dimanche 17 avril 2011

Le crayon de Dieu

Le poète Aimé Césaire a écrit : Le crayon de Dieu lui-même n'est pas sans gomme.
A partir de cette phrase, les
impromptus littéraires nous invitent à écrire...

Durant plusieurs jours, Dieu avait créé, dessiné la terre, la végétation, les mers  et les animaux. Il s’était attelé à ce  travail avec joie.  Il allait s’offrir un monde harmonieux. Bien entendu, il fixa des règles. Certains animaux en mangeaient d’autres mais l’équilibre régnait. Heureux et satisfait, il contemplait  son œuvre. Les jours passaient et Dieu s’ennuyait. Les distractions lui manquaient. D’humeur bougonne, il apporta quelques modifications ici ou là.  Car heureusement, le crayon de Dieu  lui même n’est pas sans gomme. Pris d’une impulsion nouvelle, il revit sa copie. Il gomma certains animaux  trop imposants et  dessina  l’Homme d’un trait rapide et enthousiaste.  Il peaufina son travail voulant atteindre la perfection artistique. Il travailla encore et encore, gonflé de l’envie de faire toujours mieux. Puis, Dieu remit à l’Homme un livre, une sorte de mode d’emploi. Après tant de travail, il était fatigué et il s’accorda une longue sieste. L’ouïe anesthésiée par l’âge, Dieu n’entendait pas les cris qui s’élevaient de la terre.   Pendant qu’il dormait du sommeil du juste, l’Homme s’était acclimaté très bien et très vite dans son nouvel environnement. Lorsque Dieu se réveilla, il ne put que constater l’effroyable.  Toutes ses belles créations étaient abîmées, détruites. Des espèces animales avaient disparu. Rayées de la surface de la terre.  Les Hommes se querellaient entre eux. Pour avoir toujours plus, posséder, dominer. La pire humiliation pour Dieu  était qu’une poignée d’Hommes s’étaient approprié le droit de décider en son nom.  Il vit des enfants et des adolescents scander  son nom en brandissant des armes.  Le sang coulait, les Hommes s’harponnaient  entre eux  au nom de la Foi. Ces Hommes  avaient détourné les mots  du livre. Consterné, il se demandait que faire. Redessiner, créer à nouveau ? L’Homme serait bien capable de commettre les mêmes erreurs.   La gomme de son crayon était réduite à peau de chagrin.  Et chaque jour qui passait, Dieu était taraudé par une seule question. Dans  les cris et  les pleurs  des Hommes, était ce son propre péché qu’il entendait ?  

samedi 16 avril 2011

Helle Helle - Chienne de vie

Éditeur : le Serpent à Plumes -Date de parution : Fevrier 2011 - 230 pages

Bente débarque dans la vie de Cocotte de Johnny. Elle a tout planqué, son mari, son logement. Assise à un arrêt de bus avec sa valise, elle est là sans rien attendre. Déprimée, vidée. Cocotte et Johnny l’accueillent chez eux sans poser de questions. Et, Bente partage leur quotidien  au fin fond du Danemark comme si elle avait toujours été un membre de leur famille.
Le temps s’égrène, les journées se déroulent tranquillement avec des occupations et des tâches simples.   Préparer les repas, s'occuper des chiens de l'oncle et  les conversations au coin du feu. Rien d'extraordainaire en somme. Bente  nous fait part ces petits détails qui semblent futiles ou inutiles. Ces petits riens du quotidien qui sont autant de  moments de bonheur.  Cocotte et Johnny forment un couple attachant.  Il ne connaissant pas Bente  et l’accueillent chez eux sans méfiance. Bente ne dit rien de son métier d’écrivain, de son mari ou de son manque d’inspiration. Mais elle se confie à nous, lecteurs. Pudiquement. On partage son intimité. Ses doutes, ses remises en question perlent entre les lignes. Et Bente, petit à petit, remonte la pente et regagne en confiance.
J’ai été frappée par la gentillesse naturelle, l'humanité de Cocotte et Johnny. Malgré les problèmes ou les difficultés, ils apprécient ce que la vie leur offre. Des moments de vie partagés en toute simplicité. Une lecture  pour ne pas oublier d'apprécier les bonheurs simples. Mon seul bémol : j'ai trouvé un peu trop lent le rythme..
Les avis divers et variés d'Antigone, Cathulu, George, Keisha,Mirontaine, Sylire


