mardi 17 mai 2011

Siri Hustvedt - Un été sans les hommes

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mai 2011 - 226 pages sublimes !

Le mari de Mia, neuroscientifique , la quitte  pour une « Pause » passagère. La « Pause » étant jeune et  prétendue lui être bénéfique. Mia craque nerveusement. Après son hospitalisation en psychiatrie, elle laisse New-York pour se rapprocher  de sa mère qui vit en maison de retraite. Cinquantenaire, poétesse, il s’agit d’une femme qui se livre sans détour. Avec force, faiblesse, humour et sensibilité.
Ce livre est magnifique, beau, touchant, drôle et juste !!! Un hymne à la femme sous tous les angles. L’adolescente, l’épouse,  la mère, la femme libérée, la femme aimante, la femme indépendante ou non, la femme qui travaille,  la femme en fin de vie…  Chacune se reconnaitra à travers Mia ou à travers les personnages féminins de ce roman. Des femmes de tout âge et de plusieurs générations. Si son mari baigne dans le scientifique, Mia est une poétesse. D’une situation ou d’une parole,  des vers et  des poèmes lui reviennent à l’esprit. A travers ces traits d’esprits, on comprend ô combien la littérature et la poésie sont une source dans laquelle Mia puise et se ressource. Au bout de 30 ans de mariage, elle se pose des questions légitimes sur son couple, sur les habitudes qui rongent l’amour et sur son mari. Elle se livre à travers une introspection  sans tabous. Le groupe d’adolescentes auquel elle  donne des cours nous renvoie aux prémices de jeunes filles et aux préoccupations de leur âge. Mia côtoie les amies de sa mère. Des femmes gaies, vives malgré leurs problèmes de santé. Observatrice, à l’écoute, elle  se noue s’amitié avec Abigail, nonagénaire aux mains de fée. Abigail dont les broderies ont deux cotés : le convenu pour le plaisir des yeux  et le libertaire où l’érotisme est maître.   Elle fait la connaissance de sa jeune voisine, Lola, malheureuse en couple.  Mia se nourrit des expériences et des rôles voulus ou non  que la vie confère à toutes ces femmes, sa mère et sa fille comprises.
Grâce à cet été passé dans le Minnesota , Mia se reconstruit . Toutes ses rencontres lui permettent d’avoir un nouveau regard brillant d’un humour sans égal  et de féminisme. Ce roman fait la part belle sur la place de la femme, de l’homme dans la société et  il délivre la quintessence de ce qui fait la femme !
Dire que j’ai aimé ce livre serait mentir car je l’ai adoré !!!J’ai vibré, j’ai été émue, l’humour souvent ironique et  féroce de Mia m’a régalée. Mais surtout,  j’ai eu cette sensation de comprendre Mia !
L’écriture de Siri Hustdvedt est magnifique, singulière  et  j’ai pris mon temps  pour lire ce livre. Il y a tant de subtilité , de réflexions qui s’en dégagent  ! Un roman à mettre entre toutes les mains des femmes  ( à offrir et  à s’offrir !).
Un livre hérisson tant j' y ai inséré de marque-pages que je relirai au fil des années qui s’écoulent car je suis certaine qu’il m’apportera encore beaucoup !   
Vous pouvez bien vous demander pourquoi diable je voulais encore de Boris, un homme qui déclare à son encore-épouse qu'il crèche avec sa nouvelle moitié pour des raisons "pratiques", comme si ce nouveau et choquant arrangement ne dépendait que de l'immobilier new-yorkais.
Les tentatices : Cathulu et Cuné

lundi 16 mai 2011

Andrew Porter - La théorie de la lumière et de la matière

Éditeur : Editons de l'Olivier - Date Parution : Mai 2011 - 205 pages de grand Art...

Andrew Porter signe son premier recueil de nouvelles avec La théorie de la lumière et de la matière. Derrière ce titre digne de faire frémir de plaisir un physicien, il nous offre dix nouvelles d’exception. Oui, d’exception et de grand Art, rien que ça ! Dans une écriture impeccable, il nous plonge dans les regrets, l’amertume et la mélancolie. Un auteur ou plutôt un observateur de la vie qui narre et qui raconte avec cette simplicité désarmante la vie des gens. Des personnages des quatre coins des Etats-Unis. Enfant, adolescent, homme ou femme  comme il en existe tant. On fait leur connaissance à des moments où leur vie bascule. Quelquefois, ils s’en rendent compte sur l’instant ou alors bien plus tard. Copain d’enfance, amour de jeunesse, le mari qui se croit trompé, l’épouse trop gentille, le frère admiratif, la famille …des gens ordinaires en somme. Et justement, c’est là tout le talent de cet auteur ! Sans effets de manche, sans flonflons ou cotillons, il nous fait rentrer dans leur intimité.  Des vies où la solitude devient très souvent une compagne. Des nouvelles au parfum doux, acide, cruel et tellement humain...

J’ai enchaîné ces nouvelles sans m’en rendre compte ! Tellement absorbée par le style et les personnages, j’ai tourné la dernière page avec mélancolie. Imprégnée de celle de ce recueil juste et magnifique.

Un vrai coup de cœur sur toute la ligne !

