Éditeur : Grasset - Date de parution : Mars 2015 - 220 pages et presque un coup de cœur !
ll est pianiste de jazz et part en tournée internationale pour un mois. Il y a seulement quatre jours, sa compagne a accouché d'une petite fille. Leur premier enfant. Il s'en va avec les remords et la culpabilité. Elle seule à Paris découvre la maternité.
Elle appréhende de ne pas savoir faire avec son bébé, lui musicien qui sort de l'ombre voit dans la tournée enfin son travail s'illuminer. Et très vite, elle découvre l'amour fusionnel avec sa fille. Ses lettres ne parlent que de cette relation privilégiée, unique où il est absent. Lui découvre les joies de se produire sur scène, le public qui l'attend et qui aime sa musique. Les lettres ne parlent plus de leur couple ou si peu, il revient sur cette grossesse pour laquelle il n'avait pas eu son mot à dire, pris devant le fait accompli. N'étaient-il pas heureux tous les deux? La fatigue, les décalages horaires le rendent nerveux, irritable. Il ne lui demande comment plus comment elle va ou comment se porte leur fille. Ses névroses reviennent, stigmates d'une enfance où son père l' a abandonné lui et sa mère. Elle renoue avec la vie, sort de chez elle. L'absence délite leur couple petit à petit, son coeur à lui bat pour la musique, le sien pour sa fille. Il n'arrive plus à se projeter père.
Dans les lettres se glissent de nouvelles personnes et les émotions qu'elle suscitent. Comme des tournants inattendus.
Roman épistolaire où les mots sont des bouées de sauvetage, des déclaration d'amour, des confessions ou la libération d'un poids, la renaissance et la perte également.
Julie Bonnie écrit avec pureté, fait jaillir les émotions fortes et nous les fait toucher du doigt.
Il s'agit d'un tsunami d'émotions qui a failli être un coup de cœur... Car je n'ai pas compris les hallucinations, la passion dévastatrice d'un peintre ce qui à mon sens enlève une toute petite part de sa beauté à ce roman...
Mon amour, j'ai paniqué. Comment on fait ? Je suis sorti de la douche comme une furie, pleine de savon, de son dos. e'en ai mis partout. Tout ça pour voir ma petite beauté endormie, calme et vivante. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, des sanglots énorme. Je t'ai détesté. Quelle sorte d'homme laisse sa fée dans une situation si périlleuse ? J'ai peur de ne pas y arriver, mon amour. Tu es loin, dans les paillettes, quand ma vie se résume à un bébé, du lait, du sang.
Le billet de Charlotte
Lu de cette auteure : Chambre 2
vendredi 27 mars 2015
jeudi 26 mars 2015
Françoise Giroud - Histoire d'une femme libre
Éditeur : Folio - Date de parution : Février 2015 - 264 pages passionnantes !
Alors que Jean-Jacques Servan-Schreiber rompt avec elle et qu'elle est écartée de L’Express, journal qu'ils avaient fondé ensemble en 1953, Françoise Giroud tente de mettre fin à ses jours. Il aura fallu que le destin s'en mêle pour qu'elle échappe de peu à la mort. Nous sommes en août 1960 et Françoise Giroud s'exile à Capri avec sa machine à écrire. Personne ne connaît sur place cette femme âgée de quarante-quatre ans : son histoire, sa tentative de suicide. Et Françoise Giroud écrit durant deux mois sur sa vie.
