vendredi 22 août 2014

Laurence Tardieu - Une vie à soi

Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2014 - 187 pages  d'émotions !

"J'ai découvert Diane Arbus un dimanche d'automne 2011. (...) Depuis des mois, je me sentais enserrée dans un effroi et une souffrance intenses que je ne parvenais à dire à personne. J'essayais de me retenir à tout ce qui tenait, mais rien ne tenait, plus rien ne tenait. Tout s'effritait sous mes doigts."
Un dimanche d'automne 2001, Laurence Tardieu qui depuis la parution la confusion des peines n'arrive plus à retrouver le chemin de l'écriture se rend par hasard à l'exposition consacrée à la photographe américaine Diane Arbus. Bouleversée par ses photos, elle veut tout savoir sur l'artiste et découvre des points communs entre leurs deux vies. Ce sont deux histoires en parallèle qui se répondent et la vie de Diane Arbus trouve une résonance chez l'auteure. Comme dans un miroir, ses propres souvenirs remontent et jaillissent. "Plus je découvrais qui elle avait été, plus des pans entiers de ma vie revenaient à moi, comme les images d'un film oublié qu'elle me faisait revoir. Qu'elle me faisait revivre."

La même enfance et "la même docilité, la même expression apeurée. La même sensation d'être là, et de ne pas y être",  le même milieu social privilégié et bourgeois mais aussi la même solitude. Cette quête permet à  Laurence Tardieu de se "rassembler, Diane Arbus a été un harnais pour Laurence Tardieu auquel elle s'est accrochée.

On plonge dans la sincérité de Laurence Tardieu, dans sa sensibilité mais aussi dans sa douleur et ce sont  des rafales d'émotions qui nous transpercent !  Sans mettre le lecteur en position de voyeur et sans pathos, mais avec une pudeur si belle et une écriture lancinante, lumineuse et délicate, on assiste à sa renaissance et à celle d'une vie bien à elle.
Un livre qui m' a touchée-coulée et qui a trouvé écho en ma personne. Car chacun peut être amené à faire une rencontre fortuite qui lui donnera la force de se relever ou d'apercevoir enfin une lumière.

Une lecture tandem avec Cathulu.
Les billets de Leiloona, Mirontaine

Lu de cette auteure : L'écriture et la vie - La confusion des peines - Puisque rien ne dure

Une  lecture qui s'inscrit dans le cadre du challenge organisé comme chaque année par Hérisson

mercredi 20 août 2014

Marie-Sabine Roger - Trente-six chandelles

Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Août 2014 - 278 pages de sourires et d'humanité !

Dans la famille Decime, les hommes meurent tous le jour de leur trente-sixième anniversaire. Un héritage en forme de malchance que Mortimer attend ce 15 février. Il a quitté son emploi, a donné ses affaires, mis fin au bail de son appartement et allongé sur son lit en costume noir (acheté pour l'occasion), il fixe l'heure. A onze heures (l'heure à laquelle il est né), il ne sera plus de ce monde. Avec une telle enclume au-dessus de la tête, il n'a jamais eu de projets. Ayant toujours à l'esprit le jour où la grande faucheuse se présentera, cet habitué à attendre la fatalité n'a jamais voulu profiter de la vie. Sauf que les minutes s'égrènent et que Mortimer est toujours bien vivant. Seul petit petit souci,  il n'avait jamais pensé échapper à cette malédiction familiale.

Une fois de plus, Marie-Sabine Roger nous offre un roman où les sourires, l'émotion et l'humanité fusent ! Une auteure avec une écriture bien à elle où se mêlent tendresse et humour, des formulations qui font mouche. Et toujours des personnages attachants qui n'ont pas connu des vies toute droites mais qui possèdent une vraie et belle humanité. Entre le couple formé par le sérieux Nassardine et Paquita débordante de fantaisie, Jasmine qui croque la vie à pleines dents et les aïeux de Mortimer, il s'agit d'une belle leçon de vie ancrée entre la  réalité et ses frontières. Et même si j'ai deviné  la fin, j'ai été surprise par les rebondissements inattendus.

Une lecture qui fait beaucoup de bien mais qui nous interroge aussi ce que l'on fait de notre vie, sur le poids de l'hérédité (et son cercle dont on peut être prisonnier).
Voilà de quoi se booster le moral, de chasser les nuages et d'accéder à une belle palette d'émotions ! Sensibilité, humour et humanité : la recette de Marie-Sabine Roger fonctionne à merveille une fois encore !

Avec le recul, j'ai réalisé que mon père était un dépressif qui avait très mal vécu la perspective de son décès prématuré. Sa mort lui avait pourri la vie, en somme.

