mercredi 3 décembre 2014

Paula Daly - La faute

Éditeur : Le Cherche-Midi - Traduit de l'anglais par Florianne Vidal- Date de parution : mars 2014 - 345 pages addictives !

Lisa Kallisto n'est une superwoman. Entre ses trois enfants, son travail dans un refuge d'animaux, elle a souvent d'impression de ne pas être à la hauteur des autres mères. Comme son amie Kate parfaite sur tous les plans. Lucinda la fille adolescente de Kate et amie de sa propre fille Sally disparaît alors qu'elle était sensée dormir chez elle. Sauf qu'une autre jeune fille du même âge enlevée un peu plus tôt a été retrouvée en état de choc profond. Lisa s'imagine que c'est de sa faute si Lucinda a disparu et elle promet à Kate de la retrouver.

Lisa ne va pas se transformer en super héroïne et résoudre l'affaire. Comme dans beaucoup de thrillers, Paula Daly nous amène d'abord sur une fausse piste (celle qui nous fait penser que l'un des personnages est le coupable) sauf que rien n'est joué d'avance. La narration se partage trois voix : celle de Lisa, celle de l'inspectrice Joanne Aspinall et celle d'un homme qui s’intéresse aux jeunes filles à la sortie des écoles. Au fil des pages, ce thriller prend une autre dimension avec les différences de classes sociales, les préjugés , les thèmes de l'éducation de enfants, du mariage mais aussi les trahisons. Les apparences qu'il faut sauver à tout prix prennent l'eau et les surprises se multiplient !

Mon bémol va à l'écriture qui concerne Lisa : elle trop proche de l'oralité et joue en sa défaveur à mon sens. Malgré tout, ce premier thriller est bien mené et addictif !

mardi 2 décembre 2014

Marlen Haushofer - Le Mur invisible

Éditeur : Actes Sud - Traduit de l’allemand par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon - Date de parution : 1992 - 342 pages hérissées de marque-pages ! 

Lors d'un week-end en compagnie de sa cousine et du mari de cette dernière, la narratrice se retrouve coupée du reste du monde dans la forêt autrichienne. Un mur invisible mais bien réel est apparu au-delà duquel tout est pétrifié. Que s'est-il passé durant la nuit ? Là n'est pas la question et d'ailleurs la narratrice n' y pense pas vraiment. Elle se retrouve dans un chalet avec quelques animaux comme seule compagnie. Et cette femme âgée d'une quarantaine d'années et mère de deux filles devenues adultes au lieu de pleurer sur son sort va avoir ce courage et cette force de survivre.

Grâce à un vieil almanach et à quelques graines, elle entreprend de semer et de faire pousser des légumes. Elle a recueilli une vache égarée qui lui donne du lait et s'en occupe comme du chien et de la chatte. Des journées souvent harassantes avec des travaux souvent physiques où  le temps devient celui de la nature et des saisons avec lesquelles elle apprendra à prévoir.
Au bout de plus de deux ans, elle écrit son quotidien depuis que le mur est apparu et ses réflexions. Bien sûr, il y a des moments de peur et ceux de découragement mais toujours elle reprend le dessus. Et quand elle pense à sa vie d'avant, elle se rend compte que celle-ci était faite de conventions alors que désormais elle est libre mais seule. Elle doit adopter cette solitude et la dominer.
Entre les descriptions de la nature, des travaux ou de ses relations avec les animaux, ce qui pourrait être ennuyeux ne l'est pas car il nous interpelle profondément. Que reste-t-il de la femme qu'elle était deux ans plus tôt ? Et des questions lancinantes ne cessent de nous troubler. Qu'aurions-nous fait à la place de la narratrice ? Comment aurions-nous réagi ?

Il s'agit d'un livre qui trace son sillon durant et après sa lecture. J'ai aimé sa beauté singulière, son aspect fascinant, émouvant et troublant ! 
Donc on oublie la couverture guère attrayante et sans rapport avec le contenu pour s'y plonger et le savourer !

Je ne sais pas comment j'ai réussi à survivre à cette période. Je ne sais vraiment pas. Je n'ai dû y pas venir que parce que je me l'étais fourré dans la tête parce qu'il fallait bien que je prenne soin des trois animaux. La conséquence de ces efforts incessants fut que je me mis à ressembler aux pauvre Hugo, je m'endormais dès que je me m'asseyais sur le banc. À cela s'ajoutait que si je rêvais nuit et jour de nourriture, des que je voulais manger j'étais incapable d'avaler une bouchée. Je crois que je n'ai vécu que du lait de Bella. C'était la seule chose qui ne m'écoeurait pas.
J'étais bien trop accaparée par tout ce labeur pour pouvoir appréhender clairement la situation. Puisque j'avais décidé de tenir bon, je tenais bon, je ne savais plus pourquoi c'était si important de le faire et je me contentais de vivre au jour le jour.

Je ne suis qu'une simple femme qui a perdu le monde qui était le sien et qui est chemin pour en trouver un autre. Ce chemin est douloureux et ne prendra pas fin avant longtemps. 

Merci à Willy lecteur de mon blog, prescripteur de bonnes lectures qui une fois de plus a vu juste en me le conseillant !

Le billet de Cathulu, celui de Cuné qui renvoie à d'autres liens, Une Comète

lundi 1 décembre 2014

Eric Reinhardt - L'amour et les forêts

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Août 2014 - 366 pages et une fin qui m'a assommée..

La vie de Bénédicte Ombredanne professeur de français, mariée et mère de deux enfants croise celle d'Eric Reinhardt au départ par le biais d'une lettre . Elle lui a écrit pour dire combien elle a aimé son livre et combien il l'a aidé, il va lui répondre. Et exceptionnellement, l'auteur et la lectrice se rencontrent, discutent et Bénédicte se confie à lui. Son mari est un manipulateur et un tyran. Elle est harcelée moralement, il surveille ses faits et gestes en permanence. Sous ce ciel chargé, elle connaît une aventure amoureuse et romanesque. Une journée de grâce dans sa vie. Le retour à la réalité en saura d'autant plus dur que son mari la soupçonne de l'avoir trompé.

Cette histoire pourrait être à elle seule matière à un livre. Sauf que le plus dur est à venir dans les pages suivantes où on découvre réellement la vie de Bénédicte Ombredanne. De cette épouse et de cette mère qui a trouvé refuge dans la lecture, se nourrissant de ses rêves qui lui permettent d'encaisser l'impensable. Des rêves bercés d'un romanesque empreint d'une autre époque.
Eric Reinhardt lève le voile sur d'autres facettes plus terribles. Et il s'agit d'un véritable crève-coeur, écoeurant, révoltant qui a eu sur moi l'effet d'un poignard. Je me suis répétée ce que ce n'était pas possible comme pour m'en convaincre tant j'étais abasourdie.
J'ai été secouée, bousculée mais ce mélange de fiction et de réalité m'a également mise mal à l'aise. Car à travers ce récit, j'ai ressenti une forme d'impuissance face à cette situation. Et dans le cas où elle s'est produite, j'ai eu l'impression d'une absence de regrets (et celui de n'avoir pas agi...).

Pas une seule seconde, je n'ai eu envie de juger Bénédicte et je réfute tous ces discours qui affirment qu'une femme harcelée peut partir ou pire qu'elle se complait dans son rôle de victime. Comment ne pas ressentir de l'empathie pour elle ?
Malgré les nombreuses qualités de ce livre (et quelques petits défauts), je reste quand même en retrait car la fin m'a littéralement assommée...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...