mercredi 13 avril 2011

Sabina Berman - Moi

Éditeur : Seuil - Date de parution : Mars 2011 - 263 pages

Quatrième de couverture : Karen Nioeto  est une petite fille aux "capacités différentes", à la fois dure et étrange, drôle et géniale. Diagnostiquée autiste irrécupérable, elle a pourtant une mémoire et une appréhension de l'espace exceptionnelles. Karen est l'héritière d'une importante flotte de bateaux thoniers et de la plus grande conserverie de poissons du Mexique. Au contact des pêcheurs, elle découvre la plongée sous-marine avec délice et les massacres de thons avec horreur, et s'insurge contre l'idée cartésienne que l'on pense avant d'exister. Elle sait bien, elle, qu'elle existe d'abord et que parfois, avec peine, elle pense.
Si j’ai indiqué en résumé la quatrième de couverture, c’est parce qu’elle met l’accent sur les points que j’ai particulièrement aimés. Karen a des capacités différentes, celles d’une autiste.  Enfant, sa tante ne lui a pas caché ses faiblesses. Au contraire, elle lui a appris  avec patience et amour à faire de ses différences une force et à les accepter. Et là, j’aimerais juste répéter indéfiniment cette phrase pour tout ce qu’elle véhicule. Assumer ses différences, accepter que l’autre le soit : voilà un bel hymne à la tolérance qui sonne juste. Et , vous pouvez me croire sur parole, accepter son handicap permet de le vivre plus facilement. Dans ce récit raconté par Karen, il m'a fallu quelques pages pour  apprivoiser ce Moi. Un Moi qui s’immisce dans les phrases à tout bout de champ et qui dit : je suis là. Véritable moteur dans l’écriture, ce Moi produit  des cassures, des pics où toute la volonté, le désarroi  de Karen apparaissent. 
Grâce à sa tante, Karen  poursuit des études de zootechnicienne et  s’investit dans la conserverie qui lui reviendra. Avec la naïveté d’un regard d’une enfant, la jeune femme étudie les différentes étapes de la production du thon en conserve.   La plongée sous-marine lui ouvre un univers à part entière où elle évolue en toute sérénité.  Hypersensible,  proche des animaux,  Karen veut démontrer  combien  certaines méthodes de pêche sont cruelles.  La production intensive, les menaces d’extinction de certaines espèces comme le thon rouge sont  pointées du doigt.  Je me suis sentie touchée par Karen, j'ai eu la sensation de la comprendre en tant que personne "différente".  Mon  bémol : l'histoire de kindpping m'est apparue peu crédible...
Plaidoyer à la tolérance, appel à la sensibilisation des ressources de notre planète, comment ne pas  être sensible à ce livre ?  
Pour la première fois, nous avons fait une lecture commune de ce livre avec Liliba. Nous l'avons lu puis nous en avons discuté de vive voix (au téléphone). Une expérience très enrichissante  car nous avons échangé, confronté nos points de vue !!! Liliba a rédigé un compte-rendu de notre  conversation et il est disponible sur son blog!
Merci à Libfly et à l'éditeur pour cette lecture.

mardi 12 avril 2011

Marie-Sabine Roger - Et tu te soumettras à la loi de ton père

Éditeur : Thierry magnier - Date de parution : Mars 2008 - 143 pages saisissantes...

Avertissement : J’ai lu ce livre en apnée totale. Scotchée.

La narratrice âgée de 10 ans parle de son père avec des  mots qui claquent et qui résonnent. Des termes où la peur et la religion se côtoient. Quand  la religion, ici le catholicisme (n’en déplaise à certaines bonnes âmes trop bien pensantes…) rime avec fanatisme et intégrisme.
Tu es mon père et je te crains.
« Il faut ». « On doit ». « On ne peut pas »...
Ta religion ne sait se décliner qu'en interdits. Tu ne nous éduques pas, tu nous dresses. Tu ne nous élèves pas. Tu nous rabaisses.
Je suis petite et Dieu est grand. Maman parle de moins en moins. Elle a des silences de douleur, qui nouent le ventre à peine on la regarde.
Mais moi je grandis, et mes questions grandissent avec moi.
Quel est ce Dieu de foudre et de colère, qui aime aussi peu ses enfants ?
Il me fait peur. Je n'en veux pas.
La foi, entre les mains d'un homme comme toi, c'est une arme de poing.