Cette autobiographie a été longtemps considérée comme perdue ou détruite par Françoise Giroud elle-même. Pourtant elle dormait dans des cartons à l'Imec (l'Institut mémoires de l'édition contemporaine). Retrouvée par Alix de Saint-André, elle a été publiée pour la première fois en 2013. Fille d'un milieu bourgeois, son père meurt lorsqu'elle est qu'une enfant. Sa mère n'a pas su gérer la fortune familiale qui pour elle relevait des affaires d'un homme. La soeur de Françoise est vendeuse et la famille vivote. Pourtant sa mère garde un optimisme à toutes épreuves. Françoise suit des cours de sténodactylo car elle sait que la demande de secrétaires est forte. Et à quatorze ans, elle décroche son premier travail dans une librairie. Son adolescence avant la guerre est sans fêtes, sans dépenses inutiles. A la librairie, elle revoit par hasard Marc Allégret dont elle secrètement amoureuse. Il lui propose de travailler dans le monde du cinéma (il est devenu metteur en scène). La voilà script-girl à vingt ans. Après un stage de quelques mois à Paris-soir et suite à un article qu'elle a écrit, on la recommande à Hélène Lazareff. Elle travaille à Elle qui n'est qu'à ses débuts apprenant sur le tas le métier de journaliste. Elle veut proposer aux femmes des articles concrets et féministes. Forçat de travail, elle écrit également des portraits pour France Dimanche et France-Soir. Son travail lui fait croiser beaucoup d'hommes : politiciens, écrivains. Sa rencontre avec Jean-Jacques Servan-Schreiber sera d'abord d'ordre professionnelle. A eux deux, ils créeront L'Express. Ils seront aussi amants. Avec les années, le regard fasciné que Françoise aura sur lui se modifiera.
Sa franchise et sa lucidité sont frappantes tout comme son humilité. Sans jamais se mettre sur un piédestal ou se vanter, elle reconnaît au contraire ses erreurs aussi minimes soient-elles et ses faiblesses. Françoise Giroud s'est donnée à son métier, a évolué parmi les hommes dans des années où les positions de la femme étaient jugées souvent secondaires.
Dans ce récit personnel, elle donne son avis sur la société, l'amour, le journalisme, l'injustice, les personnes qui ont traversé sa vie ou l'ont marquée, mais aussi le pouvoir.
Un portait passionnant, attachant, touchant et beau...
Je suis une femme libre. J'ai été, donc je sais être, une femme heureuse... Qu'y a-t-il de plus rare au monde ? Cela est dit sans orgueil, mais avec gratitude à l'égard de ceux qui m'ont aidée à me construire ainsi. Car, pour la liberté, j'avais des aptitudes mais peu de dons pour le bonheur.
Elle était en pleine expansion, une expansion nécessaire à sa survie. Je pouvais continuer à écrire librement ; je ne pouvais pas m'opposer à l'exploitation du goût naturel que porte les Françaises aux heurs et aux malheurs des familles royales. Encore que l'on puisse parler de cela aussi autrement. Mais quand on en parle autrement, on retient dix lecteurs, on en écarte mille.
On peut aussi penser qu'il faut savoir en attirer dix et en retenir mille avec de la confiture, et glisser ici et là la dose de vinaigre qu'ils absorberont avec. Ce n'est pas l'un des moindres problèmes qui se posent à ceux qui dirigent des journaux.
À quoi cela sert-il de bien penser et de bien écrire pour cinq mille personnes, convaincues d'avance au demeurant ? Oui mais à quoi cela sert-il de ne rien penser et de ne rien écrire pour deux millions de personnes ?
Je n'ai pas de solution à proposer. Ou plutôt j'en avais une, intermédiaire : L'Express. À l'époque, je n'aurai pas su dire ce que je voulais exactement, mais je le voulais plus que tout. C'est pourquoi je l'obtiens, retrouvant à la fois lance et dragon.
Alors que Jean-Jacques Servan-Schreiber rompt avec elle et qu'elle est écartée de L’Express, journal qu'ils avaient fondé ensemble en 1953, Françoise Giroud tente de mettre fin à ses jours. Il aura fallu que le destin s'en mêle pour qu'elle échappe de peu à la mort. Nous sommes en août 1960 et Françoise Giroud s'exile à Capri avec sa machine à écrire. Personne ne connaît sur place cette femme âgée de quarante-quatre ans : son histoire, sa tentative de suicide. Et Françoise Giroud écrit durant deux mois sur sa vie.
