Éditeur : Grasset - Date de parution : septembre 2004 - 188 pages qui m'ont fracassée...
Maud a été violée à l’âge de 12 ans. Un soir d’hiver, un homme l’a accostée pour lui demander l’heure. Tout a été très vite. Coincée au fond d’une impasse, son enfance lui a été volée. Depuis, la blessure n’a fait que s’agrandir. Pour se protéger, Maud a son cutter et son corps. A 17 ans, Elle joue avec, provoque les regards et attise le feu des hommes. Se sentir maîtresse de la situation et non victime. Maud s’en fout de la vie, elle a trop mal.
Ce livre m’a bouleversée, chavirée et fracassée… Il s’agit d’une lecture dont on ne sort pas indemne. Une lecture en apnée en retenant mon souffle. Le récit de Maud sonne comme autant de cris, d’appels au secours emmurés au plus profond d’elle. Violée à 12 ans par un inconnu alors qu’elle était une petite fille comme les autres. Les mots qu’elle n’a jamais pu dire se sont transformés en une révolte sourde et dangereuse. Pas question de s’attendrir. Même envers Mme Madame Leblanc, la vieille voyante qui l’aime bien. Pour Maud, l’amour bousille et rend faible. Alors non. Elle se montre insensible, fière. Une carapace pour ne plus vivre « ça ». Maud se détruit à petit feu : alcool, médicaments. Elle anesthésie sa douleur, cherche à la tromper mais elle toujours là. Tapie dans l’ombre, elle la ronge un peu plus chaque jour. Qui pourrait croire que cette jeune fille de 17 ans aux allures aguicheuses souffre ? Personne ne sait ce qu’elle a subi. Personne n’a cherché à comprendre le pourquoi de ce changement. Toujours sur le qui vive, son cutter dans la poche, Maud aspire juste à la vengeance.
Et j’ai refermé ce livre sonnée. Les mots ont eu l’effet d’uppercuts. Des phrases courtes, incisives. Comme autant de cris de souffrance, de haine. Dégoût des hommes et d’aversion de son corps. Et ça fait mal, très mal…Un roman dur, percutant et sans pathos. Terrible et remarquable.
Comment dire cette noyade, et le sentiment destructeur d’avoir été, peut-être, non, sûrement, la fautive. D’avoir fait quelque chose, mais nr pas savoir quoi. L’impression qu’à partir de là, plus rien ne va normalement, qu’elle est poussée hors de sa vie. Hors de sa voie. Qu’on la déraille.
Le verbe aimer, ça sert à excuser toutes les lâchetés, les mensonges, les coups d’arnaque. C’est un paquet-cadeau pour planquer des horreurs.
samedi 14 mai 2011
vendredi 13 mai 2011
Rosa Montero - Belle et sombre
Éditeur : Métailié- Date Parution : Avril 2011 - 190 pages envoûtantes !
Ce roman magnifique de Rosa Montero s’ouvre sur ces lignes : Tout s'est passé à une époque reculée de mon enfance dont je ne sais plus maintenant si je m'en souviens ou si je l'invente : car en ce temps-là, pour moi, le ciel ne s'était pas encore détaché de la terre et tout était possible. L'univers venait d'être créé, comme avait pris soin de me l'expliquer doña Barbara : “Quand je suis née, m'avait-elle dit, le monde a commencé.” Comme j'étais petite et elle déjà très vieille, cela m'avait semblé un temps très long. »
Et il est difficile de résumer un tel livre ! La narratrice est une fillette Baba enlevée de l’orphelinat pour vivre avec sa grand-mère doña Barbara. Une grand-mère qu’elle ne connait pas mais que tout le monde respecte. Son fils Segundo, homme violent trempant dans les combines est marié à Amanda, douce et craintive. Chico leur fils tremble de peur devant Segundo. Toute la famille loge dans un hôtel d’un quartier populaire où les règles d’honneur et de clans règnent. Heureusement, le quotidien est émerveillé par les récits d‘Airelai. Femme de petite taille qui possède les pouvoirs mystérieux de la magie ainsi que des dons. Grand-mère doña Barbara attend l’arrivée du père de Baba, Maximo, le fils admiré et aimé. A travers les yeux de Baba et les récits envoûtants d’Airelai, Rosa Montero nous fait voyager dans un monde à la frontière de la réalité et de l’onirique. L’histoire se déroule comme dans un décor où le rouge, le noir et l’or se côtoient. Entre les rires, les drames qui secouent le quartier, la fillette découvre le monde.
