mercredi 18 mai 2011

Catherine Enjolet - Sous silence

Éditeur : Phébus - Date de parution : Mars 2011 - 122 pages

Paris, années 1960. Nabisouberne, un  drôle de nom pour cette petite fille qui vit dans un endroit à part.  A la cour des miracles, on croise Doudou et ses odeurs de cuisine épicées, Dédé l’ancien taulard. Dans ce Paris populaire, on rit pour faire fuir le malheur, les fins de mois difficiles. Depuis la mort de son père, Nabisouberne a peur. Peur de son nouveau  beau-père. Entre sa mère qui n’a jamais le temps, sa grand-mère qui se lamente sur leur ruine, Nabisouberne tente de conjurer ses démons.
Petit livre mais grands émois ! Déjà, la préface de Boris Cyrulnik, neuro-pschychiatre, est belle et sobre ! Et ce livre continue de m’habiter… L’auteure nous plonge dans le Paris  où l’on joint à peine de deux bouts. Celui où les habitants vivotent. Nénette, la mère de Nabisouberne est serveuse dans un café. A la mort de son mari, la DDASS a mis son nez dans leurs affaires. On lui a  enlevé  sa fille et les séquelles, l’humiliation sont bien là. D’un tempérament fantasque, elle vit au jour le jour entre le porte-monnaie vide et  ses enfants à nourrir. Et Nénette manque de ces gestes d’amour pour sa fille. Par contre, son beau-père le lui montre. De trop. A sa façon. Il devient sa Grande Terreur.  Nabisouberne ne rit plus et appréhende  les nuits.  Alors, elle sème des mots  sur des petits bouts de papier. L’injustice, la révolte, la peur l’habitent mais aussi la fierté de ne jamais rien demander. Une cour des Miracles  où la pauvreté fait partie du quotidien, où le mot avenir sonne faux mais où la solidarité prévaut.
Un livre fort, émouvant où la parole est donnée à ceux et celles qui ne l’ont pas. Loin des clichés, ce roman m’a scotchée.
L’écriture épurée confère à ce  texte de la puissance, entre espoirs et fatalité.   
Les brumes reviennent. J’avance à découvert. En remontant vers la cour des miracles, c’est l’Ombre de nouveau qui se profile et menace. Je tremble.
-D’où tu viens ?
Je baisse la tête. Je me tais. Je trahis, c’est clair. J’ai peur de payer. De restituer l’instant volé. Bonheur indu, taxé. Je me rends… Je reprends le malheur gratuit, à volonté.

mardi 17 mai 2011

Siri Hustvedt - Un été sans les hommes

Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mai 2011 - 226 pages sublimes !

