
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