Comme dans instructions pour sauver le monde, le sombre et l’obscur de la vie sont conjurés par le charme et la grâce de l’écriture de Rosa Montero. Il s’agit d’une lecture où d’où je suis ressortie avec les yeux pétillants d’étincelles et la tête remplie d’étoiles !
De toutes les sortes de cruauté que j’ai connues, la plus répandue est celle de celui qui ignore qu’il est cruel. Les êtres humains sont comme ça : ils détruisent et torturent, mais ils se débrouillent pour se croire innocents.
Les billets de Keisha ( fan inconditionnelle des publications Métailié), La scie rêveuse, Tournez les pages
Merci à Babelio pour ce livre reçu lors de l’opération Masse critique.
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mercredi 11 mai 2011
Michael Cunningham - De chair et de sang
Editeur : Livre de poche - Date de première parution : 1997 - 477 pages
Etats -Unis, fin des années 1950, Constantin Stassos, immigrant grec épouse Mary. Constantin est ambitieux et voit grand. Il veut avoir lui-aussi sa part du gâteau du rêve américain. Travailleur acharné, il réussit en tant que promoteur immobilier. Une vie avec une belle maison, une grande cuisine où Mary confectionne des gâteaux et élève les enfants. La vie parfaite ? Seulement en apparence.
Je préfère ne pas résumer l’intégralité de l’histoire, d’ailleurs je trouve que la 4ème de couverture en dit beaucoup trop. Donc un conseil, ne la lisez pas !
On découvre Constantin et Mary jeunes, innocents et plein d’espoirs . Et il s’agit d’un Constantin qui va évoluer au fil des pages à mesure que la vie se déroule. Le jeune homme sans le sou et ambitieux deviendra riche mais il s’agit d’un homme qui n’oubliera jamais ses origines. Il aura beau réussir en tant que promotteur ommobilier , son statut d’immigrant grec sera à ses yeux un handicap. Sa famille doit tout faire pour ressembler au plus près à la famille américaine modèle. Mary, son épouse doit supporter ses crises de colère et se montrer à la hauteur de ses espérances. Toujours parfaite et sous tous les angles. Les trois enfants du couple : Susan, Billy et Zoé ne suivront pas des trajectoires linéaires. Même si en apparence Susan est heureuse dans son couple, elle est toujours distante vis-à-vis des siens. Marquée à jamais par une relation plus qu'ambiguë et frôlant l'inceste. Billy déteste son père et il lui faudra des années pour assumer son homosexualité. Comme pour renier son enfance, il changera de prénom. Zoe se cherchera dans la drogue et tombera enceinte d’un amant de passage. L’enfant auquel elle donnera naissance sera métisse. Pour Constantin, ce sera un choc et même Mary aura bien du mal à l’accepter cet enfant de couleur. Le mariage de Constantin et de Mary finira en divorce. Mary veut devenir une femme libre et plus autonome. Une famille éclatée mais quand Zoe tombera gravement malade, les liens vont se recréer ou se resserrer. Pour la suite, et bien, lisez-le …
Il s’agit d’un roman dans lequel je me suis plongée avec enthousiasme ! Nul n’est parfait, tout rêve à son envers, c’est ce que nous démontre Michael Cunningham. Un bon gros roman dense où la psychologie des personnages est remarquable et sans faille ! Les personnages de cette famille sont humains, commettent des erreurs mais essaient malgré tout d’avancer coûte que coûte. Même si on a l’impression que Constantin semble épargner, la dernière partie du roman voit cette tendance s’inverser. J'ai été plus touchée par Mary et Zoé. Mary cantonnée durant des années dans son rôle d’épouse et de mère qui finira par s'ouvrir au monde et Zoé dont la une vie est tout le contraire de la normalité. Bien que la fin du livre soit très dure (âmes sensibles, prévoyez vos mouchoirs !), il en sessort beaucoup de tolerance !
Merci à l'ami BOB !
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