mardi 18 novembre 2014

Rene Denfeld - En ce lieu enchanté

Éditeur : Fleuve éditions - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis ) par Frédérique Daber et Gabrielle Merchez - Date de parution : Août 2014 - 207 pages qui bousculent !

Derrière ce titre doucereux il y a la prison et plus exactement le couloir de la mort. Le narrateur séjourne depuis longtemps dans ce qu'il appelle le "donjon". Il ne parle pas mais il observe ses compagnons du couloir, écoute les bruits du bâtiment. Il s'évade de l'univers carcéral grâce aux livres et s'est créé un monde à part, un univers enchanté où réalité et fantastique ne font qu'un.

Le seul lien pour ces hommes avec le monde extérieur est la venue de la "dame". Elle travaille pour un cabinet d'avocats. Elle doit enquêter et trouver des éléments pour qu'un condamné à mort voie sa peine de mort transformée en condamnation à perpétuité. Elle plonge dans le passé des détenus,  remonte à l'enfance, cherche ce qui a pu se produire pour qu'un homme commette un ou des actes impensables mais sans à chercher à les excuser. Cette fois elle vient pour "sauver" York mais ce dernier refuse, il veut mourir. Elle croise souvent le directeur de la prison et le prêtre, un homme d'église déchu. Le narrateur nous décrit la violence : les caïds qui règnent en maître, les agressions, les trafics, des gardiens malhonnêtes sans que l'on sache pourquoi il est incarcéré.

L'écriture de Rene Denfeld est tout simplement superbe. La noirceur est contrebalancée par la poésie, l'humanité surgit entre ces murs et ce roman est un livre à part ! Troublant et très marquant, ce livre qui bouscule possède une vraie beauté...

Je ne peux plus penser à ce monde du dehors, il est trop vaste, il me fait peur. C'est un cirque effréné qui résonne de l'affrontement des idées et des êtres. Depuis que j'ai neuf ans, j'ai passé mon temps enfermé quelque part. Je suis habitué à ces pièces contenues dans d'autres pièces, elles-mêmes contenues dans des enceintes de barbelés électrifiés. Les murs que d'autres trouveraient suffocants sont devenus mes poumons.

Les billets de MicMélo, Sandrine, Séverine

lundi 17 novembre 2014

Mélisa Godet - Les Augustins

Editeur : JC Lattes - Date de parution : Mai 2014 - 183 pages remplies d'énergie !

Jeune journaliste Web, Malika obtient de travailler sur les squats. Via Gabor qui y loge, elle découvre une association qui lutte contre le mal-logement et le squat des Augustins. Elle décide de réaliser des reportages sur les personnes qui y vivent. Et ce sont autant de personnages attachants que l'on découvre. Des accidentés de la vie, des étudiants, des clandestins, des personnes qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour s'offrir un logement... Autant de situations différentes que Malika était loin d'imaginer.

Mais un squat dérange et celui des Augustines pour des raisons qui seront révélées au fil des pages. Même si on pressent ce qui va se passer, il n'empêche que ce premier roman déborde d'énergie.
Sous des airs légers, Mélisa Godet traite de sujets plus graves mais sans tomber dans le pathos.
Malgré une trame qui ne m'a pas toujours convaincue, ce roman fait du bien et donne du punch ! 

Le billet de Cathulu, (merci Cuné !)

samedi 15 novembre 2014

Laurent Mauvignier - Apprendre à finir

Éditeur : Éditions de Minuit - Date de parution : 2003 - 127 pages superbes lues en apnée ! 

Une femme prépare sa maison car son mari longuement hospitalisé suite à un accident va bientôt rentrer. Immobilisé et alité, elle va s'en occuper. Un des enfants a libéré sa chambre pour lui. Elle met tout en œuvre pour son mari et pourtant elle ne peut s'empêcher de penser qu'avant l'accident, il lui avait annoncé sa volonté de la quitter. Son coeur battait pour une autre. Constat d'un mariage arrivé à bout de souffle avec les disputes, le désamour, sa jalousie à elle haineuse.
La convalescence de son mari est l'occasion pour elle de le récupérer "une nouvelle chance pour elle, pour eux", de tirer un trait sur ce passé récent et de repartir sur de nouvelles bases. Lui montrer combien elle est présente pour effacer la rivale, son dévouement, ses attentions :  autant de bouées auxquelles elle s'accroche pour espérer. Mais quand son mari commence à aller mieux, la peur la saisit. Et si tout cela n'avait servi à rien ? La douleur de cette femme est palpable, elle prend à la gorge...

Et dans un monologue, tous ses sentiments contradictoires ou paradoxaux nous sont livrés sans concession. Le cri d'amour de cette femme est douloureusement beau car Laurent Mauvignier fait parler les silences, le regard du mari, un geste.
L'écriture est magnifique (j'en suis amoureuse), elle creuse au plus profond, nous bouleverse par sa justesse ! Absolument superbe! 

Maintenant, aucune importance. Rien n'a d'importance après, quand on sait ce qu'on a refusé tout le temps, qu'on se dit que, même son corps à côté de nous, on était seul toujours, parce quand on est seul on est tout seul, même avec celui qu'on voulait garder, si ce n'est que son corps, si ce n'est qu'un regard vide et puis puis toute sa vie, toute sa tête qui sont tournées là où jamais il n'y aura de place pour nous. Il n'y a rien aucun visage, aucun regard pour nous sauver de ça. Et au contraire, je me disais, il faut en finir vite et plonger pour en finir, vite, pour aller au bout une fois et ne plus se lasser d'attendre des autres que ça change. Rien ne change. Tout est déjà là. Rien, il n'y à rien à attendre ce jour qui vous délivrera de l'illusion des autres, c'est tout.

Lu de cet auteur :  Autour du monde - Dans la fouleLoin d'eux
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