dimanche 18 janvier 2015

Léonor de Récondo - Amours

Editeur : Sabine Wespieser - Date de parution : Janvier 2015 - 276 belles pages !

Début du XXème siècle dans un bourg du Cher. Victoire est mariée depuis cinq ans à Anselme de Boisvaillant, notaire de son état. Une union arrangée par les deux familles où les jours passent et se ressemblent pour Victoire, ni heureuse, ni malheureuse dans ce confort matériel. Ansleme attend d'elle qu'elle lui donne un fils. Souvent, il pousse la porte de la jeune bonne de la maison Céleste pour satisfaire ses envies. Mais Céleste tombe enceinte et craint de perdre sa place.  Il est décidé qu'elle donnera naissance à son enfant qui sera adopté par ses patrons.

Céleste met au monde Adrien et Victoire espère que désormais son époux la laissera tranquille. Victoire affiche son  bonheur d'être mère mais se lasse de l'enfant.  Le petit Adrien dépérit et la nuit Céleste l'emporte avec elle dans sa chambre. Victoire les surprend : mère de sang et fils allongés sur le petit lit, peau contre peau. Chaque nuit, Victoire retrouve Céleste et leur amour chaste évolue vers la sensualité, le charnel. Toutes deux découvrent leur corps et prennent du plaisir. L'épouse trompe son mari et la bonne très pieuse délaisse la Vierge. Victoire rayonne et veut plus de liberté. Aller à Paris accompagnée de Céleste sous prétexte d'acheter des robes sans corset. Paris où Céleste s'affranchit de sa condition de bonne aux yeux de la société, et se sent une personne le temps d'une journée et d'une nuit. Mais ce  voyage signera la fin des temps heureux.  Si Victoire a gagné en assurance et en bonheur, Céleste par sa bonté se sacrifiera pour celle qu'elle aime et pour son fils.

Avec une écriture très classique et toujours ciselée, Léonor de Récondo nous décrit cette bourgeoisie, l'hypocrisie, le carcan des conventions, la morale  et les barrières sociales. Alors que je m'attendais à une émotion plus forte, plus criante pour décrire l'amour entre Victoire et Céleste, une pudeur sensible magnifie ce sentiment.
Si j'ai trouvé que ce livre manquait un peu de relief, les dernières pages sont douloureusement belles !

L'amour est là, où il ne devrait pas être, au deuxième étage de cette maison cossue, protégé par la pierre de tuffeau et ses ardoises trop bien alignées, protégé par cette pensée bourgeoise qui jusque là les contraignaient, et qui, maintenant leur offre un écrin. Point de velours cramoisi, point d'alcôve confortable, mais un lit de fer et une couverture de laine qui leur gratte la peau. L'éblouissement à portée de doigts et de langues. 

Lu de cette auteure : Pietra Viva , Rêves oubliés

vendredi 16 janvier 2015

Virginie Despentes - Vernon Subutex

Éditeur : Grasset - Date de parution : Janvier 2015 - 397 pages réussies ! 

Après avoir lu Apocalypse Bébé de Virginie Despentes, j'étais restée sur trop de trash, trop de provocation. Soit avec le nombre des années, il faut plus pour me choquer soit en effet ce nouveau livre de l'auteure est un plus sage.

A vingt ans, Vernon Subutex était disquaire spécialisé dans le rock. Maintenant âgé de cinquante ans, son magasin le Révolver a fermé depuis belle lurette en 2006. Il touche le RSA et un ami Alex Bleach chanteur et ancien fondateur d'un groupe de rock lui paie son loyer. Sauf que ce dernier meurt d'une overdose. Et voilà Vernon à la rue avec quelques affaires dont des vidéos inédites d'Alex. Sans qu'il soit au courant, beaucoup de personnes aimeraient mettre la main sur ces enregistrements.

Il squatte pour une nuit ou plus, à gauche et à droite,  chez des anciens du groupe d'Alex ou chez des ancienne copines ou chez un ami d'une copine. Du transsexuel qui a réussi une reconversion dans le cinéma derrière les manettes, aux copains désormais dont les femmes grincent des dents  en voyant Vernon, des soirées dans le Paris branché saupoudrées de drogue et où l'alcool verse à flots, des lendemains difficiles où il se fait éjecter, des copines hétéros ou non qui veulent coucher avec lui, du gars raciste ou violent avec sa copine, de la fille complètement barrée à l'adolescente  de confession musulmane. Et ce sont autant de personnages qui nous emportent dans des univers différents mais à chaque fois ça sonne juste !
Vernon erre et cherche un toit alors que la toile pour le retrouver se resserre. A l'heure de Facebook, il est traqué sur le Net. Il a laissé les vidéos tant convoitées chez la première fille qui l'a hébergé et n'a plus d'endroit pour dormir.

