lundi 4 mars 2013

Stephen King - 22/11/63

Éditeur : Albin Michel- Date de parution : Mars 2013 - 937 pages passionnantes et donc impossible à lâcher  ! 

Etats-Unis, en  2011 après les attentats du 11 septembre. Jake Epping professeur d’anglais trentenaire divorcé dans un lycée tranquille du Maine assiste à la remise de diplôme d’Harry Dunning l'homme d’entretien du lycée plus âgé que lui.  Jake sait qu’enfant il a assisté au meurtre de toute sa famille par son père. Blessé à la jambe mais aussi à la tête, dans l’Amérique des années 50 Harry Dunning a été vite considéré comme retardé mental.
Jake a pris l’habitude de se rendre chez Al qui vend à prix défiant toute concurrence des burgers de qualité supérieure. Pourtant les lycéens désertent la roulotte car la suspicion a effectué son travail. Al et Jake ne sont pas des amis à proprement proprement parler mais ils aiment échanger toujours quelques mots. Atteint d’un cancer des poumons foudroyant, Al demande à Jake un service. Comment refuser ?

Mais ce service va entraîner Jake là où jamais son imaginaire aurait pu le conduire. Car Al lui révèle qu’à partir de la réserve de sa roulotte, il existe une sorte de terrier qui permet de remonter dans le temps. Méfiant et surpris, Jake obtient la démonstration en empruntant lui-même le terrier. Chaque retour dans le passé débouche au même endroit, au même jour et à la même heure. Tout voyage annule les actes et traces du précédent. Al qui n’en a plus pour très longtemps a une idée derrière la tête. Il demande à Jake d’empêcher l’assassinat de JFK du 22 novembre 1963 à Dallas ce qui évitera le guerre de Vietnam et des années bien troubles.

Comment réagiriez-vous si vous aviez la possibilité de remonter dans le temps pour empêcher certains tournants de l’Histoire et éviter une guerre ? Et surtout si vous l’on confie un mode d’emploi de ce voyage, du mode vie de cette époque que vous n’avez pas connu et tous les renseignements sur le présumé meurtrier du président John Fitzgerald Kennedy. Vous savez où Lee Harvey Oswald habite mais aussi chacun de ses faits et gestes que l’Histoire a pu reconstituer st surtout quand et comment il tuera JFK.

Stephen King nous implique dans un roman époustouflant ! Une remontée dans le temps où l’on plonge dans l’Amérique de années de la fin des années cinquante avec un réalisme frappant de détails. Un mode de vie, des pensées mais aussi une époque bien plus apaisée que celle de nos jours. La dimension humaine et sociale est omniprésente, mélange habile de suspense avec de l'humour pour cette chronique d’une époque où un homme se retrouve écartelé entre l’amour pour une jeune femme et la mission qu’il doit effectuer. Et même si les mentalités sont étriquées et comportent de nombreuses œillères,  vous savez que dans peu de temps elle  vont changer car c’est inscrit dans l’Histoire.Mais comme Al l’a dit à Jake l’effet papillon existe et un simple geste de votre part peut avoir des conséquences bien différentes que vous l’imaginiez.

Ce roman ambitieux dépasse largement toutes ses promesses. Fresque sociale des Etats-Unis où  la conscience d’un homme  est malmenée. Je n’avais jamais lu Stephen King auparavant et je n’ai pas pu lâcher ce pavé où tout est savamment orchestré. Rebondissements, changement de tournure des évènements distillent une adrénaline constante qui monte en crescendo. Une addiction totale absolue qui m’a fait vivre pendant plusieurs jours dans une Amérique qui donne envie de remonter le temps. J'ai tourné les deux cent dernières pages en apnée totale avec le cœur battant très, très vite.

Un livre passionnant, étourdissant de talent car tenir le lecteur sur plus de 900 pages sans le perdre ou le noyer dans des longueurs est signe d’un roman que je qualifie de très, très bon !

