Éditeur : Éditons de Minuit - Date de parution : 2011 - 283 pages et un coup de cœur
Pour ses soixante ans, Solange a invité famille et amis à un repas dans une salle des fêtes louée pour l'occasion. Tout se passe bien jusqu'à l'arrivée de Bernard surnommé Feu-de-Bois, le frère aîné de Solange. Marginal, alcoolique et vivant aux crochets des uns et des autres, il offre à sa soeur un bijou de grande valeur. Solange essaie de masquer son embarras mais le mal est fait car tout le monde se demande comment il s'est procuré l'argent pour l'acheter. Tout s'enchaîne : la réflexion de trop qui met le feu aux poudres, l'esclandre et Feu-de-Bois humilié, en colère part. La fête est finie et gâchée. Mais la stupeur est à son comble quand on apprend que Feu-de-Bois a menacé la femme de Chefraoui un collègue de Solange d'origine algérienne.
Rabut le cousin de Feu-de-Bois présent à la fête raconte les heures qui suivent et bien plus. Car cet incident réveille chez lui des souvenirs plus anciens dont il n'a jamais parlé. Des souvenirs enfouis qui hantent toujours ses nuits. Quarante ans plus tôt, lui et Feu-de-Bois à peine âgés de vingt ans se sont retrouvés sous les drapeaux à participer à la guerre d'Algérie. Une guerre "étrange" avec l'ennui, l'incrédulité, la non compréhension "Mais là, c'est autre chose. Il n'est pas le seul à être seul, ils sont seuls tous ensemble.", la peur permanente mais aussi ses atrocités.
Laurent Mauvignier nous plonge dans cette guerre, dans ses souffrances, dans son silence et ses non-dits. Car une fois revenus, tous se taisent, ils ne peuvent pas mettre des mots sur cette guerre taboue. Mais Feu-de-Bois n'a pas pu tourner la page, ni à vivre avec ses blessures tapies au fond de lui.
On ne lit pas ce livre, on le ressent par l'écriture unique si précise et si ample de Laurent Mauvignier, par le rythme des phrases, par l'intensité poignante et juste.
Admirable sur tous les points et magistral !
La guerre c'est toujours des salauds qui la font à des types bien ; là il n'y en avait pas, c'était des hommes, c'est tout.
Lu de cet auteur : Apprendre à finir - Autour du monde - Dans la foule - Loin d'eux
mercredi 26 novembre 2014
lundi 24 novembre 2014
Per Petterson - Je refuse
Éditeur : Gallimard - Traduit du norvégien par Terje Sinding - Date de parution : Octobre 2014 - 270 pages à lire !
Au début des années 60, Tommy et Jim sont inséparables. Ils habitent tous deux dans le petit village de Mork en Norvège. Tommy essaie de protéger ses soeurs de la violence paternelle depuis que leur mère est partie sans un mot ou une explication. Jim vit avec sa mère enseignante et très croyante. Mais Tommy craque : il s'en prend à son père et c'est l'implosion. Ses soeurs sont placées dans des familles d'accueil différentes. Il n'a pas le droit de les voir alors qu'il était très lié avec Siri de un an sa cadette. Il se retrouve chez Jonsen un célibataire qui dirige une scierie.
A partir de ces enfances, on pourrait s'imaginer les chemins suivis une fois qu'ils seraient devenus adultes. Mais rien n'est jamais acquis d'avance. Comme les amitiés que l'on croyait indéfectibles et qui s'effritent puis meurent.
Trente ans plus tard, Jim est en train de pêcher sur un pont et Tommy passe dans sa luxueuse voiture. Jim qui a enchaîné les arrêts maladies se retrouve sans droits alors que Tommy est quelqu'un qui a réussi sa vie sur le plan professionnel. Cette rencontre si brève fut-elle entre les deux hommes va déclencher les souvenirs mais aussi et surtout des questionnements. Tous deux ne se sont pas vus depuis l'âge de dix-huit ans et ils vont remonter le cours du passé et des événements séparément.
Alternant passé et présent, dans ce roman polyphonique où d'autres personnages prennent également la parole, Tommy et Jim sont confrontés aux souvenirs qu'ils avaient tenté de bannir ou d'oublier. Pourront-ils accepter de se regarder en face et de changer ?
