lundi 13 octobre 2014

Gaëlle Josse - Le dernier gardien d'Ellis Island

Éditeur : Noir sur blanc - Date de parution : Septembre 2014 - 167 pages et un arc-en-ciel d'émotions !

Novembre 1954, Ellis Island va fermer ses portes définitivement dans quelques jours. Un lieu qui a vu des des millions d'hommes et de femmes venus chercher le rêve américain. Autant d'étrangers qui devaient y transiter avant le verdict final : admis sur le sol américain ou rejetés. John Mitchell le dernier gardien d'Ellis Island est encore sur l'île. Les bâtiments gardent la trace de ces migrants, jeunes ou plus âgés, fatigués mais espérant qu'ils pourront débuter une nouvelle vie.

Et John Mitchell se souvient et écrit dans son journal. De son arrivée sur l'île où il a passé en tout quarante années. De simple gardien, il est passé directeur. Le bonheur de trop courte durée avec sa femme Liz rencontrée sur l'île et qui y mourut. Puis sa relation ambiguë avec Nella une jeune sarde. Un homme dont la conscience n'est pas tranquille. Et il revient sur tous ces hommes et ces femmes avec les procédures établies par les services d'immigration : les questions posées, l'examen médical et l'appréhension de la sentence. Des familles qui seront déchirées, refoulées ou admises. Un directeur qui applique les règles et l'homme qui paraissait froid, distant nous apparait sous une autre facette. Celle d'un être humain avec ses émotions et ses failles et qui a commis des erreurs.
Gaëlle Josse nous offre un très beau livre sur l'exil et rend hommage à tous les migrants avec finesse et sensibilité. Sans pathos et en leur rendant une dignité souvent oubliée... 

Oui, c'est par la mer que tout est arrivé, par ces bateaux remplis de miséreux tassés comme du bétail dans des entrepôts immondes d'où ils émergeaient, sidérés, engourdis et vacillants, à la rencontre de leurs rêves et de leurs espoirs. Je les revois. On parle toutes les langues ici. C'est une nouvelle Babel, mais tronquée, arasée, arrêtée dans son élan et fixée au sol. Une Babel après son anéantissement par le Dieu de la Genèse, une Babel de la désolation, du dispersement et du retour de chacun à sa langue originelle.

Beaucoup de billets sur ce livre aussi je vous us renvoie à Babelio  et à Libfly.

Lu de cette auteure : Les heures silencieuses - Noces de neige - Nos vies désaccordées

dimanche 12 octobre 2014

Wally Lamb - Nous sommes l'eau

Éditeur : Belfond - Traduit de l'américain par Laurence Videloup - Date de parution : Août 2014 - 684 pages et une lecture plaisante mais sans plus...

Après 27 années de mariage avec Orion, Annie Oh est sur le point d'épouser Viveca la galeriste qui expose ses oeuvres. Une carrière d'artiste débutée alors que ses trois enfants étaient encore petits et qu'elle réalisait ses créations chez elle. Orion psychologue a toujours passé beaucoup de temps à son travail. L'annonce de son mariage a été un choc pour Orion, Andrew son fils militaire et infirmier très croyant s'y est opposé. Sa jumelle l'a accepté et pour Marissa la cadette extravertie, la nouvelle vie de sa mère ne pose aucun souci.

Dans ce  roman polyphonique, chacun des membres de l'ancienne famille Orion prend la parole. Annie est nerveuse. Le fait que la mariage doive avoir lieu à Three Rivers la ville où elle a grandi et vécu avec Orion l'angoisse. De la mère qu'Annie a été  avec ses enfants à l'incompréhension d'Orion face au changement de vie d'Annie, on découvre des choses pas très jolies : maltraitance, viol, pédophilie, alcoolisme.... Et c'est là que j'émets un bémol car c'est à mon goût un peu de trop.

Mais ce roman incorpore des questions sur l'homosexualité et sur la famille dans l'Amérique d'aujourd'hui. Et sur ce dernier point, certains passages sont criants de vérité et touchent au cœur !
Sans être le livre de l'année,  cette fresque familiale a des atouts (pas de bons sentiments à la pelle), des personnages attachants mais aussi quelques défauts. 

- Eh bien, au moins tu n'es pas irlandaise, a fait remarquer Annie. Avec toute culpabilité catholique et ce blabla de bons sentiments pour cacher ce que l'on pense vraiment.

vendredi 10 octobre 2014

Serge Joncour - L'écrivain national

Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2014 - 390 pages chaleureuses ! 

Dans ce roman, le narrateur est écrivain et s'appelle Serge ( hasard ou non?). Il est invité en résidence d'écriture durant quatre semaines à Donzières une petite ville du Morvan. Logé à l'hôtel où la propriétaire l'entoure de gentillesse et de considération, il doit animer quelques ateliers sous les ailes protectrices d'un couple de libraires. Lors du discours inaugural, il est appelé l'écrivain national (avec un trait d'ironie) par monsieur le maire devant la population présente.

Il apprend dans le journal local qu'un homme âgé riche a disparu et que les soupçons se portent sur un jeune couple Aurélik et Dora arrivées depuis peu. Il s'agissait des plus proches voisins du disparu et tout le monde les considère comme des marginaux. Preuve accablante : une forte somme d'argent a été trouvée en possession d'Aurélik. Au lieu de penser au feuilleton qu'il doit écrire pour le journal ou de se focaliser sur ses différents ateliers et de les préparer, notre écrivain s'intéresse à cette affaire. La photo de Dora l'attire comme un aimant.
On est loin de l'idée d'un écrivain comme on pourrait se l'imaginer : pointilleux, sûr de lui. Et notre écrivain pose des questions ce qui déplait et dérange. Au lieu de rester à la place qui lui est attitrée, il vadrouille dans les bois, arrive en retard à ses rendez-vous pour affronter des lectrices qui démontent un de ses romans, il se fait remonter les bretelles par le libraire.
On se prend de sympathie pour lui dès le départ : mal à l'aise, un peu maladroit mais franc et un brin naïf.

Un roman qui interroge sur le rôle de l'écrivain, qui en plus joue habilement sur le terrain du genre policier et nous offre un portrait brossé d'humour et de justesse des petites villes de province.
Et dans les descriptions, les ressentis, j'ai retrouvé le Serge Joncour rencontré aux Escales de Binic avec qui j'avais discuté un peu. Un écrivain un peu timide qui n'essayait pas de me vendre ses livres, qui balbutiait un peu et loin, très loin d'être orgueilleux.
Un bonheur réjouissant et un livre chaleureux !

Chaque fois que je me retrouve dans une bibliothèque pour une rencontre je suis partagé entre la total reconnaissance et la crainte de décevoir.

En lisant un auteur, même s'il ne parle pas de lui dans son livre, on le sent partout à travers les lignes, on est tout le temps avec lui. Et moi, avec ce que j'ai vu de vous dans vos livres, je sais que je peux avoir confiance en vous. 

Les billets de Cuné, DelphineEstelle Calim, l'IrrégulièreSandrineSéverine

Lu de cet auteur : L'amour sans le faire
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...