samedi 16 avril 2011

Helle Helle - Chienne de vie

Éditeur : le Serpent à Plumes -Date de parution : Fevrier 2011 - 230 pages

Bente débarque dans la vie de Cocotte de Johnny. Elle a tout planqué, son mari, son logement. Assise à un arrêt de bus avec sa valise, elle est là sans rien attendre. Déprimée, vidée. Cocotte et Johnny l’accueillent chez eux sans poser de questions. Et, Bente partage leur quotidien  au fin fond du Danemark comme si elle avait toujours été un membre de leur famille.
Le temps s’égrène, les journées se déroulent tranquillement avec des occupations et des tâches simples.   Préparer les repas, s'occuper des chiens de l'oncle et  les conversations au coin du feu. Rien d'extraordainaire en somme. Bente  nous fait part ces petits détails qui semblent futiles ou inutiles. Ces petits riens du quotidien qui sont autant de  moments de bonheur.  Cocotte et Johnny forment un couple attachant.  Il ne connaissant pas Bente  et l’accueillent chez eux sans méfiance. Bente ne dit rien de son métier d’écrivain, de son mari ou de son manque d’inspiration. Mais elle se confie à nous, lecteurs. Pudiquement. On partage son intimité. Ses doutes, ses remises en question perlent entre les lignes. Et Bente, petit à petit, remonte la pente et regagne en confiance.
J’ai été frappée par la gentillesse naturelle, l'humanité de Cocotte et Johnny. Malgré les problèmes ou les difficultés, ils apprécient ce que la vie leur offre. Des moments de vie partagés en toute simplicité. Une lecture  pour ne pas oublier d'apprécier les bonheurs simples. Mon seul bémol : j'ai trouvé un peu trop lent le rythme..
Les avis divers et variés d'Antigone, Cathulu, George, Keisha,Mirontaine, Sylire


jeudi 14 avril 2011

Fabienne Juhel - A l'angle du renard

Éditeur : Au Rouergue - Date de parution : Janvier 2009 - 235 pages et un coup de cœur !

Arsène Le Rigoleur est un breton des terres. La quarantaine, célibataire, il vit et travaille à la ferme. Un gars attaché à la terre. Quand une famille de la ville vient s’installer dans la métairie rénonvée d'à côté, il voit ça d’un mauvais œil. Il n’a pas besoin de voisins. Juliette, la fillette âgée de 5 ans aime venir chez lui, parler avec lui et voir les animaux. Son frère Louis, de 3 ans son aîné, est distant. Lui ne vient  pas tourner autour d’Arsène. Un gamin rouquin qui ne fait pas de bruit comme les renards mais qui observe. Il aurait même tendance à faire ses coups en douce. 

Avertissement : Après Les hommes sirènes, Les bois dormants et maintenant ce livre, Je suis atteinte de Juhalmania !

Je vais commencer par  un long paragraphe intitulé C’est ma vie. Désolée, et si vous le voulez, vous pouvez le passer… Car ce livre a réveillé des images, des scènes qui dormaient depuis mon enfance. Le langage  d’Arsène a  chatouillé mes oreilles, un langage si souvent entendu. Et même des gars comme Arsène, j’en ai connu. De loin. Ils me faisaient un peu peur ces grands-oncles, ces petits  cousins.  Des gens toujours occupés à la ferme. De toute façon, le travail ne manquait jamais. Ils n’avaient pas l’habitude de causer pour rien alors ils se taisaient la plupart du temps. Je revois le pain de trois livres sur la table près du bol de café. J’entends le bruit de l’opinel qu’on referme d’un coup sec. Et la terre,  elle occupait les esprits. Ils avaient son goût dans la bouche, elle leur coulait dans les veines.

Alors, Arsène, je l’ai compris. Du moins au début.  Sa méfiance envers ses nouveaux voisins. Pas l'envie qu’on vienne mettre le nez dans ses affaires.  Mais, la petite  Juliette est un feu follet . Une gamine attachante. Ses parents n’aiment pas qu’elle traîne chez Arsène. Un homme seul, pas causant. Il y a de quoi être prudent. Mais jamais Arsène ne ferait pas de mal à la petite ! Non, ce n’est pas son genre.  Par contre, il se méfie du frère de Juliette, Louis. Au fil des pages, j'ai ressenti un sentiment étrange. L’impression d’être épiée, attendant avec angoisse  de savoir ce qui allait se passer. La fin tombe comme un couperet. Salvateur et libérateur.

