Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Avril 2015 - 189 pages qui se dévorent !
Lucie a quitté Pascal il y a trois ans et depuis elle cherche l'homme de sa vie. Cette institutrice, jeune quarantenaire, se lance à la recherche de sa moitié. Au mariage d'une petite cousine (méthode testée depuis de longues générations) où les célibataires sont comme par hasard placés à la même table, de l'émission télé où elle se pâme pour un agriculteur (même si elle déteste la campagne), du site de rencontres au voyage à l'étranger pour célibataires, du supermarché (après tout, les hommes célibataires doivent se nourrir tout comme elle) jusqu'à la piscine, elle poursuit sa quête !
Rien ne lui échappe chez l'individu masculin car elle a ses exigences.
Et si Lucie pointe facilement les défauts des autres, le siens ne sont pas épargnés. Sa solitude, son amertume sont également présentes "Etre seule , par moments, c'est du désespoir. (...) Pourquoi c'est toujours aux autres qu'il arrive des histoires? Pourquoi elle est un désert, un bout du monde, un no man's land que personne ne traverse ?. Mais Lucie a du punch à revendre.
Sans tomber dans les excès, Rachel Corenblit use d'humour, de dérision et de cynisme. Et ça fonctionne à merveille !
Un roman avec un regard acéré et aiguisé sur notre société et la solitude...
Là, elle réalise la raison de son mutisme absurde. Il n'est pas beau, le docteur Mayor. Il est parfaitement beau. Il est la quintessence de tous les fantasmes de médecins. La forme la plus aboutie. L'idéal platonicien de la beauté incarnée, le stéthoscope autour du coup en plus. Le modèle que l'on retrouve dupliqué dans les séries américaines ou scénaristes ont bien compris le potentiel d'érotisation du corps médical.
Exposer ses problèmes intestinaux va se révéler de l'ordre de l'exploit.
Le billet enthousiaste de Cathulu
vendredi 3 avril 2015
jeudi 2 avril 2015
Mathieu Menegaux - Je me suis tue
Éditeur : Grasset - Date de parution : Avril 2015 - 186 pages et un premier roman qui m'a scotchée et bouleversée !
Comment vous parler de ce livre sans en dire de trop? On découvre Claire la narratrice dans sa cellule de la maison d'arrêt des femmes à Fresnes où elle est emprisonnée depuis deux ans. Une femme au début de la quarantaine en couple avec Antoine, un poste de DRH, une vie aisée. Que peut faire une telle femme en prison? Et plus précisément dans un quartier isolé à l'abri des autres détenues. Forcement ça titille, on sait que ces femmes par leurs crimes (ou leurs faits) sont très mal perçues par les autres détenues. Son procès s'est déroulé et elle attend le verdict. " Je suis entrée dans ce procès sans aucune chance d'en sortir libre". Car même à son avocate, elle n'a pas voulu dire toute la vérité et qu'elle était d'abord une victime. Elle porte son secret en silence. Mais elle va l'écrire à Antoine pour qu'il sache ce qui s'est passé " J’écris pour que tu comprennes et que tu cesses de me haïr. Et j’écris pour vous, policiers, citoyens, magistrats, journalistes, prompts à embastiller en prétextant la recherche de la vérité. Vous la voulez, la vérité ? Lisez."
Antoine et Claire : un couple idéal et heureux. Jusqu'au jour où un événement se produit. Claire décide de se taire, de l'oublier, de faire comme si de rien de tout cela n'était arrivé. Et elle y arrive tant bien que mal. Sauf qu'elle n'avait pas prévu qu'il pouvait y avoir une conséquence. Une seule, et elle change sa vie et celle d'Antoine. Le bonheur peu à peu se transforme en poison dans le couple. Alors, elle décide de commettre un geste odieux.
Ni la justice, ni les psychiatres qui cherchent à comprendre ce qui a déclenché son acte n'arrivent à percer son fardeau. Claire s'est enfermée dans le mutisme.
Ce roman m'a scotchée, ferrée, bouleversée ! L'auteur dont c'est le premier roman se glisse dans la peau de Claire et on a cette sensation que ce livre a été écrit par une femme. Et on comprend Claire et son choix d'avoir gardé son secret, on ne peut que la comprendre et ça fait terriblement mal en même temps. En tant que lecteur, on connait toute son histoire et on est poussé dans nos retranchements. Mais une autre vérité surgit. Encore plus terrible.
Cette lecture est impossible à lâcher une fois commencée, elle nous secoue dans tous les sens, nous fait chavirer et laisse une trace indélébile !
