Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Aout 2014 - 140 pages refermées avec le cœur pincé..
A presque soixante ans, Joseph est ouvrier agricole dans une ferme du Cantal. Sa région qu'il n'a jamais quittée. Depuis toujours, il travaille dans les fermes des autres et loge chez ses patrons. Un amoureux des bêtes et des chiffres, un travailleur pour qui les jours fériés, les heures supplémentaires n'existent pas. Joseph pourrait presque passer inaperçu. Sa vie tient dans une valise, il respecte le patron et son épouse et se tient à sa place même s'il devine que quand le fils reprendra la ferme familiale, son travail disparaîtra.
Joseph marque un tournant dans la vie du monde paysan. Car même ci ce roman se déroule à notre époque, Joseph semble être le dernier (ou un des derniers) ouvrier agricole (autrefois appelé journalier) à loger chez ses patrons. La vie de Joseph se dévoile au fil des pages : l'enfance et l'école où son prénom ancien lui valait des moqueries, le père alcoolique, son frère qui n'a jamais voulu rester au pays. Et maintenant qui est marié et père de famille à la tête de son propre commerce, sa mère qui l'a suivi pour aider sa belle-fille. L'amour que fait mal et vous fait chuter.
On retrouve dans ce nouveau roman l'attachement au monde agricole, sa mutation progressive (désormais, il vaut mieux que l'épouse travaille à l'extérieur pour qu'il y ait un revenu fixe) car il y le monde actuel auquel il faut s'adapter. Même si Joseph est dépassé par toutes ces chaînes de télé, par toutes les réglementations. Et au détour d'une phrase, il y a ces expressions, ce langage du monde rural liée à une autre époque mais qui demeurent.
Dans la lignée de L'annonce et Les pays, Marie-Hélène Lafon nous offre le portait d'un homme, d'un mode de vie et du monde paysan. Le tout avec une grande pudeur, respect et justesse.
J'ai eu le cœur pincé car ce livre m'a rappelée mes origines...
Il n'avait pas toujours eu le choix, il avait dû, certaines fois travailler dans des conditions qui lui tordaient le ventre mais il n'était jamais rester longtemps dans ces fermes. Il avait appris à se méfier des gens que les bêtes craignaient, les brutaux et les sournois, surtout les sournois qui cognent sur les animaux par-derrière et leur font des grimaces devant les patrons.
jeudi 28 août 2014
mercredi 27 août 2014
François Roux - Le bonheur national brut
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Août 2014 - 679 pages qui ne se lâchent pas !
Mai 1981 : l'élection de François Mitterrand est pour certains une douche froide et pour d'autres synonyme de renouveau et d'espoir. Pour Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoît, il ne reste que quelques jours avant le bac. Contrairement à ses amis, Benoît ne veut pas quitter sa petite ville de Bretagne et poursuivre des études. Seule la photographie compte à ses yeux. Rodolphe est déjà attiré par la politique et prend un malin plaisir à défendre ses convictions contraires à celles de son père ouvrier. Tanguy, aussi brillant que Rodolphe, a du s'impliquer dans la conserverie familiale très tôt et rêve d'intégrer une prestigieuse école. Enfin Paul, issu d'une famille bourgeoise, se cherche alors qu'il aimerait assumer son homosexualité.
Le bonheur national brut déroule la vie de ces quatre amis au lycée sur presque trente ans. Après le bac chacun suit sa voie. Paul se retrouve à Paris dans une prépa pour intégrer la fac de médecine selon les volontés de son père. Enfin loin de ses parents, il passe son temps dans les fêtes et au cinéma. Ambitieux de briller sur la scène nationale, Rodolphe s'investit dans la politique tandis que Tanguy travaille d'arrache-pied à ses études. Benoît lui est plongé dans le monde du travail. Parviendront-ils à réaliser leurs rêves tout en gardant intact leurs idéaux et leurs valeurs ?
Le bonheur national brut est un roman captivant et sans temps mort ! A travers ces quatre personnages, il s'agit de toute une génération qui est brossée. Une génération confrontée à l'envolée de la crise et du chômage, aux désillusions.
François Roux ne s'en tient pas aux destins de Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoît, il ponctue son livre de faits politiques, économiques qui ont marqué nos esprits et qui par leurs répercussions, façonnent des vies directement ou non.
Une fresque sociale dont on tourne les pages avec plaisir avec des personnages attachants en quête de bonheur personnel, familial et professionnel. Un roman rythmé avec de l'humour, de la tendresse et surtout cette justesse incroyable ! Rien à redire !
Nous sommes bien sur les fossoyeurs des Trente Glorieuses, les enfants de la crise, du chômage, de la surconsommation, de la mondialisation, de la croissance molle, de l'argent roi soudain devenu argent fou, mais nous sommes, avons tout les enfants du doute et de l'incertitude. Depuis trente ans, nous naviguons à vue, perplexes, indécis, vers un but que ce monde, lui-même déboussolé, nous a clairement désigné en le survendant : être heureux malgré tout et -son corollaire- réussir sa vie. C'est en tout cas ce que l'on n'a cessé de nous refourguer, partout et en tout lieu : le concept du bonheur. Le bonheur comme un indice de notre succès ou un curseur établissant la limite de notre prospérité, le bonheur comme une marchandise, un vulgaire bien matériel que l'on pourrait se procurer à force de volonté, d'argent ou d'efforts, la jouissance des biens apparaissant comme très largement supérieure à la patience à l'ardeur pour les obtenir, et même à la sagesse suprême de ne rien vouloir obtenir du tout. N'avons-nous pas tous pensé que nous serions heureux le jour où nos rêves d'enfants seraient enfin accomplis?
