Éditeur : P.O.L. - Date de parution : Octobre 2014 - 169 pages déstabilisantes !
Qu'est-ce qui peut bien entacher la tranquillité d'un petit immeuble parisien? L'arrivée d'un SDF Martin qui squatte le hall en permanence. Les habitants s'interrogent : nous sommes en hiver, il faut bien que le pauvre homme se mette à l'abri du froid alors faisons preuve d'humanité Oui mais... Martin boit, il est sale et ramène sa copine Martine. Martin a le chic pour s'immiscer dans la vie de gens. Du hall, il règne et observe les allées et venues, donne son avis sur tout avec arrogance ou mépris. Et quand Martin et Martine provoquent, on en viendrait à avoir peur d'eux. Que faire ? Car après tout, quelquefois ils rendent service et Martin a aussi parfois des réflexions justes ou emplies de bon sens. Mais quand même la situation ne peut plus durer.
Les habitants ne savent plus que faire.
Tenter de les déloger ou alors leur proposer le local poubelles? Des solutions qui les feraient apparaître pour des gens sans coeur et chacun pour soi. Il y a ceux qui les ignorent, ceux qui ont un simulacre d'attention gentille ou encore l'adolescent qui boit les paroles de Martin. Car ce dernier a des grandes idées du système, du travail.
Sauf que Mathieu Lindon sait révéler toutes les facettes des âmes de tout ce petit monde. Celui qui pouvait nous être sympathique se révèle hypocrite.
Il n'y pas de méchant ou de gentil, juste la mise à nu et à mal de nos consciences. Le tout est décrit avec une ironie féroce.
Déstabilisant et très bien réussi !
Sans que Martin soit expulsé manu militari, il devrait être possible de le convaincre de passer son temps dans le local poubelles, qui est très bien tenu et assez spacieux, de sorte qu'il ne manquerait pas de place pour se mettre à l'aise, même avec Martine, et lui-même ne serait pas sans cesse interrompu dans ses rêveries par des allées et venues. Les allées et venues, pour leur part, n'auraient pas sous leurs yeux, à chaque fois qu'il quittent ou regagnent leur appartement, cette espèce de loque prétentieuse qui donne son avis sur tout et sur chacun. Mais Martin a des complices dans l'immeuble, des locataires principalement, qui tiennent à faire connaître leur idée de l'humanisme, laquelle consiste à se scandaliser de tout contact trop poussé entre les hommes et les déchets. Qu'est-ce qu'ils croient ? Que, dans des pays moins favorisés, les pauvres gens ne fouillent pas jour les décharges d'ordures comme une île au trésor, pour y trouver de quoi se nourrir ou commercer jusqu'à demain? Martin, il était juste question qu'il passe ses journées et dorme, qui plus est éventuellement avec sa Martine, dans la Rolls des locaux poubelles.
vendredi 14 novembre 2014
jeudi 13 novembre 2014
Annie Ernaux - Le vrai lieu
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Octobre 2014 - 111 pages hérissées de marque-pages !
En 2008, Michelle Porte, que je connaissais comme la réalisatrice de très beaux documentaires sur Virginia Woolf et Marguerite Duras, m'a exprimé son désir de me filmer dans les lieux de ma jeunesse, Yvetot, Rouen, et dans celui d'aujourd'hui, Cergy. J'évoquerais ma vie, l'écriture, le lien entre les deux. J'ai aimé et accepté immédiatement son projet, convaincue que le lieu - géographique, social - où l'on naît, et celui où l'on vit, offrent sur les textes écrits, non pas une explication, mais l'arrière-fond de la réalité où, plus ou moins, ils sont ancrés.
Ces lignes sont les premières phrases de ces entretiens réalisés en 2011 à Cergy où vit Annie Ernaux. Mais Yvetot le lieu de son enfance et de son adolescence qui apparaît dans beaucoup de ses livres est abordé également.
Comme dans "Retour à Yvetot", l'auteure revient sur certains de ses romans pour nous éclairer. Ses origines modestes qui font que Je crois que j’ai toujours été entre deux et que ça a commencé tôt.
Sans tabou, elle revient sur ses relations avec sa mère (jusqu'à la mort de cette dernière), une femme autoritaire mais qui a toujours voulu le mieux pour sa fille mais aussi et surtout sur 'importance de la lecture et celle de l'écriture : C'est un lieu, l'écriture, un lieu immatériel. Même si je ne suis pas dans l'écriture d'imagination, mais l'écriture de la mémoire, c'est aussi une façon de m'évader. D'être ailleurs. L'image qui me vient toujours pour l'écriture, c'est celle d'une immersion. De l'immersion dans une réalité qui n'est pas moi. Mais qui est passée par moi. Mon expérience est celle d'un passage et d'une séparation du monde social.