Une famille comme tant d’autres, on pourrait le croire. Une famille pratiquante qui ne fait pas de bruit et un père extrêmement croyant. Un fanatique qui fait régner un climat de soumission et de peur. Son épouse et ses enfants subissent les dérives de la religion.  Les aînés sont déjà partis de la maison,  il ne reste que la fille et son petit frère Fabien. Enfant handicapé entouré d'amour par sa mère et considéré par son père comme un fardeau imposé par Dieu.   A ses questions, les  réponses sont invariables. Des « preuves » extraites de la bible. Et sous couvert de la religion, il s’agit de lâcheté comme on porte sa croix, de dire courage et soyez forts  à ceux qui demandent de l’aide. Marcher droit, courber l’échine et prier. Un père qui utilise la foi comme un bâton. Dérives extrémistes où l’on ne parle pas, où l’Amour prêché par Dieu n’est que relations distantes, sévères et froides. Cette petite fille  découvre le monde tel qu’il est. Un choc, une  révolte souterraine car elle comprend que son père lui a menti ou occulté bien des choses. Une enfance sans gaieté, sans joie au nom d'un Dieu idolâtré par son père.

Ce livre m’a fait chavirer !! Des phrases justes sans fioriture ou de mot superflu qui sautent à la gorge. KO assuré. Une lecture saisissante dont on ne sort pas indemne… Vous êtes prévenus. 

Le plaisir est un trésor secret, un bien-être qui se resquille. C'est du bonheur de braconnier.

L’enfance, quand rien ne vous permet de rester un enfant, c’est une longue et inutile peine, un cruel emprisonnement.

Le billet de Chiffonnette 
 

lundi 11 avril 2011

Sophie Simon - American clichés

Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Avril 2011 - 220 pages

Sophie Simon dit d’elle « mais quand j’écris, ça change tout : je suis une fille de l’Ohio attirée par les grands mythes de l’American way of life ». Et ce pour notre plus grand bonheur !
Premier livre et premier recueil de nouvelles fort réussi ! American clichés comme son titre l’indique nous plonge aux quatre coins des Etats-Unis de 1950 à nos jours. A travers onze nouvelles, elle nous brosse le portait de ce qui fait l’Amérique. Les espoirs, les rêves mais aussi les désillusions et le désenchantement de ses personnages. La quatrième de couverture indique : « on les rencontre à un moment crucial de leur vie. Là où quelque chose, normalement, devrait changer la donne ».   Et ce  sont  autant de vies qui vont basculer.  Avec des  personnages qui nous semblent proches,  l’auteure use à merveille des clichés du mythe américain . On y rencontre Howard, employé modèle à la voix d’or et qui aime chanter. Mais, sa femme préfère de loin s’occuper de ses fleurs plutôt que de lui adresser un signe d’affection ou  une marque d’encouragement.  Peter rêve des paillettes d’Hollywood et veut quitter à tout prix la ferme familiale. Dans Vern et Doreen, l’amour et la jalousie sont revisités. Peut-on continuer sa vie calme et paisible alors qu’on a tué quelqu’un par accident ? Ed est partagé entre avouer l’accident qu’il a commis  ou se taire comme le lui suggère sa femme.
Sophie Simon nous rappelle que le bonheur a quelquefois un prix élevé. Sous des aspects édulcorés,  on décèle de l’amertume, de la tristesse ou de l’ironie . Des nouvelles lues et savourées  comme un bon milk-shake et que je ne suis pas prête d’oublier.
Un seul conseil :  à lire !!!

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