Mai 1981 : l'élection de François Mitterrand est pour certains une douche froide et pour d'autres synonyme de renouveau et d'espoir. Pour Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoît, il ne reste que quelques jours avant le bac. Contrairement à ses amis, Benoît ne veut pas quitter sa petite ville de Bretagne et poursuivre des études. Seule la photographie compte à ses yeux. Rodolphe est déjà attiré par la politique et prend un malin plaisir à défendre ses convictions contraires à celles de son père ouvrier. Tanguy, aussi brillant que Rodolphe, a du s'impliquer dans la conserverie familiale très tôt et rêve d'intégrer une prestigieuse école. Enfin Paul, issu d'une famille bourgeoise, se cherche alors qu'il aimerait assumer son homosexualité.
Le bonheur national brut déroule la vie de ces quatre amis au lycée sur presque trente ans. Après le bac chacun suit sa voie. Paul se retrouve à Paris dans une prépa pour intégrer la fac de médecine selon les volontés de son père. Enfin loin de ses parents, il passe son temps dans les fêtes et au cinéma. Ambitieux de briller sur la scène nationale, Rodolphe s'investit dans la politique tandis que Tanguy travaille d'arrache-pied à ses études. Benoît lui est plongé dans le monde du travail. Parviendront-ils à réaliser leurs rêves tout en gardant intact leurs idéaux et leurs valeurs ?
Le bonheur national brut est un roman captivant et sans temps mort ! A travers ces quatre personnages, il s'agit de toute une génération qui est brossée. Une génération confrontée à l'envolée de la crise et du chômage, aux désillusions.
François Roux ne s'en tient pas aux destins de Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoît, il ponctue son livre de faits politiques, économiques qui ont marqué nos esprits et qui par leurs répercussions, façonnent des vies directement ou non.
Une fresque sociale dont on tourne les pages avec plaisir avec des personnages attachants en quête de bonheur personnel, familial et professionnel. Un roman rythmé avec de l'humour, de la tendresse et surtout cette justesse incroyable ! Rien à redire !
Nous sommes bien sur les fossoyeurs des Trente Glorieuses, les enfants de la crise, du chômage, de la surconsommation, de la mondialisation, de la croissance molle, de l'argent roi soudain devenu argent fou, mais nous sommes, avons tout les enfants du doute et de l'incertitude. Depuis trente ans, nous naviguons à vue, perplexes, indécis, vers un but que ce monde, lui-même déboussolé, nous a clairement désigné en le survendant : être heureux malgré tout et -son corollaire- réussir sa vie. C'est en tout cas ce que l'on n'a cessé de nous refourguer, partout et en tout lieu : le concept du bonheur. Le bonheur comme un indice de notre succès ou un curseur établissant la limite de notre prospérité, le bonheur comme une marchandise, un vulgaire bien matériel que l'on pourrait se procurer à force de volonté, d'argent ou d'efforts, la jouissance des biens apparaissant comme très largement supérieure à la patience à l'ardeur pour les obtenir, et même à la sagesse suprême de ne rien vouloir obtenir du tout. N'avons-nous pas tous pensé que nous serions heureux le jour où nos rêves d'enfants seraient enfin accomplis?
lundi 25 août 2014
Alice Ferney - Le règne du vivant
Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Août 2014 - 206 pages engagées !
D'abord intrigué par le capitaine Wallace et pour tenter de le comprendre, Gérald Asmussen jeune journaliste norvégien embarque avec lui et son équipe pour une campagne. Magnus Wallace est un activiste écologiste, un homme qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense et qui agit. Fondateur de Gaïa, il sillonne les mers à traquer ceux qui chassent la baleine dans les zones protégées. Il n'hésite pas à braver les lois. Héros pour certains, terroriste pour d'autres, son engagement pour la planète est entier.
A bord du bateau, le journaliste filme la campagne et enregistre les témoignages de l'équipe. Tous sont convaincus de l'urgence à ce que que l'opinion publique prenne conscience de la situation. Et en tant que lecteur, on se retrouve à bord de l'Arrowhead sur les océans. On vit l'attente, on ressent la détermination des équipages qui n'ont pas le même but : celui des militants de Gaïa et celui des braconniers des mers, ces bateaux suréquipés ou qui se dissimulent derrière des soi-disant "recherches scientifiques".
Du massacre des baleines aux courses contre les chasseurs, du ballet grandiose de ces mammifères marins au cercle économique, des conférences publiques bien orchestrées de Wallace, ce capitaine qui possède l'aura et la légende des héros à l'écologie, des victoires aux défaites, cet hymne à l'océan et au règne animal soulève des questions fondamentales.