Nous avons de la chance, nous avons, enfin nous avions, un grand appartement. La salle de bains est loin de la chambre. J'ai hoqueté, pleuré, reniflé pendant de longues minutes. J'aurais voulu tout lui dire. J'aurais dû tout lui dire. Je passe ma vie à me plaindre de ma vie de couple mais au fond, Antoine c'est mon homme, Antoine c'est mon roc. C'est ce qui me frappe chaque fois que je le regarde. Sa stature. Antoine c'est ma moitié. Antoine c'est mon alter ego. Mais je n'y arrivais pas. Je ne pouvais pas le lui dire, j'en étais incapable. Au fond, son regard était le plus important de tous. C'est à lui que je voulais plaire, avec lui que je voulais continuer à vivre.
Comment vous parler de ce livre sans en dire de trop? On découvre Claire la narratrice dans sa cellule de la maison d'arrêt des femmes à Fresnes où elle est emprisonnée depuis deux ans. Une femme au début de la quarantaine en couple avec Antoine, un poste de DRH, une vie aisée. Que peut faire une telle femme en prison? Et plus précisément dans un quartier isolé à l'abri des autres détenues. Forcement ça titille, on sait que ces femmes par leurs crimes (ou leurs faits) sont très mal perçues par les autres détenues. Son procès s'est déroulé et elle attend le verdict. " Je suis entrée dans ce procès sans aucune chance d'en sortir libre". Car même à son avocate, elle n'a pas voulu dire toute la vérité et qu'elle était d'abord une victime. Elle porte son secret en silence. Mais elle va l'écrire à Antoine pour qu'il sache ce qui s'est passé " J’écris pour que tu comprennes et que tu cesses de me haïr. Et j’écris pour vous, policiers, citoyens, magistrats, journalistes, prompts à embastiller en prétextant la recherche de la vérité. Vous la voulez, la vérité ? Lisez."
Antoine et Claire : un couple idéal et heureux. Jusqu'au jour où un événement se produit. Claire décide de se taire, de l'oublier, de faire comme si de rien de tout cela n'était arrivé. Et elle y arrive tant bien que mal. Sauf qu'elle n'avait pas prévu qu'il pouvait y avoir une conséquence. Une seule, et elle change sa vie et celle d'Antoine. Le bonheur peu à peu se transforme en poison dans le couple. Alors, elle décide de commettre un geste odieux.
Ni la justice, ni les psychiatres qui cherchent à comprendre ce qui a déclenché son acte n'arrivent à percer son fardeau. Claire s'est enfermée dans le mutisme.
Ce roman m'a scotchée, ferrée, bouleversée ! L'auteur dont c'est le premier roman se glisse dans la peau de Claire et on a cette sensation que ce livre a été écrit par une femme. Et on comprend Claire et son choix d'avoir gardé son secret, on ne peut que la comprendre et ça fait terriblement mal en même temps. En tant que lecteur, on connait toute son histoire et on est poussé dans nos retranchements. Mais une autre vérité surgit. Encore plus terrible.
Cette lecture est impossible à lâcher une fois commencée, elle nous secoue dans tous les sens, nous fait chavirer et laisse une trace indélébile !
Nous avons de la chance, nous avons, enfin nous avions, un grand appartement. La salle de bains est loin de la chambre. J'ai hoqueté, pleuré, reniflé pendant de longues minutes. J'aurais voulu tout lui dire. J'aurais dû tout lui dire. Je passe ma vie à me plaindre de ma vie de couple mais au fond, Antoine c'est mon homme, Antoine c'est mon roc. C'est ce qui me frappe chaque fois que je le regarde. Sa stature. Antoine c'est ma moitié. Antoine c'est mon alter ego. Mais je n'y arrivais pas. Je ne pouvais pas le lui dire, j'en étais incapable. Au fond, son regard était le plus important de tous. C'est à lui que je voulais plaire, avec lui que je voulais continuer à vivre.
mercredi 1 avril 2015
Tomas Espedal - Contre la nature (les carnets)
Éditeur : Actes Sud - Traduit superbement du norvégien par Terje Sinding - Date de parution : Février 2015 - 166 très belles pages...
Il a quarante-huit huit ans et fait plus âgé "Dès qu'il a vue, il a oublié l'âge qu'il avait. Leur rencontre n'avait pas d'âge."
"Nous nous sommes rencontrés à une fête. C'était le réveillon du Nouvel An. Le langage du bonheur et en tout point simple et brutal : elle était la fille la plus belle que j'aie jamais vu.
Le langage du bonheur peut être blessant : à ses yeux, j'étais un homme âgé.
Ou plutôt : nous nous sommes reconnus tout de suite.
La jeune fille et l'homme âgé. Nous avions besoin l'un de l'autre. Nous allions nous aimer.