Un roman très touchant sur l'amitié, la vie et ses chemins de traverse d'où se dégage un mélange de mélancolie, de nostalgie mais aussi d'espoir. Une lecture loin d'être plombante car l'écriture est juste et sans fioritures. Elle nous dépeint ces vies, les émotions, la fragilité de Tommy et de Jim.
Un livre qui s'insinue en nous et nous prend aux tripes sans que l'on ait le temps de s'en apercevoir...
- Ca alors ! Ca fait combien de temps? Vingt-cinq ans? trente ?
- A peu près. Un peu plus, même.
Il a souri :
- A l'époque, on a pris des chemins différents, hein?
C'était dit sans sous-entendus.
- C'est vrai.
Il souriait, il était content de me voir, c'est l'impression que j'ai eue.
- Et maintenant tu es là, sur le pont, en train de pêcher, et moi je me ramène dans cette bagnole. elle m'a coûté un sacré paquet de fric, ça je peux le dire. mais j'en ai les moyens. J'aurais pu m'en acheter plusieurs, si j'avais voulu. En payant cash. C'est bizarre, hein?
Il souriait toujours.
- Qu'est-ce qui est bizarre?
- Que les choses puissent tourner comme ça. En s'inversant.
Le billet de Jérôme
Au début des années 60, Tommy et Jim sont inséparables. Ils habitent tous deux dans le petit village de Mork en Norvège. Tommy essaie de protéger ses soeurs de la violence paternelle depuis que leur mère est partie sans un mot ou une explication. Jim vit avec sa mère enseignante et très croyante. Mais Tommy craque : il s'en prend à son père et c'est l'implosion. Ses soeurs sont placées dans des familles d'accueil différentes. Il n'a pas le droit de les voir alors qu'il était très lié avec Siri de un an sa cadette. Il se retrouve chez Jonsen un célibataire qui dirige une scierie.
A partir de ces enfances, on pourrait s'imaginer les chemins suivis une fois qu'ils seraient devenus adultes. Mais rien n'est jamais acquis d'avance. Comme les amitiés que l'on croyait indéfectibles et qui s'effritent puis meurent.
Trente ans plus tard, Jim est en train de pêcher sur un pont et Tommy passe dans sa luxueuse voiture. Jim qui a enchaîné les arrêts maladies se retrouve sans droits alors que Tommy est quelqu'un qui a réussi sa vie sur le plan professionnel. Cette rencontre si brève fut-elle entre les deux hommes va déclencher les souvenirs mais aussi et surtout des questionnements. Tous deux ne se sont pas vus depuis l'âge de dix-huit ans et ils vont remonter le cours du passé et des événements séparément.
Alternant passé et présent, dans ce roman polyphonique où d'autres personnages prennent également la parole, Tommy et Jim sont confrontés aux souvenirs qu'ils avaient tenté de bannir ou d'oublier. Pourront-ils accepter de se regarder en face et de changer ?
Un roman très touchant sur l'amitié, la vie et ses chemins de traverse d'où se dégage un mélange de mélancolie, de nostalgie mais aussi d'espoir. Une lecture loin d'être plombante car l'écriture est juste et sans fioritures. Elle nous dépeint ces vies, les émotions, la fragilité de Tommy et de Jim.
Un livre qui s'insinue en nous et nous prend aux tripes sans que l'on ait le temps de s'en apercevoir...
- Ca alors ! Ca fait combien de temps? Vingt-cinq ans? trente ?
- A peu près. Un peu plus, même.
Il a souri :
- A l'époque, on a pris des chemins différents, hein?
C'était dit sans sous-entendus.
- C'est vrai.
Il souriait, il était content de me voir, c'est l'impression que j'ai eue.
- Et maintenant tu es là, sur le pont, en train de pêcher, et moi je me ramène dans cette bagnole. elle m'a coûté un sacré paquet de fric, ça je peux le dire. mais j'en ai les moyens. J'aurais pu m'en acheter plusieurs, si j'avais voulu. En payant cash. C'est bizarre, hein?
Il souriait toujours.
- Qu'est-ce qui est bizarre?
- Que les choses puissent tourner comme ça. En s'inversant.