Et je n’en dirai pas plus !
Car il s’agit d’un livre hypnotique, troublant. Arsène nous révèle petit à petit sa vie avec des mots rêches. Une vie lourde comme la terre où dorment des secrets, des non dits.
Mélange savant de croyances populaires , d'une intrigue et d’un monde paysan qui se cherche  entre les temps anciens et l’avenir. L'histoire, l'ambiance, l'écriture et le style... l'ensemble forme un coup cœur ( encore) !

C'est que des mots j'en ai plein ma mémoire. Comme des cailloux dans une carrière. Parce que quand on est môme, on apprend à se taire et à écouter. Et à ronger son frein.
- Tais-toi quand ton père parle, elle disait la Mère.
Le Père allait à l'économie avec les paroles. Alors fallait pas rater le coche.

Plein de billets chez l'ami BOB!

mercredi 13 avril 2011

Sabina Berman - Moi

Éditeur : Seuil - Date de parution : Mars 2011 - 263 pages

Quatrième de couverture : Karen Nioeto  est une petite fille aux "capacités différentes", à la fois dure et étrange, drôle et géniale. Diagnostiquée autiste irrécupérable, elle a pourtant une mémoire et une appréhension de l'espace exceptionnelles. Karen est l'héritière d'une importante flotte de bateaux thoniers et de la plus grande conserverie de poissons du Mexique. Au contact des pêcheurs, elle découvre la plongée sous-marine avec délice et les massacres de thons avec horreur, et s'insurge contre l'idée cartésienne que l'on pense avant d'exister. Elle sait bien, elle, qu'elle existe d'abord et que parfois, avec peine, elle pense.
Si j’ai indiqué en résumé la quatrième de couverture, c’est parce qu’elle met l’accent sur les points que j’ai particulièrement aimés. Karen a des capacités différentes, celles d’une autiste.  Enfant, sa tante ne lui a pas caché ses faiblesses. Au contraire, elle lui a appris  avec patience et amour à faire de ses différences une force et à les accepter. Et là, j’aimerais juste répéter indéfiniment cette phrase pour tout ce qu’elle véhicule. Assumer ses différences, accepter que l’autre le soit : voilà un bel hymne à la tolérance qui sonne juste. Et , vous pouvez me croire sur parole, accepter son handicap permet de le vivre plus facilement. Dans ce récit raconté par Karen, il m'a fallu quelques pages pour  apprivoiser ce Moi. Un Moi qui s’immisce dans les phrases à tout bout de champ et qui dit : je suis là. Véritable moteur dans l’écriture, ce Moi produit  des cassures, des pics où toute la volonté, le désarroi  de Karen apparaissent. 
Grâce à sa tante, Karen  poursuit des études de zootechnicienne et  s’investit dans la conserverie qui lui reviendra. Avec la naïveté d’un regard d’une enfant, la jeune femme étudie les différentes étapes de la production du thon en conserve.   La plongée sous-marine lui ouvre un univers à part entière où elle évolue en toute sérénité.  Hypersensible,  proche des animaux,  Karen veut démontrer  combien  certaines méthodes de pêche sont cruelles.  La production intensive, les menaces d’extinction de certaines espèces comme le thon rouge sont  pointées du doigt.  Je me suis sentie touchée par Karen, j'ai eu la sensation de la comprendre en tant que personne "différente".  Mon  bémol : l'histoire de kindpping m'est apparue peu crédible...
Plaidoyer à la tolérance, appel à la sensibilisation des ressources de notre planète, comment ne pas  être sensible à ce livre ?  
Pour la première fois, nous avons fait une lecture commune de ce livre avec Liliba. Nous l'avons lu puis nous en avons discuté de vive voix (au téléphone). Une expérience très enrichissante  car nous avons échangé, confronté nos points de vue !!! Liliba a rédigé un compte-rendu de notre  conversation et il est disponible sur son blog!
Merci à Libfly et à l'éditeur pour cette lecture.
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