jeudi 9 juin 2011

Jean Molla- Sobibor

Éditeur : Gallimard jeune (Collection : Scripto) - Date de parution : 2003 - 191 pages poignantes


Emma, 17 ans est tombée dans la spirale de l’anorexie. Le régime pour perdre quelques rondeurs s’est transformé en une maîtrise totale de son cops  : manger et se faire vomir. Un soir, elle entend sa grand-mère Mamouchka parler durant son sommeil d’une certaine Eva Hirschbaum, de Jacques et de Sobibor. Lorsqu’Emma questionne sa grand-mère, celle-ci se montre réticente. Mamouchka, malade, décède et Emma découvre le journal de bord de Jacques Desroches caché dans les vêtements de Mamouchka. Jacques Desroches était un français qui s’est engagé auprès des Allemands durant la seconde guerre mondiale et Sobibor est le nom d’un camp d’extermination en Pologne. 

Voilà un livre jeunesse comme je les aime : intelligent et porteur de réflexions ! Comme le dit l’auteur dans sa postface, il s’agit d’un livre sur l’après. Sur la mémoire. Sur le mensonge. Sur cette lame de fond qui n’en finit pas d’avancer. Sur le silence.
L’anorexie d’Emma trouve son point de départ dans un régime puis s’ancre dans le temps. Ses parents ne voient pas ou ne veulent pas voir son état. Très proche de sa grand-mère Mamouchka, Emma est très affectée par son décès. Dans le cahier de bord de Jacques Desroches, il s’agit de l’idéologie Nazie, de Sobibor et desconvois de juifs qui viennent y trouver la mort. Autant de mots, de descriptions qui prennent à la gorge. Mais, Emma va découvrir un secret de famille bien tenu. Un secret impensable. Emma va comprendre d’où vient ce poids qu’elle porte et elle va se retrouver face à des questions dont les réponses peuvent bouleverser plus d’une vie.

Très bien construit, je n’ai pas une seule seconde imaginé ce secret. Le cercle vicieux de l’anorexie y est très bien expliqué et le personnage d’Emma m’a touchée.

J’ai lu ce livre en apnée totale. Les non-dits, la guerre et ses atrocités, l’horreur des camps, la responsabilités des actes passés sont autant de sujets traités dans ce livre fort et poignant !  Je ne peux que le conseiller ...

Je ne sais pas si je dois essayer de suivre la chronologie des faits ou m'abandonner aux souvenirs. Peut-être ferai-je un peu des deux, jusqu' à ce que quelque chose jaillisse. Peut-être vais je essayer de vomir en mots ce que j'ai des mois durant vomi en silence.Nourritures à peine digérées me lacérant la gorge, me laissant épuisée, douloureuse.Nourritures avalées comme une forcenée, pour me faire taire, ou pour remplir ce vide immense au-dedans de moi.

Les billets de Cynthia, Joëlle, Sylvie

mercredi 8 juin 2011

Catherine Leblanc - Visages entre les lignes

Éditeur : KIROGRAPHAIRES - Date de parution : Mai 2011 - 152 pages et 13 nouvelles...

La quatrième de couverture indique que ces nouvelles ont été  composées à partir de quelques mots trouvés dans la presse. Des existences modifiées et  résumées dans un faits divers ou dans un entrefilet de quelques lignes.
De Bagdad sous les bombes à un pays de l’Est, de la France à un pays d’Afrique, Catherine Leblanc nous fait partager les rêves, les espoirs ou les désillusions de ses personnages. Un jeune adolescent  est épris de liberté  et se réfugie dans l’écriture, une femme se bat pour la sauvegarde des arbres au pied de son immeuble, un homme a une peur bleue du vendredi  13, un  humanitaire se débat avec les moyens du bord dans sa léproserie, une jeune fille  pousse son père alcoolique dans les escaliers et la chute lui est fatale.  Voici quelques uns des personnages que l’on suit dans ces nouvelles.  Des personnages différents, attachants  ou qui nous poussent à nous interroger. Ce ne sont pas les chutes qui importent dans ce recueil mais le déroulement de la nouvelle et l’écriture. D’ailleurs, le titre sied à merveille ! Visages entres les lignes car l’écriture de Catherine Leblanc prend des tournures différentes, change de ton et  colle au plus près  des personnages. Elle se fait poétique, charrie les remords et l’amour sous toutes ses formes!
Je suis passée par l'arc en ciel des émotions : certains de ces textes m'ont laissé sonnée, d'autres m'ont émue.  Une belle découverte !!!!  

 

mardi 7 juin 2011

Nicole Krauss - La grande maison

Éditeur : Editions de l'Olivier - Date de parution : Avril 2011 - 335 pages

Ce livre est un roman à tiroirs livrant quatre histoires. Le dénominateur commun est un immense bureau, un peu insolite, à  dix-neuf tiroirs dont un est toujours fermé à clé.
Dans la première partie, on découvre chacune des quatre histoires. La première met en scène une écrivaine à New-York quittée par son mari. Dans l’appartement de Nadia , il ne reste pour ainsi dire que son bureau.  Son mari a presque tout emporté sauf ce meuble. Vint-cinq ans plus tôt, un poète chilien Daniel Varsky lui avait  demandé de le garder au lieu de l’entreposer dans un garde-meubles. Nadia s’est peu à peu isolée du monde, renfermée sur elle –même et son acte d’écriture. Le bureau l’a accompagné dans sa démarche d’auteur. Bien plus qu’une source d’inspiration, elle a développé avec  cet objet une relation étrange.  Les années ont passé sans aucune nouvelle de Daniel Varsky. Jusqu’au jour où se présente la fille de celui-ci réclamant le bureau. Puis, Nicole Krauss nous amène à Jérusalem. Aaron vient de perdre sa femme. Il s’agit d’un homme qui veut écrire à son fils Dov installé en Angleterre.  La relation père-fils est froide, inexistante. Aaron n’a jamais  su comment exprimer son amour ou se comporter avec son fils Dov. Deux inconnus reliés par les liens de la chair et du sang. A Londres, Lotte l’épouse d’Artur est décédée. Des années de non-dits, d’un secret gardé par Lotte qui finira par être  dévoiler quand Lotte atteinte d’Alzheimer en parlera à une inconnue. Artur revient sur leur vie commune. Il se remémore le soir  où un jeune homme avait  demandé à parler à Lotte et comment elle avait donné le bureau auquel elle tenait tant.  Et la quatrième histoire : Isabel a perdu son amour Yoav après  avoir rencontré son père. Un antiquaire qui parcourt le monde à la recherche d’objets volés aux juifs durant la seconde guerre mondiale. Des années plus tard, la sœur de Yoav la recontacte.
J’ai terminé la première partie en me demandant ce qu’allait me réserver la suite car l’auteure crée un suspense, une intrigue autour de ses personnages et  de ce bureau. Comme dans un puzzle, les éléments s’assemblent petit à petit mais sans que toutes les clés nous soient données. Les destins des personnages se croisent, s'entremêlent furtivement et les portes s’ouvrent quelquefois sur d’autres ouvertures.
Il s’agit d’un  roman exigeant tant par sa construction que par l’écriture. Les thèmes de l’écriture et sa genèse, le souvenir, la mémoire, la seconde guerre mondiale, les souffrances du peuple juif sont quelques uns des thèmes forts abordés dans ce livre.  
Il faut prendre son temps pour le lire, être attentif et écouter ces personnages meurtris, blessés dans leur âme  qui se livrent avec pudeur, déchirement ou amour.
Les billets d'Emeraude Marie ( du blog la page déchirée), Papillon
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