Éditeur : Verdier - Date de parution : Janvier 2015 - 88 pages à savourer ...
De Boulogne-sur-Mer à la Belgique, du nord de la France au Jura puis des Ardennes à la Suisse, la narratrice marche. Les pas dans les forêts ou dans les bois, les nuits sous sa tente "Toi tu pars, toi tu pars dormir dans les bois; tu ne sais pas où tu dormiras. Tu seras laissée aux lisières des chemins. Lisières aux moustiques. Aux insectes qui crissent. A l'empire des nocturnes à l'empire des insectes . Laissée à l'humidité qui s'installe et te rend frileuse, fragile. Laissée à la tente qu'il faut, calmement, de façon méthodique, installer", des villages traversés et des personnes rencontrées. Autant de vignettes, de portraits, d'observations qu'elle nous livre.
Elle recherche la nature, les animaux et quand elle s'éloigne sur des routes, elle ne tarde jamais à rejoindre là où elle se sent le mieux. Une cartographie portée par ses pas qui la ramènent toujours au plus proche de la nature comme pour s'y fondre. Le bruit des animaux qui deviennent visibles et sa présence acceptée. Il y a la solitude, le chagrin qu'elle porte. Et la fatigue pour tenter de les oublier.
Des villages presque déserts, les monuments aux morts ou les plaques qui jalonnent son parcours et leurs chapelets de noms. Des regards méprisants ou des âmes pleines de gentillesses pour lui remplir sa gourde d'eau, rencontres fortuites et hasardeuses. Ceux qui se confient, parlent du travail qui manque. Les bribes de conversations entendues dans des cafés quand elle s'arrête savourer un café. Des paroles qui font mal aux blagues douteuses. Et il y a ces autres lieux qui rappellent un auteur, un écrivain. A plusieurs reprises, la narratrice évoque à juste titre Thoreau.
Marcher pour s'oublier, pour avoir une page blanche devant soi.
Il faut lire ce texte lentement pour s'imprégner de cette écriture qui mêle poésie et réflexions. La simplicité accompagne ce texte d'une beauté naturelle. Colette Mazabrard nous transmet une forme d'humilité et on ne peut que la remercier...
Tu marches. Ton regard tire sur l'horizon, la route. Le goudron est dur sous les semelles. Sur le paysage, ton esprit constamment déploie une carte qu'il cherche à faire coïncider avec les replis, les forêts. Des enfants ronds rose clair te disent bonjour. La prose dérisoire des devises des bataillons britanniques gravées sur les tombes.
Heure entre chien et loup, l'heure où on pèse sa vie, l'évalue. Heure donnée aux chemins, aux cailloux, au heurt des souliers. Qu'est ce qui justifie sa vie, qu'est-ce qui lui donne une forme plus sensée qu'une autre, qu'est-ce qui fait qu'on ne la gaspille pas? Qu'as-tu donné?
samedi 14 mars 2015
vendredi 13 mars 2015
Hélène Lenoir -Tilleul
Editeur : Grasset - Date de parution : Mars 2015 - 190 pages à découvrir !
Sophie aura cédé. Au décès de leur mère, elle et son frère Gilles Harper héritent de la propriété familiale. Elle veut vendre, lui non. Pourtant Sophie a une fille et a arrêté ses études pour un job alimentaire. Mais Gilles imagine un lieu pour lui, pour sa sœur et sa nièce Carole. Depuis cinq ans, Sophie a aménagé avec son frère, Carole âgée de dix-sept ans a décidé il y a quelques mois de partir à l'internat. Sophie et Gilles ont vendu une partie du terrain à un couple avec enfants. Radin, un peu "simplet", manipulateur, possessif et plongé dans ses souvenirs, Gilles fait peur à sa sœur.
Sophie presque quarantenaire entame une liaison avec le paysagiste qui a conçu le jardin tout autour d'un tilleul devenu encombrant aujourd'hui pour les voisins. Un tilleul qui fait partie du paysage depuis l'enfance de Sophie. Gilles sent que sa sœur lui échappe lentement comme si elle était sa propriété. Elle étouffe, épiée par ce frère qui ne cesse de réclamer le retour de Carole.
Hélène Lenoir nous plonge dans les pensées de chacun des personnages. Un huis clos où Sophie est partagée par une peur grandissante et l'affection qu'elle porte à son frère. Elle le connaît trop bien, lui et ses promesses non tenues, elle ne doit plus tomber dans ses comédies pour être la plus forte et partir. Construire une nouvelle vie avec sa fille. Et Gilles qui demande en boucle quand Carole revient pour un week-end, c'est soupçonneux avec son lot de questions inconcevables. Aurait-il un jour osé ?
Un roman où l'ambiance oscille entre le feutré, la paranoïa de Gilles et l'envie de vivre de Sophie. L'écriture d'Hélène Lenoir chuchote les pensées et l'auteure met à nu ses personnages avec une tension qui s'installe.
Plus que l'histoire, cette écriture inconnue jusqu'à présent m'a conquise. Par sa beauté simple en apparence qui semble aérienne et tend les fils de l'amour familial qui sous la pression peuvent se rompre... Une auteure à suivre !