J'ai eu envie de hurler face aux gouvernements qui ferment les yeux sur cette pêche illégale, j'ai eu le cœur fendu de larmes ( les scènes de mort des baleines sont douloureusement dures). Et si j'ai été gagnée par un sentiment d'impuissance face aux multinationales qui règnent grâce à l'argent, la beauté des océans et de ses habitants que l'on doit protéger saute aux yeux.
Un livre engagé qui ne peut laisser personne indifférent !
J'ai pisté ses destructeurs. J'ai traversé les sanctuaires et poursuivi les braconniers. J'ai vu la violence de l'homme industriel se jeter sur la richesse des mers, ses mains de fer mettre à mort les plus gros, les plus rapides, les plus formidables prédateurs. J'ai vu les grands chaluts ramasser en aveugle une faune inconnue. J'ai su de quoi les humains sont capables. J'ai redouté ce qu'ils font quand ils se savent invisibles, en haute mer, sur la banquise, dans le face-à-face sans mot avec les bêtes à leur merci. J'ai combattu l'horreur : les tueries, les mutilations, les dépeçages, l'entassement des cadavres. J'ai vu mourir noyées dans leur sang des baleines qui criaient comme des femmes. On nous disait qu'elles n'avaient ni âme ni langage. Leur conscience d'elles-mêmes traversait l'onde et vrillait mes oreilles. Ces proies inoffensives et tendres, je ne doutais pas qu'elles eussent une intériorité. Je connus leur valeur et leur fragilité. Nous leur devions une protection. Loin sur l'eau, dans les immensités sans côtes ni havres, à écouter la voix du vent, à regarder le lent gonflement des vagues, ou bien la mer couchée que la tempête met debout, je me suis senti à la fois insignifiant et responsable. Quel usage faisions-nous du monde ? La question s'est levée comme une vague qui m'a submergé.
Lu de cette auteure : Grâce et dénuement
D'abord intrigué par le capitaine Wallace et pour tenter de le comprendre, Gérald Asmussen jeune journaliste norvégien embarque avec lui et son équipe pour une campagne. Magnus Wallace est un activiste écologiste, un homme qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense et qui agit. Fondateur de Gaïa, il sillonne les mers à traquer ceux qui chassent la baleine dans les zones protégées. Il n'hésite pas à braver les lois. Héros pour certains, terroriste pour d'autres, son engagement pour la planète est entier.
A bord du bateau, le journaliste filme la campagne et enregistre les témoignages de l'équipe. Tous sont convaincus de l'urgence à ce que que l'opinion publique prenne conscience de la situation. Et en tant que lecteur, on se retrouve à bord de l'Arrowhead sur les océans. On vit l'attente, on ressent la détermination des équipages qui n'ont pas le même but : celui des militants de Gaïa et celui des braconniers des mers, ces bateaux suréquipés ou qui se dissimulent derrière des soi-disant "recherches scientifiques".
Du massacre des baleines aux courses contre les chasseurs, du ballet grandiose de ces mammifères marins au cercle économique, des conférences publiques bien orchestrées de Wallace, ce capitaine qui possède l'aura et la légende des héros à l'écologie, des victoires aux défaites, cet hymne à l'océan et au règne animal soulève des questions fondamentales.
J'ai eu envie de hurler face aux gouvernements qui ferment les yeux sur cette pêche illégale, j'ai eu le cœur fendu de larmes ( les scènes de mort des baleines sont douloureusement dures). Et si j'ai été gagnée par un sentiment d'impuissance face aux multinationales qui règnent grâce à l'argent, la beauté des océans et de ses habitants que l'on doit protéger saute aux yeux.
Un livre engagé qui ne peut laisser personne indifférent !
J'ai pisté ses destructeurs. J'ai traversé les sanctuaires et poursuivi les braconniers. J'ai vu la violence de l'homme industriel se jeter sur la richesse des mers, ses mains de fer mettre à mort les plus gros, les plus rapides, les plus formidables prédateurs. J'ai vu les grands chaluts ramasser en aveugle une faune inconnue. J'ai su de quoi les humains sont capables. J'ai redouté ce qu'ils font quand ils se savent invisibles, en haute mer, sur la banquise, dans le face-à-face sans mot avec les bêtes à leur merci. J'ai combattu l'horreur : les tueries, les mutilations, les dépeçages, l'entassement des cadavres. J'ai vu mourir noyées dans leur sang des baleines qui criaient comme des femmes. On nous disait qu'elles n'avaient ni âme ni langage. Leur conscience d'elles-mêmes traversait l'onde et vrillait mes oreilles. Ces proies inoffensives et tendres, je ne doutais pas qu'elles eussent une intériorité. Je connus leur valeur et leur fragilité. Nous leur devions une protection. Loin sur l'eau, dans les immensités sans côtes ni havres, à écouter la voix du vent, à regarder le lent gonflement des vagues, ou bien la mer couchée que la tempête met debout, je me suis senti à la fois insignifiant et responsable. Quel usage faisions-nous du monde ? La question s'est levée comme une vague qui m'a submergé.
Lu de cette auteure : Grâce et dénuement
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