dimanche 10 avril 2011

Sur la route des vacances

Gwen nous invite à raconter un départ en vacances en voiture. Et unn seule consigne : "Racontez-ce trajet – pépère ou bien explosif, planifié ou bien complètement improvisé – avec au moins trois personnages et quelques péripéties pour mieux nous amuser… Pas d’autre limitation ce dimanche, profitez-en!"

«  Le trafic routier s’annonce chargé sur les autoroutes du soleil. Des bouchons et des ralentissements sont prévus  dès le milieu de la matinée.  La circulation sera plus fluide sur les axes desservant… ».
 Il n’en fallait pas plus pour que la pater nous sorte son refrain :
-Tu vois, je t’avais bien dit ! Chaque année, c’est la même chose et chaque année, il y en a qui ne comprennent rien ! Au lieu de partir plus tôt et bien non.  On reste dormir, on en profite et après on râle parce que l’on est coincé dans les bouchons.
Il s’adresse à maman qui ne répond pas. D’ailleurs, je me demande si elle l’écoute ou si elle blasée de ses réflexions à la noix.
La radio déverse son flot d’informations. Immuables d’une année sur l’autre en cette journée du 1er août, jour de départ en vacances. Synonyme de plus de 8 heures de voiture coincé avec mon père, ma mère co-automobiliste dont la patience m’épate, moi et mon petit frère.  Bizarrement, le son de mes écouteurs faiblit. Oh non pas ça ! Batterie déchargée ! Ce qui veut dire que je vais devoir  subir la conversation générale. Super,  je suis maudit.
-Eh, regarde, celui qui me double. Non mais, il se prend pour qui au volant de sa grosse voiture ? Monsieur frime dans sa berline allemande. Allez,  vas-y dépasse-moi !
Ce n’est pas de malédiction mais du supplice. Mais, comment maman fait elle pour ne pas lui dire de se la fermer ?
Entendre mon père pendant des heures, c’est rien par rapport à un interrogatoire du FBI. Soit vous avez un mental d’enfer et vous en sortez indemne, soit vous craquez et vous êtes un minus.
-J’espère que cette année nos voisins ne feront pas la rumba tous les soirs. D’ailleurs, je n’hésiterai  pas  à aller dire deux mots aux propriétaires. Sinon,comment on fait pour se reposer ?
Du repos ? Super, je sens que je vais m’éclater ! La plage, les sorties en famille, ne pas faire de bruit pendant la sieste du pater. Le pire : les parties de monopoly ou la promenade au port  pour occuper les soirées!  J’ai passé l’âge, j’ai 16 ans et je compte bien avoir de droit de sortir un peu le soir. Ce sera ma première revendication et s’il n’accepte pas, je jouerai sur la corde sensible avec maman. Avec elle, j’ai plus de chance. Et hors de question de me coltiner le frangin. Ce serait trop la honte !
-Et puis, quand on bosse toute l’année, on les mérite nos 3 semaines de  vacances. Tiens, d’ailleurs, je t’ai raconté que le fils de Pomir a décroché un super boulot grâce à ses relations. Franchement, tu veux que je te dise…
-Tais-toi.
Maman vient de prononcer ces deux mots sur un ton  péremptoire que j’entends pour la première fois.
-Attends, qu’est ce qui se passe ?
-Ce qui se passe ? Je vais te le dire ? Depuis plus de 12 ans,  je supporte ta jalousie, ton aigreur envers les autres cette année alors j’ai décidé que j’avais le droit à de vraies vacances ! Alors, tu te tais ! La lutte des classes les riches, les patrons, j’en ai marre de tout ça !
J’ouvre de grands yeux, même le frangin a délaissé sa revue et me regarde en se demandant si on est  dans la quatrième dimension.
-Non mais, j’ai le droit de dire ce que je pense, quand même ! C’est quoi ça ? Tant qu’on y est, tu veux peut-être prendre le volant à ma place ? Parce que tu crois que conduire pendant 8h00, c’est une partie de plaisir ?
- Justement, j’allais te le demander. Tu te gares dès que tu peux et c’est moi qui conduis dorénavant.
Le pater est rouge violacé à la limite de l’asphyxie. Maman, elle, s’est transformée en super héroïne. Oublié son statut  qui se limite à préparer  les sandwichs et à vérifier qu’on n’a rien oublié. Je ne sais pas à quoi elle s’est dopée ou si c’est la crise de la quarantaine mais je suis sidéré. En tout cas, je suis fier d'elle. Les vacances  s’annoncent pas si mal que ça finalement…

vendredi 8 avril 2011

Sylvie Germain - Le monde sans vous

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Avril 2011 - 129 pages vibrantes et magnifiques...