Et les passages sur sa démarche d'écriture m'ont particulièrement intéressée : Je me suis toujours révoltée contre l'assimilation de ma démarche d'écriture à l'autofiction parce que dans le terme même il y a quelque chose de repli sur soi, de fermer au monde. Je n'ai jamais envie que le livre soit une chose personnelle. Ce n'est pas parce que les choses ne me sont arrivées à moi que je les écris, c'est parce qu'elles sont arrivées, qu'elles ne sont donc pas uniques.(...)Bien sûr, on dit les choses personnellement. Personne ne les vit à votre place . Mais il faut pas les écrire de façon qu'elles ne soient que pour soi. Il faut qu'elles soient transpersonnelles, c'est ça. C'est ce qui permet de s'interroger sur soi-même, de vivre autrement, d'être heureux aussi. La littérature peut rendre heureux.
Ce livre est une pierre supplémentaire qui nous éclaire sur l'œuvre d'Annie Ernaux !
Le billet de Margotte
Lu de cette auteure : Ecrire la vie (qui regroupe Les armoires vides, La honte, L’événement, La femme gelée, La place, Journal du dehors, Une femme, « Je ne suis pas sortie de ma nuit », Passion simple, Se perdre, L’occupation, Les années)- La femme gelée - La place - Les années - Regarde les lumières mon amour - Retour à Yvetot
En 2008, Michelle Porte, que je connaissais comme la réalisatrice de très beaux documentaires sur Virginia Woolf et Marguerite Duras, m'a exprimé son désir de me filmer dans les lieux de ma jeunesse, Yvetot, Rouen, et dans celui d'aujourd'hui, Cergy. J'évoquerais ma vie, l'écriture, le lien entre les deux. J'ai aimé et accepté immédiatement son projet, convaincue que le lieu - géographique, social - où l'on naît, et celui où l'on vit, offrent sur les textes écrits, non pas une explication, mais l'arrière-fond de la réalité où, plus ou moins, ils sont ancrés.
Ces lignes sont les premières phrases de ces entretiens réalisés en 2011 à Cergy où vit Annie Ernaux. Mais Yvetot le lieu de son enfance et de son adolescence qui apparaît dans beaucoup de ses livres est abordé également.
Comme dans "Retour à Yvetot", l'auteure revient sur certains de ses romans pour nous éclairer. Ses origines modestes qui font que Je crois que j’ai toujours été entre deux et que ça a commencé tôt.
Sans tabou, elle revient sur ses relations avec sa mère (jusqu'à la mort de cette dernière), une femme autoritaire mais qui a toujours voulu le mieux pour sa fille mais aussi et surtout sur 'importance de la lecture et celle de l'écriture : C'est un lieu, l'écriture, un lieu immatériel. Même si je ne suis pas dans l'écriture d'imagination, mais l'écriture de la mémoire, c'est aussi une façon de m'évader. D'être ailleurs. L'image qui me vient toujours pour l'écriture, c'est celle d'une immersion. De l'immersion dans une réalité qui n'est pas moi. Mais qui est passée par moi. Mon expérience est celle d'un passage et d'une séparation du monde social.
Et les passages sur sa démarche d'écriture m'ont particulièrement intéressée : Je me suis toujours révoltée contre l'assimilation de ma démarche d'écriture à l'autofiction parce que dans le terme même il y a quelque chose de repli sur soi, de fermer au monde. Je n'ai jamais envie que le livre soit une chose personnelle. Ce n'est pas parce que les choses ne me sont arrivées à moi que je les écris, c'est parce qu'elles sont arrivées, qu'elles ne sont donc pas uniques.(...)Bien sûr, on dit les choses personnellement. Personne ne les vit à votre place . Mais il faut pas les écrire de façon qu'elles ne soient que pour soi. Il faut qu'elles soient transpersonnelles, c'est ça. C'est ce qui permet de s'interroger sur soi-même, de vivre autrement, d'être heureux aussi. La littérature peut rendre heureux.
Ce livre est une pierre supplémentaire qui nous éclaire sur l'œuvre d'Annie Ernaux !
