dimanche 2 juin 2013

Elsa Montensi - Désordres, lettre à un père


Éditeur : l'Harmattan - Date de parution : 2012 - 92 pages pour un coup coeur lu en apnée totale ! 

Tu préfères le corps des hommes à celui des femmes. Tu es né ainsi. Tu n'as pas choisi. Mais il y a la société, le poids de son regard. Un regard trop lourd à porter. Celui de la différence. À vingt-trois ans, tu fais le choix de te marier. Pendant neuf ans , tu fais semblant, mènes une double vie. L'engrenage est enclenché. Tu pousses la comédie jusqu'à faire un enfant. 1971, je naîtrai de ce mensonge. Il faudra encore quatre ans avant que la vérité n'éclate au grand jour. Une vérité synonyme de honte. Tu es homosexuel, nous sommes au coeur du monde rural au début des années 70.
Premières lignes de ce récit que nous livre Elsa Montensi. Premières lignes où l'on sait qu'il n'y aura pas de trompe-l'oeil. Seule la vérité même si elle est douloureuse sera le crédo de cette lettre.

Viendra le divorce de ses parents, un des premiers de l'époque revivre avec avec un homme cela ne se fait pas. Une femme respectable sait rester seule. Divorcée à vingt-six ans, ma mère ne refera pas sa vie.
Tous les trois sont prisonniers du carcan de l'époque et des préjugés. Marquée par un sceau où l'homosexualité était considérée comme un maladie,  elle est mise à l'écart. Elle doit porter cette honte. Seule solution : s'effacer et raser les murs. La quête identitaire est nécessaire tout en reprenant les jalons d'un contexte social et culturel. Fille d'un mensonge, elle veut comprendre qui elle est et quelle est sa place et la littérature devient l'épaule sur laquelle je m'appuie pour affronter le monde.
Enfant que la famille de sa mère a rejeté :  son père est coupable. L'aimer est une faute. Le montrer, une injure.
Sa quête est synonyme d'un chemin sans rancoeur envers son père. Elle ne le juge pas, ne pointe pas vers lui de doigt accusateur. Elle est sa fille.

L'écriture sans fard aux phrases courtes donne à ce récit une puissance rare. Touchant, sensible,  où les plaies ne sont pas cachées, Elsa Montensi  a su exprimer avec un recul nécessaire ses sentiments et ses questions.
Un livre lu en apnée totale où le flot des émotions m'a fait tanguer. Un immense coup de coeur !

Les billets de Charlotte, Le carré jaune, Lucie ( merci!), Mirontaine


samedi 1 juin 2013

Fatou Diome à Brest

"Franco-sénégalaise, mes ailes de pélican demandent toujours plus d'espace."

Fatou Diome  est une habituée de Dialogues et il y a une semaine, elle est venue parler de son dernier livre Impossible de grandir. J'ai eu la chance de pouvoir discuter avec elle en tête à tête et j'en ai profité pour lui poser quelques questions.

De tous vos romans, Impossible de grandir est  le plus intimiste ?
Oui et bizarrement le plus ouvert aussi.

Dans Sallie, il y a beaucoup de Fatou ?
Oui et beaucoup de Sallie dans Fatou  !  La petite c'est mon double enfant avec sa naïveté, ses  révoltes intègres qui pense que le monde peut être autrement.

Est-ce un roman cathartique ?
Non car j'avais pris beaucoup de distance avec mon enfance et  j'étais apaisée pour pouvoir l'écrire  car quand on est dans la colère ou  dans l'amertume, il n'en ressort que du noir.
Ce livre j'aurais pu l'écrire  avant Le ventre de l'Atlantique mais je ne me  sentais pas prête pour  ce travail d'écriture ni dans le bon état d'esprit.

Dans ce livre comme  dans vos autres romans, vous parlez des droits des femmes, des dysfonctionnements et des incohérences de la société. Est-ce un simple constat ou peut-on dire que vous êtes une auteure engagée ?
Je n'ose pas m'attribuer la mot "engagée" car je trouve que ça ne serait pas modeste mais si mes lecteurs ou mes lectrices trouvent que je porte bien une cause, alors c'est tant mieux ! Je dis  les choses comme elles sont car la réalité est comme elle l'est.

Vous m'aviez dit que quand vous aviez terminé un roman vous étiez déjà à l'écriture du suivant ?
Et  c'est toujours le cas !

On sent une exigence littéraire supplémentaire dans ce roman.
Pour que ce roman ne soit pas une tragédie glauque, j'y ai ajouté plus de créativité poétique. La réflexion philosophie, la poésie permettent d'atténuer les drames.

Vous trouvez qu'il y a un manque de communication entre les gens?
Les gens aiment qu'on aille bien  et quand on va mal, ils préfèrent s'éloigner ou partir.  Il y a des cases dans lesquelles il faudrait rentrer, les moules de circonstance, les masques de cire qui cachent les blessures mais qui ne les guérissent pas. Il y a plus de solitude, moins d'écoute et la  communication manque...

Puis, la rencontre au café de Dialogues a été merveilleuse et magique ! Fatou Diome captive son auditoire avec humour et intelligence et quand on entend des personne lui  dirent "je viens à chaque fois vous écouter et c'est toujours un bonheur, vous êtes un rayon de soleil",  je crois que c'est une des plus belles récompenses pour un auteur.
Fatou Diome avant d'être une écrivain est une personne d'une humanité incroyable,  sincère et généreuse... Et parler avec elle, l'écouter est un enrichissement ! 

Son interview sera bientôt disponible sur le site de Dialogues.

Un grand, grand  merci à Fatou Diome, à l'équipe de Dialogues et à Gilles Paris !

Ian McEwan - L'enfant volé


Éditeur : Folio - Date de première parution : 1995 - Traduit de l'anglais par Josée Stawson - 411 pages et un abandon...

Stephen écrit des livres pour enfants. Marié et père d'une fillette de trois ans Kate, il mène une existence heureuse. Sa vie bascule à jamais le jour où Kate disparaît alors qu'il faisait des courses avec elle au supermarché. Les recherches ne mènent à rien, son couple se disloque et divorce. Brisé, il flirte avec la dépression.

La disparition de Kate qui survient au début du livre n'est plus abordé. Ce fut ma première surprise. Cet évènement sert à Ian McEwan à explorer, à décortiquer la notion du temps. Stephen n'écrit plus même s'il prétend le contraire. Il est membre membre d'une commission qui planche sur les problèmes de l'enfance et l'apprentissage scolaire subventionnée par le gouvernement. En rendant visite à Julie partie s'installer dans une autre région, il a l'impression de voir ses parents attablés dans un café. Cette image est un souvenir de son enfance. Charles l'ami de Stephen abandonne tout et part vivre à la campagne avec sa femme où il se comporte comme un adolescent s'enfonçant dans une régression totale. Stephen glisse de plus en  souvent dans des souvenirs ou ce qu'il semble en être, se plongeant dans une plus grande solitude.

Si l'auteur nous livre des réflexions sur la notion du temps et sur la politique menée en Angleterre, j'ai dérivé vers l'ennui total.. J'ai trouvé ce livre déconcertant et brouillon à de nombreux moments. 
Après avoir trouvé sublime Sur le plage de Chesil, m'être ennuyée dans Délire d'amour, la qualité de l'écriture n'a pas empêchée cette fois l'abandon.

Je vous renvoie au billet de ClaudiaLucia très creusé sur ce livre.
McEwan étant un auteur anglais, il s'inscrit dans le mois anglais ( en espérant que mes futures lectures soient moins désastreuses..).






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