Comment vous parler de ce livre ? Il s’agit d’un des plus beaux hommages qu’il m’ait été permis de lire. L’année dernière, Sylvie Germain a voyagé à bord du Transsibérien. Un voyage à travers la Sibérie qui l’a mené  jusqu’à Vladivostok. Imprégnée par cette nature, ces terres porteuses d’un passé, variation sibériennes a vu le jour.  Premier récit  intimiste d’une alchimie rare où elle convie des poètes comme Pasternak , Cendrars ou Madestalm et les esprits qui dorment dans  cette terre. Et il s’agit d’une apothéose des mots qui se marie à l’histoire d’une terre, d’un pays. De ce texte où elle parle de sa mère avec sensibilité, l’émotion, la pudeur perlent entre chaque ligne. Eblouie, j’ai lu, j’ai contemplé et  je me suis abreuvée de ce récit respectueux. Respect des  morts qui gisent  dans ces terres, célébrations de ces peuples disparus et de leurs croyances  et de l'hommage porté à sa mère. Tout simplement époustouflant. Dans le second récit Kaléidoscope , elle nous parle de son père. Un homme passionné par les mots, par leur grâce. Fils et petit fils d’horticulteurs des hommes au  service de la beauté de la rose.  Et ce sont autant de mots qui s’ancrent, distillent toute leur magnificence..
Je fais court car la magie et puissance de ce livre sont uniques. A chacun de les apprécier comme il se doit.  Le souffle coupé, je remercie Sylvie Germain de m’avoir fait autant vibrer par la beauté de ce livre. Et surtout ne me secouez pas,  je suis remplie d’émotions et de larmes…
Toi, ma mère, ta chambre funéraire est étroite, sans aucun faste, ton vêtement est simple, et pour tout bijou , tu portes quatre brins de muguet sur la poitrine.
La lyre de l’amoureux n’a pas sa place en Sibérie, et il n’est pas besoin de crécelle du lépreux – le cri aigu d’un aigle striant le ciel, le craquement d’un arbre disloqué par le gel, le grondement des fleuves en  débâcle, l’écho lointain d’un hululement d’esprit ou de loup errant, d’un chant de femme veillant sur les braises du foyer, suffisent. Ce sont le vent, les bêtes, les fleuves et les forêts qui tiennent la lyre et tournent la crécelle.

jeudi 7 avril 2011

Lionel Salaün - Le retour de Jim Lamar

Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Juillet 2010 - 233 pages

Etats-Unis, Missouri,  Stanford. 1981, Jim Lamar vétéran de la guerre  de Vietnam revient s’installer dans  la  maison de ses parents. Depuis la  fin de la guerre, il n’avait donné aucun signe de vie. Ses parents sont décédés depuis longtemps. La ferme laissée derrière eux et convoitée a  été vidée, pillée par les habitants peu scrupuleux.  Jimmy âgé de 13 ans, fils d’un fermier voisin fait la connaissance de Jim. Son retour est vu d’un mauvais œil par les habitants qui n’espèrent que son départ.
A travers le récit de  Jimmy, on se prend des claques. Aussi cuisantes que la chaleur d’été de cet état et sonnantes  comme les sujets traités dans ce livre.  Vous êtes prévenus. Stanford, une ville flanquée de sa terre plate où les silos agricoles jalonnent  le ciel et qui borde le fleuve Mississpi. Jimmy aime s’isoler près d'un lac. Oublier son père et  sa mère peu causants.  Du jour au lendemain, Jim Lamar revient à Stanford. Les langues se délient : ses parents sont morts sans avoir eu de ses nouvelles. Pourquoi est-il là ? Par le plus grand des hasards, Jimmy le rencontre. Au début, le jeune garçon est mal à l’aise, son père ayant contribué à « nettoyer »  la maison des Lamar.  Les habitants  racontent que ces gars revenus de la guerre sont changés à tout jamais.  En l’espace d’un mois, Jim racontera par bribes la guerre et son histoire. La guerre, sa dureté mais aussi celle qui forge des liens forts entre des gars venus combattre. Sans tout dévoiler, il est question de  la ségrégation, des préjugés, de la religion et  de la discrimination qui endosse plusieurs manteaux. Mais, aussi de cette fraternité et de la quête que chacun poursuit. J'ai été secouée, interpellée et j'ai eu les yeux noyés de quelques larmes.
Dépaysement  assuré, on se croit au Missouri car l’auteur  possède une écriture qui fait appel à l'ensemble des sens.  Seul petit bémol : à force le langage familier, n’oublions pas que Jimmy est âgé de 13 ans,  peut  lasser.
Voici un premier roman d’un auteur français à suivre de très, très près !
Merci à Fransoaz pour le prêt, la prochaine lectrice sera Griotte
Un livre lu dans le cadre de la 9ème édition du prix des lecteurs du Télégramme.


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