Cette autobiographie a été longtemps considérée comme perdue ou détruite par Françoise Giroud elle-même. Pourtant elle dormait dans des cartons à l'Imec (l'Institut mémoires de l'édition contemporaine). Retrouvée par Alix de Saint-André, elle a été publiée pour la première fois en 2013. Fille d'un milieu bourgeois, son père meurt lorsqu'elle est qu'une enfant. Sa mère n'a pas su gérer la fortune familiale qui pour elle relevait des affaires d'un homme. La soeur de Françoise est vendeuse et la famille vivote. Pourtant sa mère garde un optimisme à toutes épreuves. Françoise suit des cours de sténodactylo car elle sait que la demande de secrétaires est forte. Et à quatorze ans, elle décroche son premier travail dans une librairie. Son adolescence avant la guerre est sans fêtes, sans dépenses inutiles. A la librairie, elle revoit par hasard Marc Allégret dont elle secrètement amoureuse. Il lui propose de travailler dans le monde du cinéma (il est devenu metteur en scène). La voilà script-girl à vingt ans. Après un stage de quelques mois à Paris-soir et suite à un article qu'elle a écrit, on la recommande à Hélène Lazareff. Elle travaille à Elle qui n'est qu'à ses débuts apprenant sur le tas le métier de journaliste. Elle veut proposer aux femmes des articles concrets et féministes. Forçat de travail, elle écrit également des portraits pour France Dimanche et France-Soir. Son travail lui fait croiser beaucoup d'hommes : politiciens, écrivains. Sa rencontre avec Jean-Jacques Servan-Schreiber sera d'abord d'ordre professionnelle. A eux deux, ils créeront L'Express. Ils seront aussi amants. Avec les années, le regard fasciné que Françoise aura sur lui se modifiera.
Sa franchise et sa lucidité sont frappantes tout comme son humilité. Sans jamais se mettre sur un piédestal ou se vanter, elle reconnaît au contraire ses erreurs aussi minimes soient-elles et ses faiblesses. Françoise Giroud s'est donnée à son métier, a évolué parmi les hommes dans des années où les positions de la femme étaient jugées souvent secondaires.
Dans ce récit personnel, elle donne son avis sur la société, l'amour, le journalisme, l'injustice, les personnes qui ont traversé sa vie ou l'ont marquée, mais aussi le pouvoir.
Un portait passionnant, attachant, touchant et beau...
Je suis une femme libre. J'ai été, donc je sais être, une femme heureuse... Qu'y a-t-il de plus rare au monde ? Cela est dit sans orgueil, mais avec gratitude à l'égard de ceux qui m'ont aidée à me construire ainsi. Car, pour la liberté, j'avais des aptitudes mais peu de dons pour le bonheur.
Elle était en pleine expansion, une expansion nécessaire à sa survie. Je pouvais continuer à écrire librement ; je ne pouvais pas m'opposer à l'exploitation du goût naturel que porte les Françaises aux heurs et aux malheurs des familles royales. Encore que l'on puisse parler de cela aussi autrement. Mais quand on en parle autrement, on retient dix lecteurs, on en écarte mille.
On peut aussi penser qu'il faut savoir en attirer dix et en retenir mille avec de la confiture, et glisser ici et là la dose de vinaigre qu'ils absorberont avec. Ce n'est pas l'un des moindres problèmes qui se posent à ceux qui dirigent des journaux.
À quoi cela sert-il de bien penser et de bien écrire pour cinq mille personnes, convaincues d'avance au demeurant ? Oui mais à quoi cela sert-il de ne rien penser et de ne rien écrire pour deux millions de personnes ?
Je n'ai pas de solution à proposer. Ou plutôt j'en avais une, intermédiaire : L'Express. À l'époque, je n'aurai pas su dire ce que je voulais exactement, mais je le voulais plus que tout. C'est pourquoi je l'obtiens, retrouvant à la fois lance et dragon.
mardi 24 mars 2015
Laure Anders - Animale
Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Février 2015 - 217 pages et une auteure à suivre !
Qu'ils soient hommes ou femmes, l'auteure s'intéresse aux corps. Ames blessées, calculatrices ou qui se révoltent ou se soumettent, et le corps devient le catalyseur des frustrations, des désirs et des pulsations. Une caissière transparente aux yeux des autres dans un supermarché, un homme rejeté par ses fils ou encore un collectionneur d’objets rares qui voit sa vie modifiée par la fait d'être père. Homme qui cherche la soumission et fait le chien, une femme de ménage qui photographie les intérieurs où elle travaille, des femmes qui se battent pour un poignée de billets sous les yeux remplis de désir des hommes, corps qui a besoin de drogue pour tenir et supporter la vie. Ou encore le pouvoir et la sensualité que ressent celle qui porte une robe et devient une autre.
