samedi 3 mai 2014

Ludovic Joce - Point de gravité

Editeur : D'un Noir Si Bleu - Date de parution : Avril 2014 - 176 pages sensibles et vives !

 "J'avance lentement, avec cette curieuse impression de m'enfoncer dans l'asphalte. J'imagine qu'il va me falloir du temps pour me réadapter. Je suis bien placé, du moins je l'étais autrefois, pour savoir combien la tâche peut être ardue. Mais tout va bien se passer. C'est ce qu'on m' a rabâché maintes et maintes fois." A sa sortie, Loïc est attendu par Florianne. L'adolescente a laissé place à une jeune femme souriante qui travaille en tant qu'éducatrice. Comme lui avant. Les souvenirs remontent à la surface, Loïc replonge dedans et se souvient.

Loïc marié et papa d'une petite fille. Et brutalement le drame qui l'a déconstruit, rongé jusqu'à l'os. Après plusieurs mois d'absence et sur l'insistance d'une collègue, il retourne travailler. Malgré sa chute profonde, il veut donner à ces enfants ce qu'il doit leur apporter. Il faut sans cesse faire attention de ne pas dépasser ces limites où un enfant ( ou un adolescent) risque de s'attacher. Un métier qui demande de naviguer habilement entre le professionnel et le personnel. Sauf que Loïc veut changer un peu les règles pour eux et pour lui. Histoire de bonheur qui se voit en sourires. Si la vie qui n'a pas épargné Loïc, il tient debout mais chancelle souvent.

Sans pathos, écrit d'une plume vive et nerveuse, ce roman où les personnages semblent être à fleur de peau met en avant le travail d'éducateur mais aussi le parcours cabossé de Loïc car la vie n'est pas un long fleuve tranquille.
Une lecture qui n'est pas plombante car Ludovic Joce y apporte des touches lumineuses et d'espoir !

Le billet de Cathulu

vendredi 2 mai 2014

Eric Fottorino - Suite à un accident grave de voyageur

Éditeur : Gallimard - Date Parution : 2013 - 63 pages dont on ne sort pas indemne... 

En septembre 2012 dans un laps de temps très court, trois personnes se sont jetées sur les voies du RER dans les Yvelines près d'où l'auteur habite. Des morts relayées par ce message de la SNCF qui prévient du trafic interrompu et retardé "Suite à accident grave de voyageur". Pas plus. "Neutraliser la zone d'inquiétude avec des termes propices à l'oubli, inoffensifs et creux. " Mal nommer les choses, jugeait Camus, c'est ajouter au malheur du mode". Ne pas les nommer, c'était nier notre humanité".

Eric Fottorino est un utilisateur du RER  comme tant d'autres. Frappé par ces morts, il cherche des informations. Le journaux ne mentionnent que le retard des trains. Aucun nom d'écrit pour chacune des trois personnes. Leurs souffrances, leur désespoir sont tus comme si elles n'avaient jamais existé. Oubliées au plus vite car seul le temps compte. Sur un forum, des usagers déversent leur colère violente " Un suicide, dans les transports en commun, c'est plus que que gênant, c'est irritant, c'est ennuyeux, c'est un agacement de plus, une tracasserie dont des milliers de personnes n'ont pas besoin." D'autres vont plus loin avec un cynisme qui m'a coupée le souffle. Chacun défend son temps précieux.
Et il y a ceux qui sont touchés, marqués à jamais par ce qu'ils ont vu.

L'auteur ne se fait pas moralisateur ou ne se donne pas le beau rôle " Combien de fois ai-je moi-même pesté à l"annonce d'un retard dû à "accident de voyageur". Suis-je donc insensible aux autres? ,  il nous parle de la déshumanisation et de l'individualisme. Il s'interroge sur les situations qui conduisent à cet acte.
Avec ce livre fort, il donne une dignité à ces voyageurs morts et leur rend un très beau et vibrant hommage. Une lecture dont on ne sort pas indemne.

Les billets de Fransoaz, Jérôme, Noukette, Philisine

Une lecture dans le cadre de la 12ème édition du prix des Lecteurs du Télégramme

Lu de cet auteur : Caresse de rouge -L'homme qui m'aimait tout bas

jeudi 1 mai 2014

Gilles Paris - L'été des lucioles

Éditeur : Héloïse d'Ormesson - Date Parution : Janvier 2014 - 220 pages de tendresse et de fraîcheur!
 
Victor âgé de neuf ans vit avec sa maman libraire qui aime partager ses lectures via un blog,  Pilar la compagne de cette dernière  une artiste peintre que Victor appelle sa deuxième maman et sa sœur Alicia adolescente. Ses parents se sont séparés car après la naissance de Victor son père François s'est enfermé dans une bulle celle du syndrome de Peter Pan.

La famille va passer les vacances au Cap Martin. Son père y a hérité d'un appartement de sa sœur Félicité mais il refuse d'y aller. Un été où Alicia s'intéresse aux garçons, où Victor fait la connaissance de Garpard, de Tom et Nathan des jumeaux qui vont l'entraîner dans une villa abandonnée et de Justine dont il tombe amoureux. A la résidence, Edwige la Baronne qui vient depuis très longtemps laisse échapper devant Victor qu'elle a connu son père et sa sœur également. Mais quand Victor pose des question sur Félicité à sa mère, il n'obtient aucune réponse. Il sent bien que l'on ne veut pas lui dire toute la vérité. Victor va découvrir toute l'histoire et pourquoi son père ne veut plus venir. Neuf ans : un âge où l'on veut grandir, où l'on ne comprend pas toujours les adultes et en même temps où l'on veut rester dans l'insouciance de l'enfance. Un âge où quelquefois certaines choses  deviennent claires à nos yeux.

Après un début un peu lent, j'ai retrouvé avec plaisir la facilité de Gilles Paris à se se glisser dans la peau d'un enfant et d'exprimer si justement les rêves que l'on se construit, les questions que l'on se pose, la naïveté et l'innocence conférées par cet âge.
Un roman avec de la poésie débordant de tendresse et de fraîcheur  !

Et cette citation si belle :
Lire, c'est un refuge pour se cacher des autres.

Lu de cet auteur  : Au pays des kangourous
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