jeudi 14 avril 2011

Fabienne Juhel - A l'angle du renard

Éditeur : Au Rouergue - Date de parution : Janvier 2009 - 235 pages et un coup de cœur !

Arsène Le Rigoleur est un breton des terres. La quarantaine, célibataire, il vit et travaille à la ferme. Un gars attaché à la terre. Quand une famille de la ville vient s’installer dans la métairie rénonvée d'à côté, il voit ça d’un mauvais œil. Il n’a pas besoin de voisins. Juliette, la fillette âgée de 5 ans aime venir chez lui, parler avec lui et voir les animaux. Son frère Louis, de 3 ans son aîné, est distant. Lui ne vient  pas tourner autour d’Arsène. Un gamin rouquin qui ne fait pas de bruit comme les renards mais qui observe. Il aurait même tendance à faire ses coups en douce. 

Avertissement : Après Les hommes sirènes, Les bois dormants et maintenant ce livre, Je suis atteinte de Juhalmania !

Je vais commencer par  un long paragraphe intitulé C’est ma vie. Désolée, et si vous le voulez, vous pouvez le passer… Car ce livre a réveillé des images, des scènes qui dormaient depuis mon enfance. Le langage  d’Arsène a  chatouillé mes oreilles, un langage si souvent entendu. Et même des gars comme Arsène, j’en ai connu. De loin. Ils me faisaient un peu peur ces grands-oncles, ces petits  cousins.  Des gens toujours occupés à la ferme. De toute façon, le travail ne manquait jamais. Ils n’avaient pas l’habitude de causer pour rien alors ils se taisaient la plupart du temps. Je revois le pain de trois livres sur la table près du bol de café. J’entends le bruit de l’opinel qu’on referme d’un coup sec. Et la terre,  elle occupait les esprits. Ils avaient son goût dans la bouche, elle leur coulait dans les veines.

Alors, Arsène, je l’ai compris. Du moins au début.  Sa méfiance envers ses nouveaux voisins. Pas l'envie qu’on vienne mettre le nez dans ses affaires.  Mais, la petite  Juliette est un feu follet . Une gamine attachante. Ses parents n’aiment pas qu’elle traîne chez Arsène. Un homme seul, pas causant. Il y a de quoi être prudent. Mais jamais Arsène ne ferait pas de mal à la petite ! Non, ce n’est pas son genre.  Par contre, il se méfie du frère de Juliette, Louis. Au fil des pages, j'ai ressenti un sentiment étrange. L’impression d’être épiée, attendant avec angoisse  de savoir ce qui allait se passer. La fin tombe comme un couperet. Salvateur et libérateur.

Et je n’en dirai pas plus !
Car il s’agit d’un livre hypnotique, troublant. Arsène nous révèle petit à petit sa vie avec des mots rêches. Une vie lourde comme la terre où dorment des secrets, des non dits.
Mélange savant de croyances populaires , d'une intrigue et d’un monde paysan qui se cherche  entre les temps anciens et l’avenir. L'histoire, l'ambiance, l'écriture et le style... l'ensemble forme un coup cœur ( encore) !

C'est que des mots j'en ai plein ma mémoire. Comme des cailloux dans une carrière. Parce que quand on est môme, on apprend à se taire et à écouter. Et à ronger son frein.
- Tais-toi quand ton père parle, elle disait la Mère.
Le Père allait à l'économie avec les paroles. Alors fallait pas rater le coche.

Plein de billets chez l'ami BOB!
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