Il est difficile de situer ce livre : chronique sociale que Virginie Despentes radioscopie avec un soupçon de roman policier. Et peu importe car il est terriblement réussi et il ferre le lecteur ! L'écriture est vive ( avec un peu de trash), déborde d'énergie ou de colère et ce sont autant de réflexions qui interpellent ou qui touchent. On n'a pas le temps de s'ennuyer dans cette comédie humaine actuelle qui dérange à plus d'un titre.  Je l'ai dévoré ! 
Et vivement mars pour la suite !

Lydia n'aime pas s'afficher avec avec des gens qui ne l'épatent pas. Elle ne croit pas plus au confort relationnel qu'à l'avantage des Nike sur les escarpins. Les baskets sont plus confortables et meilleures pour le dos, n'empêche qu'on a toujours plus d'allure sur des stilettos. C'est pareil pour les fréquentations : si ça ne fait pas rêver, vu de l'extérieur, c'est qu'on n'est assise à la bonne table. Là, par exemple, elle est juste madame nobody assise à la table d'anonymes mal sapés. Pas de quoi se sentir valorisée.

Merci Cath !

mercredi 14 janvier 2015

Gitta Sereny - Une si jolie petite fille

Éditeur : Plein jour - Traduit de l'anglais par Géraldine Barbe - Date de parution : Septembre 2014 - 437 pages saisissantes ! 

En 1968, à Newcastle en Angleterre, deux enfants de trois et quatre ans sont assassinés. Deux fillettes Mary  et Norma qui  habitent le quartier sont arrêtées. Mary âgée de onze ans est reconnue par un tribunal comme la meurtrière et jugée comme une adulte sans que que l'on fouille dans sa vie d'enfant pour tenter de trouver un début d'explication à ses actes. La journaliste Gitta Sereny avait suivi ce procès et avait écrit un premier livre. Libérée à vingt-trois ans,  Mary est fracassée. Trente ans plus tard après les faits  alors qu'elle est maman d'une petite fille, elle accepte pendant de nombreux mois de répondre aux questions de l'auteure.

Ces entretiens retracent  la vie de Mary. Des meurtres à ses emprisonnement dans des structures pas adaptées pour une fille de son âge,  la prison, l'attitude de sa mère qui vendait aux tabloïds de fausses lettres de sa fille. Mary cherche souvent à ne pas répondre aux questions ou alors elle se contredit. Ses souvenirs ne sont pas forcément exacts  et Gitta Serena s'est appuyée sur des déclarations et des témoignages de personnes  pour pouvoir clarifier et élucider certaines zones d'ombre. On découvre la relation ambiguë entre Mary et sa mère, les souffrances enfouies de son enfance qui sont effroyables mais aussi ce qu'elle a vécu durant le procès et ses emprisonnements. Ce portait n'oublie pas la peine des famille des victimes et surtout ne tente pas d'innocenter Mary.
Grâce à ces entretiens, Mary a enfin admis sa responsabilité et a pu mettre des mots pour la première fois sur ce qu'elle a subi enfant.

Loin de toute forme de sensationnel ou de mise en scène du glauque, Gitta Sereny met en avant les défaillances d'un système judiciaire et carcéral en vigueur à l'époque. Mais cette enquête traite aussi de la rédemption et du pardon.
Troublant et saisissant !

Lorsqu'on écrit sur des êtres humains dont les agissements ont causé du tort aux autres, on ne ne doit jamais oublier ni la douleur ni l'amertume inévitablement ressentie par ceux à qui la souffrance a été infligée, et ce, quel que soit le temps écoulé.

Tout le problème, quand on juge un enfant dans un tribunal pour adultes, est que la procédure est uniquement fondée sur la recherche de preuves. (...) Personne ne s'occupe d'observer, de connaître l'enfant et son contexte familial, personne ne considère que ce genre d'investigations pourraient entrer, comme les preuves, dans l'étude de son cas. Par-dessus tout, on ne différencie pas les enfants des adultes, pas plus dans leur appréhension du déroulement de la procédure et de la fonction du tribunal que dans leur compréhension du bien et du mal.

Le billet d'Antigone

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