Le mari de Mia, neuroscientifique , la quitte  pour une « Pause » passagère. La « Pause » étant jeune et  prétendue lui être bénéfique. Mia craque nerveusement. Après son hospitalisation en psychiatrie, elle laisse New-York pour se rapprocher  de sa mère qui vit en maison de retraite. Cinquantenaire, poétesse, il s’agit d’une femme qui se livre sans détour. Avec force, faiblesse, humour et sensibilité.
Ce livre est magnifique, beau, touchant, drôle et juste !!! Un hymne à la femme sous tous les angles. L’adolescente, l’épouse,  la mère, la femme libérée, la femme aimante, la femme indépendante ou non, la femme qui travaille,  la femme en fin de vie…  Chacune se reconnaitra à travers Mia ou à travers les personnages féminins de ce roman. Des femmes de tout âge et de plusieurs générations. Si son mari baigne dans le scientifique, Mia est une poétesse. D’une situation ou d’une parole,  des vers et  des poèmes lui reviennent à l’esprit. A travers ces traits d’esprits, on comprend ô combien la littérature et la poésie sont une source dans laquelle Mia puise et se ressource. Au bout de 30 ans de mariage, elle se pose des questions légitimes sur son couple, sur les habitudes qui rongent l’amour et sur son mari. Elle se livre à travers une introspection  sans tabous. Le groupe d’adolescentes auquel elle  donne des cours nous renvoie aux prémices de jeunes filles et aux préoccupations de leur âge. Mia côtoie les amies de sa mère. Des femmes gaies, vives malgré leurs problèmes de santé. Observatrice, à l’écoute, elle  se noue s’amitié avec Abigail, nonagénaire aux mains de fée. Abigail dont les broderies ont deux cotés : le convenu pour le plaisir des yeux  et le libertaire où l’érotisme est maître.   Elle fait la connaissance de sa jeune voisine, Lola, malheureuse en couple.  Mia se nourrit des expériences et des rôles voulus ou non  que la vie confère à toutes ces femmes, sa mère et sa fille comprises.
Grâce à cet été passé dans le Minnesota , Mia se reconstruit . Toutes ses rencontres lui permettent d’avoir un nouveau regard brillant d’un humour sans égal  et de féminisme. Ce roman fait la part belle sur la place de la femme, de l’homme dans la société et  il délivre la quintessence de ce qui fait la femme !
Dire que j’ai aimé ce livre serait mentir car je l’ai adoré !!!J’ai vibré, j’ai été émue, l’humour souvent ironique et  féroce de Mia m’a régalée. Mais surtout,  j’ai eu cette sensation de comprendre Mia !
L’écriture de Siri Hustdvedt est magnifique, singulière  et  j’ai pris mon temps  pour lire ce livre. Il y a tant de subtilité , de réflexions qui s’en dégagent  ! Un roman à mettre entre toutes les mains des femmes  ( à offrir et  à s’offrir !).
Un livre hérisson tant j' y ai inséré de marque-pages que je relirai au fil des années qui s’écoulent car je suis certaine qu’il m’apportera encore beaucoup !   
Vous pouvez bien vous demander pourquoi diable je voulais encore de Boris, un homme qui déclare à son encore-épouse qu'il crèche avec sa nouvelle moitié pour des raisons "pratiques", comme si ce nouveau et choquant arrangement ne dépendait que de l'immobilier new-yorkais.
Les tentatices : Cathulu et Cuné

lundi 16 mai 2011

Andrew Porter - La théorie de la lumière et de la matière

Éditeur : Editons de l'Olivier - Date Parution : Mai 2011 - 205 pages de grand Art...

Andrew Porter signe son premier recueil de nouvelles avec La théorie de la lumière et de la matière. Derrière ce titre digne de faire frémir de plaisir un physicien, il nous offre dix nouvelles d’exception. Oui, d’exception et de grand Art, rien que ça ! Dans une écriture impeccable, il nous plonge dans les regrets, l’amertume et la mélancolie. Un auteur ou plutôt un observateur de la vie qui narre et qui raconte avec cette simplicité désarmante la vie des gens. Des personnages des quatre coins des Etats-Unis. Enfant, adolescent, homme ou femme  comme il en existe tant. On fait leur connaissance à des moments où leur vie bascule. Quelquefois, ils s’en rendent compte sur l’instant ou alors bien plus tard. Copain d’enfance, amour de jeunesse, le mari qui se croit trompé, l’épouse trop gentille, le frère admiratif, la famille …des gens ordinaires en somme. Et justement, c’est là tout le talent de cet auteur ! Sans effets de manche, sans flonflons ou cotillons, il nous fait rentrer dans leur intimité.  Des vies où la solitude devient très souvent une compagne. Des nouvelles au parfum doux, acide, cruel et tellement humain...

J’ai enchaîné ces nouvelles sans m’en rendre compte ! Tellement absorbée par le style et les personnages, j’ai tourné la dernière page avec mélancolie. Imprégnée de celle de ce recueil juste et magnifique.

Un vrai coup de cœur sur toute la ligne !

Le billet d'Agathe

Et un recueil de plus!
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