Comment écrire sur le bonheur ? Que puis-je dire sur le bonheur, si simple et banal, si calme et transparent ? Comme lorsqu'elle était allongé sur le canapé et que je la voyais à peine, tellement j'étais habitué.
(...)
De toute ma vie je n'ai jamais été aussi heureux."
Pourtant, le narrateur a vécu avant cette rencontre, il a été marié et est père. Mais il vit le grand bonheur, l'amour le plus grand et le plus beau avec cette fille beaucoup plus jeune que l'on prend pour sa fille.
"Cela se produisait tout le temps.
Nous sortions, quelqu'un nous abordait, voulant faire la connaissance de ma fille.
C'était honteux.
Nous avions honte.
D'où venait ce sentiment de honte ?
Le bonheur était-il honteux? Notre bonheur était honteux, il n'était pas naturel, il était contre nature.
Nous avons cessé de sortir. Nous nous isolions à la maison."
Se protéger du regard des autres pour garder leur amour intact.
Le narrateur nous rappelle que les amours avec des différences d'âges ont toujours existé. Comme Héloïse et Abélard : un amour interdit entre une jeune femme de dix-sept ans et un professeur chargé de son éducation. La passion sera plus forte que tout mais leur relation se terminera dramatiquement. La grande différence d'âge est synonyme de péché et sème l'opprobre. Il faudrait savoir bâillonner les coeurs...
Lorsque son amoureuse le quitte, le temps le rattrape comme si le bonheur l'avait épargné. Il s'agit d'une d'un homme vieilli qui ne se reconnaît plus. Il s'abandonne, ne cherche pas à lutter.
Un roman écrit avec une grande pudeur et sans faux-semblants.
Est-ce l'auteur qui se cache derrière le narrateur? Peu importe car le résultat est un roman qui prend aux tripes par sa beauté, son universalité et les toutes dernières pages m'ont remplie les yeux de poissons d'eau...
Je sais maintenant que le bonheur est difficile à décrire ; il vit sa propre vie tranquille et invisible dans l'existence quotidienne de deux personnes qui s'aiment.
Il a quarante-huit huit ans et fait plus âgé "Dès qu'il a vue, il a oublié l'âge qu'il avait. Leur rencontre n'avait pas d'âge."
"Nous nous sommes rencontrés à une fête. C'était le réveillon du Nouvel An. Le langage du bonheur et en tout point simple et brutal : elle était la fille la plus belle que j'aie jamais vu.
Le langage du bonheur peut être blessant : à ses yeux, j'étais un homme âgé.
Ou plutôt : nous nous sommes reconnus tout de suite.
La jeune fille et l'homme âgé. Nous avions besoin l'un de l'autre. Nous allions nous aimer.
Comment écrire sur le bonheur ? Que puis-je dire sur le bonheur, si simple et banal, si calme et transparent ? Comme lorsqu'elle était allongé sur le canapé et que je la voyais à peine, tellement j'étais habitué.
(...)
De toute ma vie je n'ai jamais été aussi heureux."
Pourtant, le narrateur a vécu avant cette rencontre, il a été marié et est père. Mais il vit le grand bonheur, l'amour le plus grand et le plus beau avec cette fille beaucoup plus jeune que l'on prend pour sa fille.
"Cela se produisait tout le temps.
Nous sortions, quelqu'un nous abordait, voulant faire la connaissance de ma fille.
C'était honteux.
Nous avions honte.
D'où venait ce sentiment de honte ?
Le bonheur était-il honteux? Notre bonheur était honteux, il n'était pas naturel, il était contre nature.
Nous avons cessé de sortir. Nous nous isolions à la maison."
Se protéger du regard des autres pour garder leur amour intact.
Le narrateur nous rappelle que les amours avec des différences d'âges ont toujours existé. Comme Héloïse et Abélard : un amour interdit entre une jeune femme de dix-sept ans et un professeur chargé de son éducation. La passion sera plus forte que tout mais leur relation se terminera dramatiquement. La grande différence d'âge est synonyme de péché et sème l'opprobre. Il faudrait savoir bâillonner les coeurs...
Lorsque son amoureuse le quitte, le temps le rattrape comme si le bonheur l'avait épargné. Il s'agit d'une d'un homme vieilli qui ne se reconnaît plus. Il s'abandonne, ne cherche pas à lutter.
Un roman écrit avec une grande pudeur et sans faux-semblants.
Est-ce l'auteur qui se cache derrière le narrateur? Peu importe car le résultat est un roman qui prend aux tripes par sa beauté, son universalité et les toutes dernières pages m'ont remplie les yeux de poissons d'eau...
Je sais maintenant que le bonheur est difficile à décrire ; il vit sa propre vie tranquille et invisible dans l'existence quotidienne de deux personnes qui s'aiment.
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