Le billet de Jérôme
mardi 18 novembre 2014
Rene Denfeld - En ce lieu enchanté
Éditeur : Fleuve éditions - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis ) par Frédérique Daber et Gabrielle Merchez -
Date de parution : Août 2014 - 207 pages qui bousculent !
Derrière ce titre doucereux il y a la prison et plus exactement le couloir de la mort. Le narrateur séjourne depuis longtemps dans ce qu'il appelle le "donjon". Il ne parle pas mais il observe ses compagnons du couloir, écoute les bruits du bâtiment. Il s'évade de l'univers carcéral grâce aux livres et s'est créé un monde à part, un univers enchanté où réalité et fantastique ne font qu'un.
Le seul lien pour ces hommes avec le monde extérieur est la venue de la "dame". Elle travaille pour un cabinet d'avocats. Elle doit enquêter et trouver des éléments pour qu'un condamné à mort voie sa peine de mort transformée en condamnation à perpétuité. Elle plonge dans le passé des détenus, remonte à l'enfance, cherche ce qui a pu se produire pour qu'un homme commette un ou des actes impensables mais sans à chercher à les excuser. Cette fois elle vient pour "sauver" York mais ce dernier refuse, il veut mourir. Elle croise souvent le directeur de la prison et le prêtre, un homme d'église déchu. Le narrateur nous décrit la violence : les caïds qui règnent en maître, les agressions, les trafics, des gardiens malhonnêtes sans que l'on sache pourquoi il est incarcéré.
L'écriture de Rene Denfeld est tout simplement superbe. La noirceur est contrebalancée par la poésie, l'humanité surgit entre ces murs et ce roman est un livre à part ! Troublant et très marquant, ce livre qui bouscule possède une vraie beauté...
Je ne peux plus penser à ce monde du dehors, il est trop vaste, il me fait peur. C'est un cirque effréné qui résonne de l'affrontement des idées et des êtres. Depuis que j'ai neuf ans, j'ai passé mon temps enfermé quelque part. Je suis habitué à ces pièces contenues dans d'autres pièces, elles-mêmes contenues dans des enceintes de barbelés électrifiés. Les murs que d'autres trouveraient suffocants sont devenus mes poumons.
Les billets de MicMélo, Sandrine, Séverine
Derrière ce titre doucereux il y a la prison et plus exactement le couloir de la mort. Le narrateur séjourne depuis longtemps dans ce qu'il appelle le "donjon". Il ne parle pas mais il observe ses compagnons du couloir, écoute les bruits du bâtiment. Il s'évade de l'univers carcéral grâce aux livres et s'est créé un monde à part, un univers enchanté où réalité et fantastique ne font qu'un.
Le seul lien pour ces hommes avec le monde extérieur est la venue de la "dame". Elle travaille pour un cabinet d'avocats. Elle doit enquêter et trouver des éléments pour qu'un condamné à mort voie sa peine de mort transformée en condamnation à perpétuité. Elle plonge dans le passé des détenus, remonte à l'enfance, cherche ce qui a pu se produire pour qu'un homme commette un ou des actes impensables mais sans à chercher à les excuser. Cette fois elle vient pour "sauver" York mais ce dernier refuse, il veut mourir. Elle croise souvent le directeur de la prison et le prêtre, un homme d'église déchu. Le narrateur nous décrit la violence : les caïds qui règnent en maître, les agressions, les trafics, des gardiens malhonnêtes sans que l'on sache pourquoi il est incarcéré.
L'écriture de Rene Denfeld est tout simplement superbe. La noirceur est contrebalancée par la poésie, l'humanité surgit entre ces murs et ce roman est un livre à part ! Troublant et très marquant, ce livre qui bouscule possède une vraie beauté...
Je ne peux plus penser à ce monde du dehors, il est trop vaste, il me fait peur. C'est un cirque effréné qui résonne de l'affrontement des idées et des êtres. Depuis que j'ai neuf ans, j'ai passé mon temps enfermé quelque part. Je suis habitué à ces pièces contenues dans d'autres pièces, elles-mêmes contenues dans des enceintes de barbelés électrifiés. Les murs que d'autres trouveraient suffocants sont devenus mes poumons.
Les billets de MicMélo, Sandrine, Séverine
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