lundi 23 mai 2011

Akira Yoshimura - Le convoi de l'eau

Éditeur : Leméac (collection Babel) - Date de parution : Mai 2011 - 174 pages très troublantes!

Un homme et les ouvriers de son équipe  sont envoyés dans un coin isolé du Japon. Ils ont pour mission de construire un barrage dans les hautes montagnes.  Nichés dans cette vallée confinée par la brume, un hameau et son important cimetière sont suspendus au silence depuis des années.  Un paysage comme sorti des nimbes et mystérieux à l’image des villageois. Deux mondes que tout oppose et qui semblent s’éviter.   Les travaux débutent brisant l’équilibre harmonieux du village.  
Quand deux de mes libraires ( Karine et Emilie pour ne pas les citer)   me mettent un livre de côté inutile de préciser  que je repars avec !  Et, je les remercie  car sans elle, je serais passé à côté de ce roman !  Je ne savais rien sur l’histoire et la surprise a été de taille ! J’ai commencé cette lecture en m’imaginant être dorlotée par  une  poésie. Et bien non, pas de bercement mais une ambiance troublante qui m’a ferrée dès le départ. L’histoire du narrateur a de quoi donner des frissons dans le dos. Cet homme a tué sa femme parce qu’elle le trompait.  Il a purgé sa peine de prison et n’éprouve aucun remords vis-à-vis se son crime Au contraire, il explique avec sang-froid la cruauté qui l’a toujours habité. Un homme  froid  dont on est en droit d’attendre aucun sentiment ou aucune compassion. Alors que la construction du barrage ébranle les maisons, les habitants continuent à réparer ce qui est destiné à être détruit. Les ouvriers se moquent mais cette  raillerie est vite obscurcie. La contruction du barrage oppose  la modernité aux traditions. Le mode de vie des villageois, leur respect de la nature environnante et de celle de leurs défunts, un drame horrible  vont  permettre au narrateur de baillonner ses démons.
Les descriptions sont à couper le souffle !  S'y ajoutent  une  tension en crescendo, une écriture singulière et  une histoire dont la beauté est particulière.  Majestueuse, élégante et humble. Conquise et troublée de la première à la dernière ligne !

Les billets de Leiloona, Papillon, Tulisquoi et Ys.




dimanche 22 mai 2011

C'est une poupée qui fait non,non...

Direction l'atelier d'écriture de Gwen : je vous propose aujourd’hui de nous parler de votre magasin préféré. Il peut-être réel ou imaginaire, actuel ou passé, vendre tout et n’importe quoi, être ici ou ailleurs. Laissez parler votre fantaisie, votre imagination, votre nostalgie, vos rêves les plus fous… Et  des mots obligatoires : 
  • lunatique
  • anémone
  • étoile de mer
  • iconoclaste
  • bayadère
  • primesautier
Garder son sang froid, un masque ne laissant transparaître aucune émotion en toutes circonstances. Je l'ai appris au fil des années et grâce à ma profession. Enfin, dans ma situation, on ne parle plus  de métier mais de responsabilités. Je suis un homme influent et respecté. La poignée de main, premier contact en dit en dit long sur mon interlocuteur. La main moite ou tremblante, confiante ou trop sûre d'elle mer permet de juger à qui j'ai  à faire. L'argent attire les hommes comme des animaux. De toute espèces. Mouches, abeilles, beaux parleurs ou avides d'ascension sociale. A moi de faire le tri.  Pour arriver là où j'en suis, j'ai travaillé mon tempérament. Le jeune homme vif, lunatique , aux accents  primesautiers a laissé place à un homme réfléchi, posé.  Mes tempes grisonnantes sont le reflet de l'expérience acquise durant des années. Je suis toujours vêtu d'un complet de couleur sombre. Le gris, le noir vous confère un statut. Une respectabilité au dessus de tout soupçon. Quand la bourse donne des frayeurs au mon entier, je suis celui vers qui on se tourne. Réguler ou  juguler les flots et les  flux financiers, redonner au monde l'impression que l'argent ne  leur fait par perdre la tête. Gardien d'un temple où les chiffres sont invariablement suivis de milliards. 
Comme tout à chacun, j'ai mes habitudes. Et une fois par mois, je me rends dans un petit magasin qui ne paie pas de mine. Une façade décrépie, une vitrine où bouquet de fleurs fanés git depuis des lustres. La couche de poussière qui recouvre les pétales décolorées fait fuir le quidam.  Son nom l'anémone pourrait faire penser à un magasin de décoration marine ou de ventes d'articles de pêche. Il n'en est rien pour les habitués. Un petit cercle  restreint d'hommes et de femmes. Que quelqu'un vous donne cette adresse est un privilège rare. Une marque de confiance et  d'estime. Le gérant à la mine austère fait fuir ceux qui par hasard s'y aventureraient. Une étoile  de mer desséchée, une ancienne tenue de scaphandrier sont les seuls objets de cette boutique iconoclaste.   Un  "bonjour Monseiur " me salue puis  le gérant  m'ouvre en toute discrétion une porte qui donne sur un arrière boutique. Cette  porte rouge  permet d'accéder au saint des saints. Une fois rentré, je me sens un autre homme. Elle sont là. Assises devant leur portable ou à lire une revue ou un magazine. Du regard, je cherche Amia, ma préférée. Vêtue d'une robe bayadère, elle m'attend. Perchée sur un haut tabouret, son regard perdu et fixe prend vit dès que je la vois. Je l'imagine dire non, résister et de défendre. Je la prends violemment et sous mes mains chaudes, cette poupée de silicone au teint chocolat devient réelle. Une femme, avec la quelle je peux assouvir tous mes fantasmes les plus fous et le plus osés.  Je paie le prix fort pour ce moment de détente. Depuis qu'un haut dirigeant a été accusé de tentative de viol, le nombre d'habités a parait il augmenté... 