Relations charnelles qui dévient vers la violence, relations de dominants et de dominés, relations d'une nuit pour sentir la présence d'un autre corps et un peu la chaleur humaine. La part animale somnolente ou enfouie se réveille toujours.
On peut affirmer que Laure Anders n'a pas froid aux yeux et possède un style, une écriture caméléon. Ses personnages lisses dans la vie se révèlent bien différents. Elle ose sans tabous bousculer le lecteur avec un sens pointu pour traquer et décrire ces moments où les personnages changent de peau.
Dans ce premier recueil, même si quelques tableaux m'ont moins plu, je ressors conquise par cette écriture, par ces nouvelles qui prouvent que cette auteure ne s'en tient pas aux sentiers battus !
Les façades de la rue boivent la lumière du soir comme un velours, une lumière si douce que j'aimerais me dissoudre en elle. Je pourrais enjamber la mince rambarde en fer, déplier mon corps de fille chauve-souris et m'élancer dans le vide. Je pourrais me mettre nue et danser sur du dub, ma peau éclairée par la pulsation vert et rose des enseignes. Je pourrais me faire un parachute dilué dans la bière premier prix de chez Lidl et puis appeler Léonard pour qu'il m'accompagne dans un de ces bars de Bastille puants et surpeuplés, là où la musique seventies remixée est vraiment excellente et où la pression en gobelet plastique coûte moins de deux euros. J'ai une infinité de choix. Rester seule me panique. J'ai besoin de visages, j'ai besoin d'odeurs et de mains chaudes, toujours plus, pour peupler ma solitude. L'air fraîchit me donne la chair de poule, des vagues de frissons électriques sur mes jambes, mes seins, mes épaules. Si je peux ressentir cela c'est que je suis vivante.
Qu'ils soient hommes ou femmes, l'auteure s'intéresse aux corps. Ames blessées, calculatrices ou qui se révoltent ou se soumettent, et le corps devient le catalyseur des frustrations, des désirs et des pulsations. Une caissière transparente aux yeux des autres dans un supermarché, un homme rejeté par ses fils ou encore un collectionneur d’objets rares qui voit sa vie modifiée par la fait d'être père. Homme qui cherche la soumission et fait le chien, une femme de ménage qui photographie les intérieurs où elle travaille, des femmes qui se battent pour un poignée de billets sous les yeux remplis de désir des hommes, corps qui a besoin de drogue pour tenir et supporter la vie. Ou encore le pouvoir et la sensualité que ressent celle qui porte une robe et devient une autre.
Relations charnelles qui dévient vers la violence, relations de dominants et de dominés, relations d'une nuit pour sentir la présence d'un autre corps et un peu la chaleur humaine. La part animale somnolente ou enfouie se réveille toujours.
On peut affirmer que Laure Anders n'a pas froid aux yeux et possède un style, une écriture caméléon. Ses personnages lisses dans la vie se révèlent bien différents. Elle ose sans tabous bousculer le lecteur avec un sens pointu pour traquer et décrire ces moments où les personnages changent de peau.
Dans ce premier recueil, même si quelques tableaux m'ont moins plu, je ressors conquise par cette écriture, par ces nouvelles qui prouvent que cette auteure ne s'en tient pas aux sentiers battus !
Les façades de la rue boivent la lumière du soir comme un velours, une lumière si douce que j'aimerais me dissoudre en elle. Je pourrais enjamber la mince rambarde en fer, déplier mon corps de fille chauve-souris et m'élancer dans le vide. Je pourrais me mettre nue et danser sur du dub, ma peau éclairée par la pulsation vert et rose des enseignes. Je pourrais me faire un parachute dilué dans la bière premier prix de chez Lidl et puis appeler Léonard pour qu'il m'accompagne dans un de ces bars de Bastille puants et surpeuplés, là où la musique seventies remixée est vraiment excellente et où la pression en gobelet plastique coûte moins de deux euros. J'ai une infinité de choix. Rester seule me panique. J'ai besoin de visages, j'ai besoin d'odeurs et de mains chaudes, toujours plus, pour peupler ma solitude. L'air fraîchit me donne la chair de poule, des vagues de frissons électriques sur mes jambes, mes seins, mes épaules. Si je peux ressentir cela c'est que je suis vivante.
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