vendredi 23 janvier 2015

Gilles Leroy - Le monde selon Billy Boy

Éditeur : Mercure de France - Date de parution : Décembre 204 - 250 pages sobres et dignes...

Fin des années 50, Eliane tout juste vingt ans tombe enceinte par accident d'André. Beau garçon, il lui a menti sur son âge et n'a que dix-sept ans. Quand la mère d'Eliane découvre son état, elle la chasse. Eliane trouve un petit appartement sous les toits, un logement temporaire qui durera dix ans. André l'abandonne se trouvant trop jeune pour devenir père. Sa famille s'oppose au mariage et voudrait qu'Eliane avorte mais jamais elle ne cèdera. Eliane travaille comme sténo-dactylo pour un général dans un ministère. Mais elle a peur du futur qui fera d'elle une fille-mère et se sent souvent désemparée car dans la France de cette époque les conventions priment.

Eliane et André sont les parents de Gilles Leroy. Sans les mettre sur un piédestal, l'auteur évoque la naïveté d'Eliane tout comme sa peur, son courage ou sa ténacité. A la sœur d'André qui lui propose de l'argent pour se faire oublier, elle refuse. Tant pis, si elle doit élever seule son enfant. Eliane issue d'un milieu modeste ne convient pas aux parents d'André des commerçants qui se sont embourgeoisés. Entre séparations et réconciliations, le mariage sans cotillons sera célébré avant la naissance de l'enfant.
Eliane n'a jamais caché à son fils qu'il n'était pas désiré mais le bonheur qu'il a apporté à ses parents a été le plus fort. Jamais de reproches ou de remords en parlant de lui. Gilles Leroy livre l'histoire de ses parents, des gens simples qui ont mené une vie simple, et comble les vides quand il y en a. Mais il revient aussi sur cette l'angoisse qui l'a habitée.

Sans pathos et sans sentimentalisme, cette quête familiale menée par Gilles Leroy si elle nous plonge dans les années soixante ne peut que toucher.
Beau, juste et sobre et émouvant avec une vraie simplicité qui va directement au cœur ! 

Parfois, elle se souvenait. "Pour toi, je n'aurai aucun de secret". Elle riait en se rappelant les recettes de bonnes femmes pour me faire passer, la plus ridicule étant selon elle le saut en lessiveuse. "Mais non, tu t'accrochais. Rien à faire contre ton envie de vivre." 


Lu de cet auteur : Alabama Song - Zola Jackson 

jeudi 22 janvier 2015

Kim Zupan - Les Arpenteurs

Éditeur : Gallmeister - Traduit de l'américain par Laura Derajinski - Date de parution : Décembre 2014 - 272 pages menées de main de maître ! 

Val Millimaki et John Gload vont par la force des choses passer du temps ensemble.A la prison, l’adjoint du shérif est d'astreinte les nuits là alors que John Gload est en attente de son procès. A presque 80 ans, ce criminel s'est laissé arrêter sans opposer de force ou de violence. Le couple de Val Millimaki bat de l'aile, sa femme ne se plaît pas dans le Montana. John Gload ne dort jamais et il cherche à parler avec celui qui le surveille. Fin observateur, il devine les tracas, le sommeil dont manque l’adjoint du shérif.  Et au fil des nuits, Millikami commence à lui parler. Entre les deux hommes une relation particulière s'installe. John Gload est prêt à livrer des informations à Millimaki. Et forcément ça intéresse les supérieurs de Millikami si le prisonnier pouvait faire des confidences avant d'être jugé.

Sur la journée, Millikami n'arrive pas trouver le sommeil et il se ballade dans la nature. Une nature qui ne pardonne pas à ceux qui s'y sont égarés. La nuit, tous deux réfléchissent chacun à la vie, à la mort, à l'amour. Mais en étant représentant de la loi, quelle est la frontière à ne dépasser pour Millakami ? Le criminel et son geôlier ont des points communs : l'amour des grands espaces et celui d'avoir subi la mort d'un parent très jeune. Leur relation prend une tournure différente. Est-ce que le jeune adjoint cherche simplement des informations ? John Gload le mène-t-il en bateau ? Chaque matin, l'adjoint du shérif tente de reprendre sa vie en main dans une réalité qui semble le fuir.

Un premier roman au rythme lent mais qui a su focaliser toute mon attention car il est mené de main de maître !  Un livre troublant où l'on se demande qui des deux personnages mène la danse avec un final complètement inattendu. Sombre mais parsemé, heureusement,  de quelques touches de lumière, ce livre marque et interpelle. Et à noter l'excellent travail de traduction.

mardi 20 janvier 2015

Kate Atkinson - Une vie après l'autre

Éditeur : Grasset - Traduit de l'anglais (Grande - Bretagne) par Isabelle Carron - Date de parution : Janvier 2015 - 514 pages et un régal ! 

Et si nous avions la chance de recommencer encore et de recommencer encore et encore ?"(...) Ce ne serait pas merveilleux?
Ursula Todd naît le 11 février 1910, seule date immuable dans sa vie. Mais les minutes qui précèdent ou suivent diffèrent. Le médecin arrive trop tard à Fox Corner la maison familiale et elle meurt ou alors sa mère la voyant ne ne pas respirer s'empare d'une petite paire de ciseaux et la libère du cordon ombilical qui lui serre le cou. Et ce sont autant de chemins selon des choix voulus ou non que la vie d'Ursula s'arrête ( "les ténèbres s'abattirent") ou continue. Elle est sauvée lors d'un accident de noyade ou y perd la vie, violée ou non à ses seize ans , elle poursuit des études de littérature anglaise ou apprend la sténo, son destin la conduit à voyager en Allemagne durant lequel elle deviendra amie avec Eva Braun ou encore elle participe à Londres lors du blitz à sauver des vies durant la Seconde Guerre mondiale.
A chaque fois, un simple petit détail par le biais d'un événement ou d'un personnage peut changer le cours de l'histoire et offrir à Ursula un nouvel avenir, modifiant également ceux de sa famille et de son entourage.  Kate Atkinson applique le "et si " à Ursula une jeune fille courageuse dans tous toutes les circonstance.

Un roman puzzle intelligemment éclaté avec des touches d'humour corrosif ou plus tendre, des références à des écrivains et une galerie de personnages attachants ou antipathiques.
On se plonge avec régal dans le vie d'Ursula et de la famille Todd qui nous offrent de multiples histoires. Et pas une seule fois, le procédé peut sembler répétitif ou ennuyeux ! L'auteure nous ouvre une porte supplémentaire sur la notion du temps car Ursula a quelquefois la sensation de déjà vu ou de pressentiments.
Un livre qu'on ne lâche pas ! 

-Est-ce ce que serait une condition si déplorable ? D'être célibataire? dit Ursula en s'attaquant à son gâteau à la crème. Jane Austen s'en est contentée.

Le billet de Cathulu
Lu de cette auteure : A quand les bonnes nouvelles ?  - Parti tôt, pris mon chien

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