samedi 21 mai 2011

Anne Bragance - Une affection de longue durée

Éditeur : Mercure de France - Date de parution : Mai 2011 - 149 pages

Florent et Béatrice ont tout pour être heureux : trois enfants, de belles carrières. Mais un jour, Florent abandonne sa femme et ses enfants. Il la quitte précipitamment et coupe les ponts. Pour lui, leur bonheur est derrière eux, la routine a gangrené leur couple. La vie de  Béatrice et de ses enfants bascule. Béatrice se « meurt », elle ne se nourrit plus et elle est hospitalisée.

Une histoire qui semble banale. Un couple se sépare ou plutôt l’un des deux éprouve le besoin de s’en aller quand la monotonie l’a emportée. Florent préfère laisser sa famille, son couple est devenu une cohabitation. Sur un coup de tête, il part après avoir  fait la rencontre d’une jeune femme. Il laisse Béatrice dans un tel désarroi qu’elle sombre dans la dépression. Elle n’avait rien vu venir. Qui aurait pu d’ailleurs se l’imaginer ? Pour l’aînée Sophie, étudiante,  le départ de leur père est définitif. Alors que sa mère est hospitalisée, elle se décharge de tout. Et il s’agit de Sabine qui va chercher son frère après les cours, elle qui « fait tourner la maison ». Sabine est persuadée que son père reviendra. Le petit Sylvain ne comprend pas la situation. Béatrice dépérit et son médecin trouve un stratagème. Ce médecin de famille la place en Affection Longue Durée pour qu’elle combatte une maladie et  ne se laisse pas mourir. A la maison, les deux sœurs s’ignorent. Sabine réagit comme une adulte alors que Sophie se montre désinvolte. Avec la distance, Florent fait le point. De longs mois s’écoulent et il n’a toujours pas repris contact avec ses enfants. Sabine œuvre pour que son père revienne, elle veut recoller les morceaux à tout prix.

L’auteure  en  se glissant à tour de rôle dans la peau de  chacun donne à  cette  histoire un ton touchant. Les  personnages qui gravitent autour de la famille sont très intéressants : Lucille, la jeune fille pour qui Florent a tout quitté, le médecin et Mme Vignal , la voisine qui garde Sylain. J’ai aimé ces diférents points de vue, la description des ressentis.

Mais j’ai trouvé que Florent faisait  preuve d’un égoïsme monstrueux ( la fameuse crise chez l’homme ?) et  que Sophie fuyait ses responsabilités d’aînée avec trop de facilité.  Le fin mot de l'histoire colle au titre mais ne correspond pas à mes conceptions de l'amour...

On s'imagine que la beauté, la sécurité d'un engagement dans l'amour vous immunisent contre le malheur de la perte et l'on oublie d'être vigilant, on oublie que l'amour est synonyme d'insécurité, qu'il recquiet une attention de tous les instants et que la négligence lui est fatale.
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