jeudi 16 juin 2011

David Thomas - Un silence de clairière

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Mars 2011 - 174 pages

Adrien, quadragénaire, se remet en question. Ecrivain peu ou pas reconnu, son couple bat de l’aile et son dernier livre est un flop. Il décide de partir  à la recherche de son frère ainé Paul qui est son opposé. Si Adrien aime le confort de sa vie de bobo parisien, Paul est parti depuis  vingt ans à la découverte du monde et de la nature.
Même si les thèmes abordés ne sont pas nouveaux, ce livre mérite qu’on s’y attarde. Car l’écriture de David Thomas donne une dimension singulière à ce qui aurait peu avoir un goût de déjà lu. Un style vif, incisif et qui interpelle le lecteur. Pour une lecture tranquille bien au chaud dans ses chaussons, il faudra repasser… La vie d’Adrien prend l’eau, une vie confortable, aisée mais où il n’a plus goût à rien. Entre les séances chez le psy où il s’endort (pour 80 Euros de l’heure), les remarques de sa femme, Adrien pense que retrouver son frère  l’aidera. Son voyage le conduit en Suède, loin de tout, au cœur d’une forêt.  Le récit est émaillé des souvenirs d’enfance et son admiration pour Paul.
David Thomas nous dépeint le portait d’un homme qui use d’une autodérision percutante ! Sans apitoiement, les réflexions sur son couple et  sa vie sont souvent acides. En plus de sa quête pour aller mieux, il nous offre un regard très incisif sur notre société et nos modes de vie. Mon seul bémol : j’ai trouvé que certains points étaient un peu survolés …
Sa place n’est pas ici, mais parmi les siens, dans une société polluée, bruyante, motorisée, télévisée, informatisée, connectée et virtuelle. Une société paradoxale, capable de raffinement et de vulgarité, capable de venir à bout des virus les plus virulents et d’élaborer les armes les plus destructrices. Une société qui sonne de la valeur à ce qui n’en a pas, qui soutient les siens autant qu’elle les abandonne, qui offre des commodités confortables et allonge l’espérance de vie, qui propose les pensées les plus subtiles et les divertissements les plus stupides. Une société qui crée de la justice et de l’incivilité, des crimes et  des protections, des goûts et des codes sociaux. Qui protège les riches par intérêt et les faibles par conscience, qui fausse le réel par l’image, qui suscite de la frustration et de la jalousie mais qui transforme l’atome et le vent en  lumière.

mercredi 15 juin 2011

Martin Provost - Léger, humain, pardonnable

Éditeur : Points - Date de parution : Mai 2011 - 252 pages et un coup de cœur

Bruno vient comme chaque été passer ses vacances dans la maison familiale au Conquet. Sa mère dont il été toujours été très proche est gravement malade. Sa sœur Isabelle et ses neveux sont également présents. Bruno attend l’arrivée d’Emile, son compagnon, l’homme qui partage sa vie.


Bruno le cadet de la famille n’est âgé que de quelques mois quand son père,officer de marine, part pour la guerre d’Algérie. A son retour, il doit partager sa mère avec lui. Sa mère se montre gaie, fantasque, passant énormément de temps avec ses enfants. Elle est issue d’un milieu bourgeois parisien. Elle a du mal à s’accommoder à la vie à Brest et se refuse d’être comme les autres femmes de gradés militaires. Enfant, Bruno est déjà attiré par les garçons. Une enfance partagée entre les jeux à la plage, le quotidien à Brest avec les visites aux grands-parents à Recouvrance. Puis, la vie prend un autre tournant, les parents achètent une maison au Conquet. L'argent fait souvent défaut, la gaieté de sa mère s’est envolée, les relations entre les deux époux sont souvent tendues. Bruno ne s’amuse plus comme avant avec sa sœur et son frère. Ils s’ennuient au Conquet si loin de Brest. Vient le temps de l’adolescence et des premiers émois amoureux avec d’autres garçons. Bruno doit faire face aux regards des autres et aux drames qui surviennent. L’avortement forcé de sa sœur tombée enceinte accidentellement et les parents qui se taisent, qui veulent étouffer l'inavouable. Puis, la mort de son frère alors qu’il fêtait son bac. Une blessure sans nom, indélébile.

Ce livre est bien plus qu’un roman de famille. A travers le personnage de Bruno, Martin Provost se livre et défile la bobine de sa vie. L’enfance passée à Brest puis le déménagement au Conquet, son adolescence et la prise de conscience de son homosexualité, les souvenirs heureux et les blessures.

L’écriture de Martin Provost nous prend par la main en toute simplicité, une écriture émaillée d’humour où les détails renforcent ce récit tout en finesse. Un livre où la pudeur, la sensibilité et la sincérité sont omniprésentes.

Que dire de plus sinon que j'ai vibré tout au long de cette lecture ! L'amour pour sa mère, la relation distante avec son père, l'admiration pour son grand-père paternel, Brest et les plages environnantes.. autant d'éléments qui en font un coup de cœur !

lundi 13 juin 2011

Les bottes de sept lieues

Et si votre paire de chaussures préférées prenait la parole, quel voyage fait ou rêvé nous raconterait-elle? Ben oui, Gwen que dirait-elle ?
Mon texte n'est pas gai ni très long...
La terre vue d’en haut
Bottes de travail, nous n’étions pas destinées à parcourir de la moquette épaisse et douce. Nous devons être solides et notre sort est fixé dès notre sortie d’usine. Quand il nous a choisies, la première chose qui nous a frappées ce sont ses mains. Des mains rugueuses  aux doigts épais qui sentaient la paille. Chaque matin, il nous chaussait et nous passions des heures avec lui martelant à grands pas la terre. Nous avons goûté au maïs, au blé. Le calendrier des saisons fixait nos journées. Ensilage, moisson, tous ces termes nous les connaissions par cœur. Cantonnées au pas de porte, nous n’avons jamais mis les pieds dans sa maison.  De notre endroit de repos, nous l’entendions s’élever contre des nouvelles mesures, des quotas, des bureaucrates qui fixent des lois. Les journées sont devenues plus longues pour lui comme pour nous.   Travail harassant, labeur sans reconnaissance  ou presque.  Nous  dans la boue presque jusqu’aux genoux et lui endetté jusqu’au cou.  Il a dû vendre une partie de ses bêtes. Depuis ce jour, l’étable est  devenue presque silencieuse. Un silence pesant, oppressant. Une amarre à la faillite.
Hier soir, il s’est assis sur un talus. Nous barbotions dans les herbes quand des larmes sont venues s’écrouler devant nous. 
Ce matin, dans le jour qui se lève, nous nous balançons au gré du vent au dessus de sa  terre.  Son corps penche au bout d’une corde.
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