Le billet d'Agathe

Et un recueil de plus!

dimanche 15 mai 2011

Le trophée

Qui dit dimanche dit atelier d'écriture chez Gwen. Et  aujourd'hui, le thème est le suivant : "Je vous propose de vous mettre dans la peau d’un parent d’adolescent (si c’est là votre costume habituel, ce n’en sera que plus facile…). Un jour, excédé par le bazar indescriptible qui règne (forcément) dans la chambre de votre rebelle, vous décidez de vous lancer dans une grande séance de ménage. Et là, vous tombez sur son journal intime. L’ouvrir ou pas? Le lire ou pas? Telles sont les questions que vous vous posez. Je vous laisse choisir et raconter…"

Et voici mon texte :

Claire s’habille. Elle hésite à porter ce chemiser. Non décidemment, il n’irait  pas avec son nouveau jean. Elle cherche dans son dressing bien fourni autre chose. Le gilet qu’elle a acheté le mois dernier serait parfait. Elle soulève des montagnes colorées. Impossible de mettre la main dessus. Maud, sa fille le lui a emprunté et ne le lui a pas  rendu.  Maud dort chez une copine ce week-end et à cette heure ci, inutile de vouloir l’appeler sur son portable. Claire prend la décision d’aller dans sa chambre. Pourtant, elles ont un accord : Claire n’a pas le droit d’y rentrer sans l’accord de sa fille, c’est à dire rarement. Quand Maud le lui avait demandé, Claire avait acquiescé. A 15 ans, il est normal  qu’elle ait sa propre intimité. La porte s’ouvre sur un désordre sans nom. Un capharnaüm ! Des vêtements jonchent le sol parmi les livres, les cahiers de cours. Des magazines aux pages tâchées de vernis à ongles recouvrent le bureau. Des tasses, un yaourt, un paquet de gâteau éventré laisse échapper  des biscuits en miettes. Claire regarde où poser les pieds. Un tube de colle semble s’être ancré dans  le beau parquet.
C’en est de trop ! Et  son pull ? Sûrement enseveli sous la montagne de vêtements. Chaussettes solitaires cherchant l’âme sœur,  t-shirts propres ou sales tout est mélangé. En soulevant un bas de jogging, sa main tombe sur un objet épais. Livre de maths ou de latin ?

Claire s’interroge. Non, il s’agit d’un cahier épais. Sur la couverture, deux mots "journal intime" écrits par Maud . Etonnée,  elle le fixe. Elles sont complices et  Maud  lui confie tout. D’ailleurs, les amies  de Claires l’envient, jalousent  cette relation mère-fille. Claire ne peut s’empêcher de s’enorgueillir. Les compliments de ses amies. nourissent sa vanité. Celle d'avoir réussi là où elles ont échoué. 

Ce journal est une faille qui  ébranle ses certitudes. L’envie de l'ouvrir la tenaille. Lire juste quelques lignes. Après tout, peut-être est ce simplement un cahier  où Maud note les noms de produits de maquillage ou colle l’image de la super veste qu’elle a repéré sur un site quelconque. Le mot intime est souligné comme une mise en garde.  Depuis quelques semaines, Maud a changé. Elle passe plus de temps dans sa chambre. Et quand Claire lui  a  proposé une sortie shopping suivie d’un ciné, Maud a refusé. Ce n’est pas son genre. Aux questions de sa mère, elle a prétexté du travail et des exposés à préparer. Claire n’est pas dupe, sa fille lui cache quelque chose. Pourtant, Maud lui toujours dit tout. Les disputes avec les copines, le gars de troisième sur qui elle flashe et qui  lui rend à chaque fois son sourire. Maud ne peut rien lui cacher, cette simple pensée suscite en elle de l’énervement. Elle a élevé toute seule  Maud, lui a offert tout ce qu’elle n’a pas eu étant enfant puis adolescente. Claire travaille  beaucoup. Elle  rentre souvent tard  et compense son absence par des cadeaux. Son pied heurte un petit sac poubelle. En le prenant, le  sac percé laisse échapper un bracelet. Ou ce qu’il en reste. Les petites pierres ont été cassées, broyées. Claire ouvre le sac et découvre le contenu. Des boucles d’oreilles  tordues, un t-shirt soigneusement lacéré, …Le sac est la sépulture de tous ses  cadeaux. Claire reste impassible. La sonnerie du téléphone la sort de sa torpeur. Elle répond à l’appel, elle reconnait la voix d’Isabelle une de ses amies. Cette dernière  se lance dans une longue mélopée. Sa fille lui a répondu, le ton est  monté et les mots aussi. Mais qu’est ce que je dois faire ? lui demande Isabelle. Je suis à bout de nerfs !
Claire regarde le journal et le sac poubelle  une dernière fois, elle ferme la porte et  répond à Isabelle :
Oh ma pauvre ! Je suis embêtée. Que te dire ? Avec Maud, nous ne connaissons pas ce genre de conflits,  tu sais bien…

Claire se regarde dans le miroir  du couloir.  Elle préfère oublier ce qu’elle  a vu. Sa relation avec sa Maud est parfaite. C’est son  trophée personnel  et personne ne le lui volera. Pas même sa fille.
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