lundi 13 juin 2011

Les bottes de sept lieues

Et si votre paire de chaussures préférées prenait la parole, quel voyage fait ou rêvé nous raconterait-elle? Ben oui, Gwen que dirait-elle ?
Mon texte n'est pas gai ni très long...
La terre vue d’en haut
Bottes de travail, nous n’étions pas destinées à parcourir de la moquette épaisse et douce. Nous devons être solides et notre sort est fixé dès notre sortie d’usine. Quand il nous a choisies, la première chose qui nous a frappées ce sont ses mains. Des mains rugueuses  aux doigts épais qui sentaient la paille. Chaque matin, il nous chaussait et nous passions des heures avec lui martelant à grands pas la terre. Nous avons goûté au maïs, au blé. Le calendrier des saisons fixait nos journées. Ensilage, moisson, tous ces termes nous les connaissions par cœur. Cantonnées au pas de porte, nous n’avons jamais mis les pieds dans sa maison.  De notre endroit de repos, nous l’entendions s’élever contre des nouvelles mesures, des quotas, des bureaucrates qui fixent des lois. Les journées sont devenues plus longues pour lui comme pour nous.   Travail harassant, labeur sans reconnaissance  ou presque.  Nous  dans la boue presque jusqu’aux genoux et lui endetté jusqu’au cou.  Il a dû vendre une partie de ses bêtes. Depuis ce jour, l’étable est  devenue presque silencieuse. Un silence pesant, oppressant. Une amarre à la faillite.
Hier soir, il s’est assis sur un talus. Nous barbotions dans les herbes quand des larmes sont venues s’écrouler devant nous. 
Ce matin, dans le jour qui se lève, nous nous balançons au gré du vent au dessus de sa  terre.  Son corps penche au bout d’une corde.

Alain Emery - Gibiers de potence

Éditeur : Edition Astoure- Date de parution : Avril 2011 - 215 pages et 27 nouvelles noires

Une vieille légende prétend que ceux qui n’ont pas accompli de leur vivant le Tro Breizh (un pèlerinage destiné à relier entre elles Dol de Bretagne, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier, Saint-Pol de Léon, Quimper et Vannes, en hommage aux sept saints fondateurs) seront alors condamnés à l’achever dans l’au-delà en avançant de la longueur de leur cercueil une fois tous les sept ans. Vous l'aurez compris, ces nouvelles se déroulent en Bretagne  et dans vingt-sept villes différentes. Je vous rassure :  nul besoin d'être breton pour les lire !  
Les  personnages de ces nouvelles sont  sans scrupule, vils, mesquins, appâtés par l’argent, étouffés par la haine ou  assoiffés de vengeance. Des nouvelles noires, très noires aussi sombres que les recoins les plus sordides de l’âme humaine.
Sortez vos cartes de Bretagne et en route !
A Saint Cast le Guildo, une  fête est prévue pour célébrer le premier centenaire de la commune. Le maire s’inquiète : trois des cinq potentiels  presque centenaires sont tombés comme des mouches récemment. Dans Un instant d’éternité, on découvre comment un aspirant au titre d’auteur est prêt à tout pour connaître enfin la gloire.  A Brest, l’amitié entre amis est forte et il n’est pas  question de laisser tomber ses amis. Dans Fortunes de mer, la concurrence entre collègues de travail prend une tournure  inattendue.  Et quand l’amour s’en mêle, la chute peut être  très surprenante  comme dans Marylin et  moi ou Bonne espérance.
Je me suis régalée de ces  tranches de vie courtes au style vif, concis et  à l’humour teinté au vitriol ! Une fois de plus, j’ai été frappée par la psychologie  des personnages d’Alain Emery. Et pour ceux qui connaissent les villes mentionnées, les détails font qu’on s’y croirait…
A déguster sans modération, avec ou sans cynisme !
Le billet d'Yvon .

dimanche 12 juin 2011

Denis Lachaud - Comme personne

Éditeur : Actes sud - Date de parution : 2004 - 165 pages

Estelle, 30 ans, tombe amoureuse de William lors d’un dîner . Pour elle, il s’agit de l’homme de sa vie. Un mariage hâtif et Estelle aménage chez William le temps que le couple trouve un nouvel appartement. Après quatre années de vie commune et un enfant, Estelle le quitte.
Durant ma lecture, j’ai d’abord  pensé à une erreur . Vérification du nom de l’auteur, il s’agit bien d’un homme. Et là, je dis chapeau bas à Denis Lachaud car ce livre donne l’impression d’avoir été écrit par une femme !
Estelle est une jeune femme qui aime sa liberté, son travail et qui assume ses envies et ses pulsions.  Bref, une jeune femme « moderne » (contrairement à la couverture..). Sa rencontre avec William lui fait dire que ce sera l’homme de  sa vie. William est beaucoup plus âgé, divorcé, il a un fils de 17ans avec qui les rapports se résument à un bonjour au revoir.  Malgré des déceptions amoureuses, Estelle s’engage avec  William. Petit à petit, elle prend conscience que William n’est pas le mari idéal. Il la pousse à renoncer à son travail,  veut une épouse au foyer, remet sans cesses les visites d'un nouvel appratement. Sauf qu’Estelle étouffe et du jour au lendemain, prend sa fille et part. Vient ensuite la période de reconstruction et  des doutes.  Estelle  cherche comment être épanouie dans une relation avec un  homme tout  en gardant son indépendance.  Ce livre revisite le statut de la femme, la libère des carcans et des clichés. Les relations homme-femme au sein du couple  sont au centre de ce livre. Et Messieurs, vos défauts sont sous le projecteur !  Estelle n’est pas une héroïne parfaite (qui l’est d’ailleurs ?) ce qui contribue à la rendre si proche de nous.
Les réflexions de Denis Lachaud  sont très justes  et son écriture est délicieuse ! Un livre troublant de réalisme !!!!
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