vendredi 6 mai 2011

Réflexe

Sur le blog a1000mains, une nouvelle photo est en ligne :


Et voici  ma participation :

Je vais prendre des photos. Cette fois, je ne vais pas changer d’avis.   En descendant les escaliers, j’ai croisé une femme.  Elle m’a regardé, dévisagé l’air surpris. Puis elle a tourné la tête et continué son chemin. C’est vrai que je ne dois  pas être belle à voir. Je cherche de la monnaie dans la poche de mon  pantalon.  Normalement, j’en ai. Il m’en reste des courses de ce matin. Pour une fois, je n’ai pas sorti mon porte-monnaie en rentrant. A croire que j’ai bien fait ou que c’est un signe du destin. Jusqu'à présent,  je n'ai rien dit, j'ai toujours tout caché. Par honte. Oh non, le photomaton est occupé. Je me mordille l’intérieur de la joue. C’est  plus fort que moi. Mais qu’est ce qu’il fait là dedans ? Il ne peut pas pas se dépêcher ? J’ai envie de vomir. Le café tangue dans mon estomac. Je me sens si vide à l’intérieur. Vidée. A bout du rouleau.  Je voudrais disparaître.Tout effacer. Mon portable sonne. Non, je ne vais pas décrocher. Non, je n’écouterai pas le message.  La peur me noue le ventre. Et s’il arrivait. Je suis sûre qu’il a commencé à me chercher dans le quartier. Avant, je me cachais dans le local à poubelles. Je me recroquevillais derrière les poubelles. Et un soir, il m’a retrouvé là. Un de ces fameux soirs. Mon téléphone sonne de nouveau. C’est encore lui. S’il vous plait, faites vite. Je vous en prie. L’homme sort de la cabine. Il sourit mais en levant la tête, il croise mon regard. Il a compris. Il semble sur le point de me parler mais je vais vite dans la cabine. Me dire d’aller à la Police ou à la Gendarmerie. Désolée, Monsieur mais je ne peux pas.
J'ai joué mon rôle mon rôle sur mesure. Mais là, je ne n'en peux plus. Cette fois, il a cogné à la tête. Avec les photos, on ne pourra pas  me dire que je mens. Que mon mari est  gentil , prévenant et doux. Non, pas cette fois. En tirant le rideau, je me sens étrangement en sécurité. De ma main tremblante, j’insère les pièces. Pas la peine de sourire, il  n’y a pas de petit oiseau qui va sortir. Réflexe d’épouse d’un  officier, je me tiens droite pour la photo.

Jonas Jonasson - Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Éditeur : Presses de la Cité - Date de parution : Mars 2011 - 454 pages déjantées !

Le jour de son anniversaire  Allan décide de s’enfuir. Petit précision : il ne s’agit pas d’un caprice de la part d’un enfant pourri et gâté. Notre Allan a 100 ans et est en maison de retraite. Chaussons aux pieds, le voilà parti sur les routes de Suède .
Avertissement : ô toi l'amateur d'humour déjanté, ce livre est pour toi !
Le jour de sa fête d’anniversaire, Allan Karlsson décide de fuguer de la maison de retraite malgré son bel âge.  A 100 ans et malgré  quelques rhumatismes, Allan est à l’opposé du grabataire sénile avalant avec peine (et salive) sa compote. Avec ce qu’il a en poche, il décide de prendre le car. Sauf qu'à la gare routière, un jeune homme lui demande de surveiller sa valise le temps d'aller aux toilettes.  Le temps presse et Allan risque de rater son car et par la même occasion son évasion.  Allan embarque avec lui la valise sans savoir ce qu’elle contient. Et voici comment  comment débute cette épopée rocambolesque. Des rencontres farfelues, des situations complètement loufoques sont jalonnées par le récit de la vie d’Allan.  Une vie plutôt bien remplie en évènements ! Artificier de métier ( et ce malgré quelques maladresses de départ) , il  voyagera et rencontrera des « grands » de ce monde  : Franco, Mao ou encore Staline. Pourtant rien ne le prédestinait à cette vie aussi riche. On baigne dans le surralisme et ça fonctionne : j'ai pris plaisir à suivre Allan !
Un très agréable moment de lecture ! L’humour décalé  de Jonasson m’a fait oublier quelques petites longueurs ( mais je titille) ! Un livre idéal pour le jardin ou la plage et qui n'est pas sans rappeler Paasalinna.
Plein de  billets chez l'ami BOB !
En route pour la Suède!

jeudi 5 mai 2011

Jeanne Benameur - Les insurrections singulières

Éditeur : Actes sud - Date de parution : Janvier 2011 - 198 pages

Antoine, la quarantaine, est ouvrier à l’usine. Mais être ouvrier, c’est également adosser un statut, un carcan dans lequel on  vous enferme. Antoine sort d’une rupture amoureuse et se cherche.  Son ancienne compagne était prof de lettres. Pour elle, il  s’était créé un double. Ecrire des phrases, des slogans pour les syndicats. Tenir haut le verbe, revendiquer et se battre contre la machine de la mondialisation. Mot qui sonne avec délocalisation. Leur emplois, leur savoir faire : oubliés au profit de la rentabilité.  Car l’usine va délocaliser  au Brésil. Pour comprendre et se construire,  Antoine va se rendre sur place.
En premier lieu, je tiens à remercier Jeanne Benameur pour ce livre. Pour s’être fait, à sa manière,  le porte-parole d’ouvriers. Des personnes qui travaillent le plus souvent pour un SMIC et à la chaîne. Des personnes souvent regardées hautainement et dont on ne soucie guère. Car travailler à l’usine, est souvent assimilé à un manque d’études. Et dans l’esprit étroit de certains aux têtes bien pensantes, qui dit "pas d’études" dit inculture ou manque de volonté (avec mépris). Ce type  raisonnement me soulève le cœur. Mais bon,  je m’égare et je termine là mon aparté...
Jeanne Benameur avec ce livre colle à une actualité et à une réalité. Celle du monde du travail, un monde où le profit et la rentabilité sont les maîtres des décisions.  Antoine est devenu ouvrier. Un peu par hasard, un  travail alimentaire comme il en existe d’autres. A quarante ans, sa vie est vide.  Vide de sens et vide d’amour. L’usine va délocaliser. Et ce sont autant de questions pour les ouvriers. Comment vont ils faire ? Pourquoi leur prend-t’on leur travail ? de quel droit ? Antoine se refuse d’accepter cette situation. Mais à sa façon. En partant au Brésil là où son travail sera effectué par quelqu’un d’autre. Accompagné d’un bouquiniste, ce voyage est sa bouée de sauvetage pour se raccrocher à la vie.
Jeanne Benameur tel un archer touche sa cible. En peu de mots, toujours très justes, elle nous amène à réagir et à réfléchir comme si ce livre était destiné à chacun d’entre nous.  Et il s’agit d’une multitude de sentiments qui y sont dépeints, de cris aigus ou sourds empreints de peur ou de détresse.
Une fois de plus, j’ai savouré l’écriture de Jeanne Benameur, son désir de creuser au plus profond de l’être humain. De sonder nos peurs, nos questionnements sur la vie et le sens qu’on veut ou qu'on tente de lui donner. Avec les obligations d'un contexte social et économique.  
J’ai lu  ce livre  en apnée mais je dois avouer que la fin m’a déçue. Une fin  qui selon moi ne s’accorde pas avec le reste de ce roman.
Merci Gwen !
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