Peu importe que vous soyez en 1958, 1985 ou 2011. En Amérique , où l'apparence passe toujours pour la substance, les gens croient toujours des types comme Franck Dunning.

dimanche 3 mars 2013

Lat Expert

J'ai réussi à voler du temps au temps  aujourd'hui pour l'atelier de Gwen  (attention, celui ou celle qui me dénonce aura à faire à moi !).

Elle s’appelle Fleurdelise Bérochu. 43 ans, célibataire, sans enfant. Un écureuil de compagnie. Un deux pièces près de la gare Saint-Lazare. Elle a fait des études, tenu des postes à responsabilité. Elle a connu l’amour mais ça n’a pas marché. Aujourd’hui, elle est Dame Pipi à Paris.Comment est-elle devenue Dame Pipi et pourquoi? Quel est son quotidien et comment le vit-elle? Fait-elle des projets d’avenir? A-t-elle décidé de révolutionner le monde des latrines? L’amour est-il au coin du lavabo? 

La consigne  a réveillé mon imagination ( sans bornes) et comme l'a dit Gwen : sérieux  s'abstenir...

Fleurdelise Bérochu. 43 ans, célibataire, sans enfant. Un écureuil de compagnie qui répond au nom de Pop’s et un deux pièces près de la gare Saint-Lazare. Comme tous les jours, je me rends à mon travail. Cette journée est spéciale car elle dissimule un étrange anniversaire. Plus de six ans ont passé depuis que j'ai quitté mon poste de trader aux Etats-Unis. La voltige des chiffres, la spéculation n’ont aucun secret pour moi. Un salaire très confortable sans oublier des primes qui tombaient quand je choisissais d'appuyer sur mon clavier au bon moment. Un métier masculin où j'avais fait mon trou après avoir mangé des maths, de l’économie et des chiffres. Au pays du rêve, j’avais fait la une d'un magazine : "la Française qui a fait gagner 80 millions de dollars à Cie&Westyoung". Il y a eu un remaniement et un changement de direction. Mon nouveau boss m’avait demandé d’effectuer certaines opérations et ne pas en dire mot. Soit j'acceptais soit je partais. J’ai choisi la deuxième option car je ne pouvais pas spéculer sur le dos de pauvres gens qui à cause moi allaient perdre leur maison.  Lee Waston m'avait balancé à la figure " Tant pis pour toi , maintenant tu es grillée dans toutes les compagnies , tu peux te recycler en dame pipi ! " Le salop ! Je vous épargne tous les noms d’oiseaux américains dont je l’ai affublé! Good bye USA pour un  retour en terre normande des Bérochu.

C'est en voyant une vache qui broutait tranquillement se débarrasser d' un taureau qui l’approchait de trop près par un coup de corne que j'ai eu mon idée. Et quand mon regard a croisé celui de la vache, elle a meuglé. Un signe du destin m’était donné. Ni une, ni deux, j’ai foncé ! Côté financier, je n’étais pas à plaindre mais il me fallait un capital plus important de départ. Au lieu de me prendre pour une illuminée, mon père m’a rassurée en m’affirmant que j’étais une fille géniale. Il faut dire que mes parents étaient un mélange d’artistes bohèmes ayant monté une pièce à succès et férus de fleur ( mon prénom vient du fait du fait que j’avais été conçue lors d’une promenade champêtre et fleurie). Les latrines de la capitale avaient à bien se tenir car deux mois  après, j'aménageais à  Paris. J'ai été frappé aux portes des cafés-restaurants  situés près de la Bourse. Soignée, sans exigence pour le salaire,  discrète mais la serpillière ferme et un CV sans mon passé. En quelques mois, j’étais devenue non seulement experte en matière de prostate mais aussi en mesquineries. Regards dédaigneux de ma clientèle pourtant bien heureuse d'avoir des toilettes propres, j’étais la femme invisible pour beaucoup et un symbole de la médiocrité pour tous ces magnats de la finance.