Le billet de Margotte
Lu de cette auteure : Ecrire la vie (qui regroupe Les armoires vides, La honte, L’événement, La femme gelée, La place, Journal du dehors, Une femme, « Je ne suis pas sortie de ma nuit », Passion simple, Se perdre, L’occupation, Les années)- La femme gelée - La place - Les années - Regarde les lumières mon amour - Retour à Yvetot
mardi 11 novembre 2014
Ron Rash - Une terre d'ombre
Éditeur : Seuil - Traduit de l'anglais (Etats-unis) par Isabelle Reinharez - Date de parution : Janvier 2014- 243 pages captivantes et bouleversantes..
1918 en Caroline du Sud. Au fond d'un vallon, Hank et sa soeur Laurel vivent dans l'ancienne ferme de leur parents. Malgré qu'il ait perdu une main lors de la guerre en Europe, Hank travaille dur pour s'occuper du lieu. Très tôt, Laurel à été mise à l'écart et rejetée par les autres autres car sa peau est maculée depuis sa naissance d'une tâche de vin. Considérée comme pouvant porter malheur, les gens la fuient. Jusqu'au jour où elle rencontre Walter. Un jeune homme muet qui joue merveilleusement de la flûte. Mal en point, harassé, Laurel le ramène chez eux et s'occupe de lui.
Hank se montre tout d'abord méfiant mais très vite Walter gagne sa confiance. Travailleur, il l'aide énormément sauf qu'il doit rejoindre New-York sous. Laurel a vu sa vie modifiée avec l'arrivée de cet inconnu, il a apporté de la gaieté et de l'espoir dans le quotidien bien terre de la jeune femme. Dans la petite ville, la plupart de population voue une haine aux Allemands : des fils sont morts ou ne sont pas revenus indemnes. La guerre n'est pas finie et certains ont une soif de vengeance aveugle. Des livres de cours en allemand sont détruits, un professeur déchu de sa fonction. La tension monte en crescendo et le drame apparaît inéluctable. Il le sera. Dur et animé par la peur de l'autre et l'ignorance.
Un roman âpre, fort où des moments de lumière jaillissent. Ron Rash décortique les âmes humaines avec brio. Poignant, captivant et bouleversant, l'ambiance est palpable de la première à la dernière ligne et ne nous lâche pas !
Dans un cas comme dans l'autre, les gens l'évitaient, traversaient la rue, partaient dans un autre coin de la grange. N'était-ce pas cela un fantôme : un être isolé des vivants ?
Les billets d'Aifelle, Jostein, Kathel, Keisha, Krol, Micmélo
Lu de cet auteur : Le monde à l'endroit - Un pied au paradis
1918 en Caroline du Sud. Au fond d'un vallon, Hank et sa soeur Laurel vivent dans l'ancienne ferme de leur parents. Malgré qu'il ait perdu une main lors de la guerre en Europe, Hank travaille dur pour s'occuper du lieu. Très tôt, Laurel à été mise à l'écart et rejetée par les autres autres car sa peau est maculée depuis sa naissance d'une tâche de vin. Considérée comme pouvant porter malheur, les gens la fuient. Jusqu'au jour où elle rencontre Walter. Un jeune homme muet qui joue merveilleusement de la flûte. Mal en point, harassé, Laurel le ramène chez eux et s'occupe de lui.
Hank se montre tout d'abord méfiant mais très vite Walter gagne sa confiance. Travailleur, il l'aide énormément sauf qu'il doit rejoindre New-York sous. Laurel a vu sa vie modifiée avec l'arrivée de cet inconnu, il a apporté de la gaieté et de l'espoir dans le quotidien bien terre de la jeune femme. Dans la petite ville, la plupart de population voue une haine aux Allemands : des fils sont morts ou ne sont pas revenus indemnes. La guerre n'est pas finie et certains ont une soif de vengeance aveugle. Des livres de cours en allemand sont détruits, un professeur déchu de sa fonction. La tension monte en crescendo et le drame apparaît inéluctable. Il le sera. Dur et animé par la peur de l'autre et l'ignorance.
Un roman âpre, fort où des moments de lumière jaillissent. Ron Rash décortique les âmes humaines avec brio. Poignant, captivant et bouleversant, l'ambiance est palpable de la première à la dernière ligne et ne nous lâche pas !
Dans un cas comme dans l'autre, les gens l'évitaient, traversaient la rue, partaient dans un autre coin de la grange. N'était-ce pas cela un fantôme : un être isolé des vivants ?
Les billets d'Aifelle, Jostein, Kathel, Keisha, Krol, Micmélo
Lu de cet auteur : Le monde à l'endroit - Un pied au paradis
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