Il se redressa, les yeux écarquillés, comm s'il venait de recevoir une tape dans le dos : Oh!...Une évidence. Une certitude. Conspiration, le summum, bredouillait-il en cherchant son souffles, le comble, le, en famille, c'est ... révoltant, honteux, ça dépasse, là, vraiment... le pompon ! Et je comprends tout, maintenant ! Mais vous ne perdez rien pour atteindre, mes petits salopes, je vous garantis que le bon Gilou dont vous piétinez à qui mieux, mieux, les rires méchants et les crachats, moi qui vous ai tout donné en vous sauvant du caniveau, gâtées-pourries, parce que la famille pour moi et maman, combien de fois elle me l'a fait jurer, ta sœur et la petite mon Gilles, promets-moi, la petite surtout, parole d'homme, d'homme d'honneur, maman m'a dit ça : tu es un homme...
jeudi 12 mars 2015
Fred Vargas - Temps glaciaires
Éditeur : Flammarion - Date de parution : Mars 2015 - 489 pages dévorées !
De Fred Vargas, je n'avais lu que L'homme aux cercles bleus qui avait été une petite déception. Mais, il y a des tentatrices sur la blogo, une libraire férue de policiers et de thrillers chez Dialogues et me voilà embarquée dans ce polar.
Tout commence par le suicide d'une vieille dame Alice Gauthier à Paris. Suicide, c'est bien vite dit car une lettre où elle révèle un poids qui lui pesait sur la conscience a été postée. Et le père du destinataire de la lettre se donne la mort également. A côté des deux corps, un dessin bien étrange suscite la curiosité du commissaire Adamsberg et de son équipe. Dix ans plus tôt, un voyage en Islande tourna au cauchemar pour un groupe de français. Bloqués par la brume sur une île pendant quinze jours, deux d'entre eux moururent de froid. Or étrangement Alice Gauthier et monsieur Masfauré faisaient partie du groupe. Mais se greffe à cette piste une association spécialisée dans les écrits de Robespierre qui se réunissent pour revivre l'Histoire.
Ajoutez-y un sanglier protecteur, un Robespierre plus vrai que nature, des rebondissements, un brin de malice et d'humour, de l'originalité, des dialogues réjouissants, une écriture qui accroche à la rétine et impossible de lâcher ce livre !
Fred Vargas nous promène de l'Islande à la période révolutionnaire sans jamais perdre son lecteur. On revient sur les hypothèses, on pense y voir plus clair et pouvoir démêler avant le commissaire la pelote méchamment emmêlée. Mais les intrigues sont savamment orchestrées.
Entièrement conquise, j'en redemande. Un polar hypnotique sans temps mort, des personnages humains et souvent très attachants, j'en redemande ! Du pur plaisir !
-Quand bien même, dit Mordent. C'est le terreau de la vie, la banalité. Rarement, une perle, un grain de sable, une particule luisante tombe sur notre épaule. Et dans cet océan de vagues ordinaires, le pouvoir est le vice banal le plus à son aise chez l'homme.
Les billets de Brize, Cathulu, Delphine, Sandrine
De Fred Vargas, je n'avais lu que L'homme aux cercles bleus qui avait été une petite déception. Mais, il y a des tentatrices sur la blogo, une libraire férue de policiers et de thrillers chez Dialogues et me voilà embarquée dans ce polar.
Tout commence par le suicide d'une vieille dame Alice Gauthier à Paris. Suicide, c'est bien vite dit car une lettre où elle révèle un poids qui lui pesait sur la conscience a été postée. Et le père du destinataire de la lettre se donne la mort également. A côté des deux corps, un dessin bien étrange suscite la curiosité du commissaire Adamsberg et de son équipe. Dix ans plus tôt, un voyage en Islande tourna au cauchemar pour un groupe de français. Bloqués par la brume sur une île pendant quinze jours, deux d'entre eux moururent de froid. Or étrangement Alice Gauthier et monsieur Masfauré faisaient partie du groupe. Mais se greffe à cette piste une association spécialisée dans les écrits de Robespierre qui se réunissent pour revivre l'Histoire.
Ajoutez-y un sanglier protecteur, un Robespierre plus vrai que nature, des rebondissements, un brin de malice et d'humour, de l'originalité, des dialogues réjouissants, une écriture qui accroche à la rétine et impossible de lâcher ce livre !
Fred Vargas nous promène de l'Islande à la période révolutionnaire sans jamais perdre son lecteur. On revient sur les hypothèses, on pense y voir plus clair et pouvoir démêler avant le commissaire la pelote méchamment emmêlée. Mais les intrigues sont savamment orchestrées.
Entièrement conquise, j'en redemande. Un polar hypnotique sans temps mort, des personnages humains et souvent très attachants, j'en redemande ! Du pur plaisir !
-Quand bien même, dit Mordent. C'est le terreau de la vie, la banalité. Rarement, une perle, un grain de sable, une particule luisante tombe sur notre épaule. Et dans cet océan de vagues ordinaires, le pouvoir est le vice banal le plus à son aise chez l'homme.
Les billets de Brize, Cathulu, Delphine, Sandrine
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