Certains devaient me prendre pour une simple d’esprit quand je dégainais mon éponge et mon produit WC avec un sourire jusqu'aux oreilles après le passage de clients américains. Ils ne doutaient pas que je venais d’empocher sous le nez de Lee quelques centaines de milliers de dollars. J’étais à la tête de Lat Expert une société d’investissement en bourse. En cinq ans, j’avais entamé sérieusement le chiffre d’affaires de Cie&Westyoung. Car de mon poste de dame pipi, j’étais au courant de tout. Et croyez moi les hommes peuvent parler énormément en se soulageant devant l’urinoir. Futurs projets, opérations à venir, j’étais informée de beaucoup de choses. De ma tablette glissée dans mon magazine vieux de dix ans, j’achetais ou je vendais. Lat Expert a commencé à faire parler d'elle. Mes collaborateurs avaient signé une clause spéciale les interdisant de divulguer mon nom. Un siège social sans personnel, ma société était entourée d’un épais brouillard tout en en restant dans la légalité.  Quelquefois mes collaborateurs venaient directement m'informer d’opérations et certains n'ont pas tenu le coup ( l'odeur citronnée du parfum  WC ?).  Les serveurs pensaient que beaucoup d'hommes étaient tombés amoureux de moi de moi vu le nombre de fois où ils payaient un café sans le consommer  pour se précipiter aux toilettes. Là aussi, je m’étais entourée de précautions. Aucune des collaboratrices ne se déplaçait pour ne pas éveiller les soupçons surtout que Cie&Westyoung avait délégué des enquêteurs sur place. Toutes les pistes étaient brouillées et Lat Expert pesait lourd, son nom circulait à New-York. Enfin j'ai  pu convoquer la presse financière. Un article de deux pages m’était consacrée : « Une dame pipi règne sur la finance » ! La photo est superbe. Tenant mon balai serpillière et de l'autre main, une éponge serrée dans mes gants plastiques roses. J’ai pris soin bien sûr de l’envoyer à Cie&Westyoung . Depuis, Lee a été viré...

vendredi 1 mars 2013

Sébastien Ayreault - Loin du monde


Éditeur : Au Diable Vauvert - Date de parution : Janvier 2013 - 143 pages vives et lucides!

Maulévrier, la banlieue de Cholet et les années 1980. Pour David âgé de dix ans il y a les copains, l’école, sles parents et les règles établies,  les filles intrigantes. Un pied dans l’enfance et un autre hésitant à en sortir. Son père est mécano dans un entreprise écoute Johnny et fume des gauloises. Sa mère travaille une imprimerie, une seule voiture la R12 pour le couple.

A travers le regard et la voix de David, il s’agit de toute une époque qui nous est restituée. Pas de langage châtié mais des jurons pour ce gamin adepte de Tintin. On retrouve les expressions d'une époque, la vie d’une couple qui ne roule pas sur l’or et dont toutes les générations habitent dans le même coin. Olga, l'arrière grand-mère percluse de méchanceté à qui on va quand même rendre visite pour ses commissions. Pas vraiment la joie pour David qui s’ennuie, essaie de comprendre le monde qui l’entoure. Pour se donner de la contenance ou par curiosité, il crapote sa première cigarette et cherche à savoir ce qu’il y a exactement dans la culotte des filles. La peur du chômage existe déjà. Le père part travailler à Angers et ne rentrera que le week-end. Trop loin et trop cher. Un père aimant et simple, le héros de David. Bien entendu, il y a un caïd celui devant lequel on n'ose rien dire à l'école, les vrais et faux copains.
Je n’en dirai pas plus sur ce livre sans mièvrerie, au style très direct. Photo d’une famille, d’un milieu social sans pathos ou misérabilisme dans une petite ville de province. Entre les les questionnements et  l'insouciance  de David, les désillusions et les joies naissent. La violence de la vie se fera connaître elle-aussi.

Un roman frais, juste mais touchant, lucide qui réveille bien des souvenirs cachés au fond de notre mémoire.  
Seuls petits bémols : j'ai pressenti la fin,  le langage de David  m'a un peu lassée...Mais Sébastien  Ayreault n' a pas choisi  la facilité et relève haut la barre toutes les difficultés ! 
Un jeune auteur à suivre en tout cas !

Le billet d'Yvon
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