dimanche 12 octobre 2014

Wally Lamb - Nous sommes l'eau

Éditeur : Belfond - Traduit de l'américain par Laurence Videloup - Date de parution : Août 2014 - 684 pages et une lecture plaisante mais sans plus...

Après 27 années de mariage avec Orion, Annie Oh est sur le point d'épouser Viveca la galeriste qui expose ses oeuvres. Une carrière d'artiste débutée alors que ses trois enfants étaient encore petits et qu'elle réalisait ses créations chez elle. Orion psychologue a toujours passé beaucoup de temps à son travail. L'annonce de son mariage a été un choc pour Orion, Andrew son fils militaire et infirmier très croyant s'y est opposé. Sa jumelle l'a accepté et pour Marissa la cadette extravertie, la nouvelle vie de sa mère ne pose aucun souci.

Dans ce  roman polyphonique, chacun des membres de l'ancienne famille Orion prend la parole. Annie est nerveuse. Le fait que la mariage doive avoir lieu à Three Rivers la ville où elle a grandi et vécu avec Orion l'angoisse. De la mère qu'Annie a été  avec ses enfants à l'incompréhension d'Orion face au changement de vie d'Annie, on découvre des choses pas très jolies : maltraitance, viol, pédophilie, alcoolisme.... Et c'est là que j'émets un bémol car c'est à mon goût un peu de trop.

Mais ce roman incorpore des questions sur l'homosexualité et sur la famille dans l'Amérique d'aujourd'hui. Et sur ce dernier point, certains passages sont criants de vérité et touchent au cœur !
Sans être le livre de l'année,  cette fresque familiale a des atouts (pas de bons sentiments à la pelle), des personnages attachants mais aussi quelques défauts. 

- Eh bien, au moins tu n'es pas irlandaise, a fait remarquer Annie. Avec toute culpabilité catholique et ce blabla de bons sentiments pour cacher ce que l'on pense vraiment.

vendredi 10 octobre 2014

Serge Joncour - L'écrivain national

Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2014 - 390 pages chaleureuses ! 

Dans ce roman, le narrateur est écrivain et s'appelle Serge ( hasard ou non?). Il est invité en résidence d'écriture durant quatre semaines à Donzières une petite ville du Morvan. Logé à l'hôtel où la propriétaire l'entoure de gentillesse et de considération, il doit animer quelques ateliers sous les ailes protectrices d'un couple de libraires. Lors du discours inaugural, il est appelé l'écrivain national (avec un trait d'ironie) par monsieur le maire devant la population présente.

Il apprend dans le journal local qu'un homme âgé riche a disparu et que les soupçons se portent sur un jeune couple Aurélik et Dora arrivées depuis peu. Il s'agissait des plus proches voisins du disparu et tout le monde les considère comme des marginaux. Preuve accablante : une forte somme d'argent a été trouvée en possession d'Aurélik. Au lieu de penser au feuilleton qu'il doit écrire pour le journal ou de se focaliser sur ses différents ateliers et de les préparer, notre écrivain s'intéresse à cette affaire. La photo de Dora l'attire comme un aimant.
On est loin de l'idée d'un écrivain comme on pourrait se l'imaginer : pointilleux, sûr de lui. Et notre écrivain pose des questions ce qui déplait et dérange. Au lieu de rester à la place qui lui est attitrée, il vadrouille dans les bois, arrive en retard à ses rendez-vous pour affronter des lectrices qui démontent un de ses romans, il se fait remonter les bretelles par le libraire.
On se prend de sympathie pour lui dès le départ : mal à l'aise, un peu maladroit mais franc et un brin naïf.

Un roman qui interroge sur le rôle de l'écrivain, qui en plus joue habilement sur le terrain du genre policier et nous offre un portrait brossé d'humour et de justesse des petites villes de province.
Et dans les descriptions, les ressentis, j'ai retrouvé le Serge Joncour rencontré aux Escales de Binic avec qui j'avais discuté un peu. Un écrivain un peu timide qui n'essayait pas de me vendre ses livres, qui balbutiait un peu et loin, très loin d'être orgueilleux.
Un bonheur réjouissant et un livre chaleureux !

Chaque fois que je me retrouve dans une bibliothèque pour une rencontre je suis partagé entre la total reconnaissance et la crainte de décevoir.

En lisant un auteur, même s'il ne parle pas de lui dans son livre, on le sent partout à travers les lignes, on est tout le temps avec lui. Et moi, avec ce que j'ai vu de vous dans vos livres, je sais que je peux avoir confiance en vous. 

Les billets de Cuné, DelphineEstelle Calim, l'IrrégulièreSandrineSéverine

Lu de cet auteur : L'amour sans le faire

mercredi 8 octobre 2014

Sophie Divry - La condition pavillonnaire

Éditeur : Noir sur blanc - Date de parution : Août 2014 - 263 pages justes...

Elle s'appelle M.-A. et est fille unique de parents de condition modeste. Une enfance banale puis l'adolescence. Elle qui était fière honte du métier de son père en a désormais honte et trouve ringard ses parents. Vient le temps de la fac et la découverte de la ville, des soirées entre amis. Et lors d'une de ces soirées, elle rencontre François.

La suite pourrait-on dire coule de source. Ils aménagent ensemble, trouvent tous les deux un emploi, se marient et achètent une maison à crédit. Nous sommes à la fin des années 70 et M.-A. semble tenir le bonheur entre ses mains. Le premier enfant puis le second. Et la routine qui s'installe. M.-A. se rend compte qu'il manque quelque chose à sa vie, mais quoi ? Elle trouve du piment dans une relation adultérine, s'éprend follement de cet homme qui elle le croit va tout quitter pour elle. Sauf que pour lui ce n'était qu'une aventure de quelques mois. La dépression devient sa compagne, les enfants grandissent et quittent le nid familial, ses parents vieillissent. Et M.-A. cherche toujours comment remplir ce vide en elle. Prisonnière de son quotidien. On suit M.-A. jusqu'à son dernier souffle, on l'accompagne même. Car la narration à la deuxième personne du singulier, ce tutoiement nous fait pénétrer dans l'intime de M.-A. ancré dans un contexte social. On la voit s'ennuyer, accumuler les désillusions alors que les années continuent de s'écouler.

Il est impossible de ne pas penser à Annie Ernaux lors de cette lecture. Et même si le ton est quelquefois désabusé, ironique, ce livre si juste touche et  titiller (en faisant mal).  
Une lecture qui m'a laissée un goût mélancolique comme si malgré les changements d'époque certaines destinées semblent malgré tout formatées...

Tes yeux se posèrent sur la porte de réfrigérateur, automatiquement ton esprit se mit à faire une liste, tu savais ce qu'il manquait sur les étagères, des yaourts à boire , du beurra à tartiner, tu pensas ensuite au trajet vers le supermarché ce samedi avec tes deux enfants sur la banquette arrière. Car ce serait à l'avenir toujours la même chose, toujours ses matinées et ses repas, toujours en famille, ce souci constant des autres… tu étais donc condamnée à cela, toi, à tout jamais leur mère. 

Lu de cette auteure : La cote 400
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...