Le billet de Dasola

Lu de cette auteure (que j'affectionne particulièrement) : Bon rétablissement - Et tu te soumettras à la loi de ton père - Il ne fait jamais noir en ville -La tête en friche - Le ciel est immense - Le quatrième soupirail - Les encombrants - Un simple viol - Vivement l'avenir

lundi 18 août 2014

Javier Cercas - A la vitesse de la lumière

Éditeur : Livre de poche - Traduit de l'espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic - Date de parution : 2010 (première parution : 2006) - 281 pages à lire !

Jamais je ne pensais avoir entre mains  un livre qui parle entre autres de la guerre de Vietnam,de la transformation qui s’est opérée chez certains soldats alors qu’ils combattaient et se prenaient pour Dieu en ayant cette possibilité de donner la mort, et surtout sur le sens et le pouvoir de littérature. Pourtant ce roman prenant et riche en émotions traite de ces thèmes par une écriture ô combien remarquable et par l’histoire de deux hommes.

Le narrateur, un étudiant espagnol,  a pour ambition de devenir écrivain. Par le plus grand des hasards, on lui propose un poste à l’université d’Urbana. Ainsi, il pourra enseigner sa langue et écrire. Et c’est dans le cadre de son travail qu’il rencontre Rodney Falk. Cet ancien combattant du Vietnam enseigne lui aussi l’espagnol. Peu bavard, Rodney Falk est solitaire, pourtant lui et le narrateur vont devenir amis. Mais Rodney disparaît sans prévenir son ami et sans avoir donné de raison à la faculté. Retourné en Espagne, le narrateur découvre la gloire liée à la publication de ses livres. Marié et père d’un enfant, il s’abandonne à une vie de vices .  Il faudra un drame personnel pour qu’il cherche  à voir de retour son ancien ami.

Alors qu’il était pacifiste, Rodney Falk s’est engagé. Il a côtoyé l’abominable, il s’est vu devenir un homme qui tue sans éprouver de remords. Pire, il y a pris du plaisir. Revenu au pays, il n’a plus trouvé la paix ( "En apparence, Rodney était certes revenu du Vietnam, mais c'était en réalité comme s'il s'y trouvait encore, ou comme s'il avait ramené le Vietnam chez lui"). Le narrateur lui a perdu sa famille, sa dignité à cause de l’ivresse du succès ( "j'aurais au moins dû prévoir que personne n'est vacciné contre le succès et que c'est qu'au moment de l'affronter qu'on comprend que c'est non seulement un malentendu  et la joyeuse insolence d'un jour, mais que ce malentendu et cette insolence sont humiliants; j'aurais aussi dû prévoir  qu'il était impossible de survivre avec dignité au succès, parce qu'il détruit tel un ivrogne la demeure de l'âme et qu'il est si beau qu'on découvre, même si on se leurre  avec des protestations d'orgueil et de démonstrations hygiéniques de cynisme, qu'en réalité on n'avait pas fait autre chose que de le chercher, de même qu'on découvre quand on l'a entre les mains et qu'il est trop tard pour le refuser, qu'il ne sert qu' à nous détruire et à détruire tout ce qui nous entoure. J'aurais dû le prévoir, mais je ne l'ai pas prévu. En conséquence , j'ai perdu tout respect pour la réalité; j'ai aussi perdu mon respect pour la littérature, la seule chose qui juqu'alors avait donné un sens ou une illusion à la réalité."). Deux vies qui ont plus d’un point de jonction, deux hommes qui saignent moralement.
En quête de rédemption, l’écriture qu’il a délaissée donnera au narrateur cette obligation morale d’écrire ce qui n’a pas été dit, ce qui ne se raconte pas.

La construction même du livre à la façon d’un puzzle, où la trame serpente entre passé et présent est magnétique tout comme l’écriture de Javier Cercas. Et la littérature, la vie, la mort, et comment ou pourquoi naît l’écriture et son pouvoir à façonner ou à rendre au plus juste la réalité, la culpabilité jaillissent de ce roman et se plantent en plein cœur.
Un livre tout simplement inoubliable…J’ai eu à de nombreuses reprises des poissons d’eau dans les yeux, le souffle coupé et j’ai relu des passages ou des pages entières tant ce livre m’a plus que remuée !

"Je mentirais sur tout, mais uniquement pour mieux dire la vérité.  Je lui ai expliqué : Ce sera un roman apocryphe, comme ma vie clandestine, un roman faux mais plus réel que s'il était vrai."

Les billets de ClaudiaLucia, Cathe, Papillon
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