lundi 20 avril 2015

Arno Geiger - Tout sur Sally

Éditeur : Éditions Gallimard - Traduit de l'allemand (Autriche) par Olivier Le Lay - Date de parution : Avril 2015 - 374 pages qu'on ne lâche pas !

Les vacances en Angleterre d'Alfred et de son épouse Sally sont interrompues lorsqu'ils apprennent qu'ils ont été cambriolés. Alors que Sally digère la nouvelle, Alfred est abattu. Ils rentrent donc à Vienne où la maison a été mise sens dessus dessous. Tandis que Sally s'active, range et  nettoie, Alfred s'enferme dans une léthargie. Alfred et son éternel bas de contention, Alfred qui ne lève pas le petit doigt et se lamente. Sally devra bientôt reprendre son travail de professeur au collège et elle consacre donc ce qui lui reste de vacances à tout remettre en ordre avec un peu d'aide de la part de leurs enfants.

Tous deux ont plus de cinquante ans et sont mariés depuis presque trente ans. Agacée par l'attitude d'Alfred, elle lui envoie des pics (bien ironiques ou mordants) auxquels il ne répond pas.  "Idéaliste et réaliste" conjuguant et assumant les contradictions et les ambiguïtés des facettes de sa personnalité, Sally entame une liaison avec son voisin Erik. Il est marié à Nadja et les deux couples sont amis selon les apparences. Et quand Nadja a des doutes sur la fidélité d'Erik et se confie à Sally, cette dernière ment avec aplomb et soutient Nadja. Cette même Sally qui peut bouillir de rage littéralement envers Alfred et s'attendrir ensuite quand elle le voit rédiger son journal intime. Si son mariage périclite, elle renaît en tant que femme dans les bras d'Erik et se permet de croire que l'avenir sera différent car elle est amoureuse. Mais Erik ne joue pas franc-jeu avec elle. Elle pourrait s'écrouler mais elle ne le fera pas.
Sally  accepte de se regarder avec sa conscience, elle admet ses défauts et ne cache pas son appétit de vivre (dans tous le sens du terme) car elle n'a que cinquante-deux ans.
S'il s'agit d'une femme en proie à des questions sur sa vie (car elle et Alfred sont devenus des petits bourgeois ou presque avec une routine), sur son couple et son intimité, ce n'est pas dans son genre de de pleurnicher.

J'ai aimé que l'auteur nous invite dans son roman en s'adressant au lecteur par le biais du "nous". Il nous rend encore plus proche de Sally, d'Alfred, de ce que l'on croit savoir et de ce que l'on ne préfère ne pas voir car rien n'est tout blanc ou tout noir...
Un roman foisonnant, creusé, intelligent sur les relations dans un couple (et la métamorphose de ces relations avec le temps) ! 
Et si le style peut surprendre au départ, on est très vite ferré et à la fin, on n'a qu'une seule envie : le relire (et donc un très bon travail de traduction)!

Elle s'aperçut d'abord que son point de vue même l'empêchait d'aboutir à une vérité centrale. Elle évoluait dans un territoire bien trop vaste et bien trop complexe : amour, envie, jalousie, angoisse, impatience, appétit de vivre et toutes les illusions conventionnelle. Elle versa quelques instants dans la contrition, se sentit coupable d'être aussi dure avec Alfred. Il avait de quoi faire pitié, elle n'était assurément plus une compagne douce et prévenante, il n'en essayait pas moins de désamorcer les tensions depuis des semaines (ah ? Le faisait-t-il vraiment ?). Et elle ? Elle trouvait son attitude répugnante et n'aurait pas su dire pourquoi. Jusqu'à leur conversation de tout à l'heure, dans le bureau, elle avait presque oublié ce que c'était de mener une discussion qui ne fût pas un bras de fer. Elle se disait : Espérons qu'il ne m'en voudra pas trop pour tous les vilains tours que je lui ai joués ces derniers temps. Et, naturellement, il n'avait pas tort de souligner, voici quelques jours, que je n'étais pas prête à recevoir ce que je réclamais. J'aurais préféré que cela vînt de quelqu'un d'autre. D'Erik. Encore lui, tiens ! Oui, décidément, ça évoquait le plaisir que nous avons à gratter la croûte d'une plaie.

Le billet de Cuné.

vendredi 17 avril 2015

Valérie Clò - La tyrannie des apparences

Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Avril 2015 - 158 pages et un livre hérisson !

Thalia reçoit en cadeau pour des dix-huit ses premières injections pour vieillir. Dans ce monde futuriste, la jeunesse est une croix à porter car on ne peut espérer commencer sa vie qu'après cinquante ans. La vieillesse est sublimée et le pouvoir appartient aux personnes marquées par l'âge du temps. Un monde où l'espérance de vie est si élevées que les jeunes attendent de vieillir avec impatience.

Thalia se teint les cheveux en gris et travaille ses toutes petites rides et applique toutes les consignes de ses parents pour vieillir. Mais elle découvre une archive. Un reportage de notre époque où une femme d'une quarantaine d'années veut avoir recours à la chirurgie esthétique pour rajeunir . Déconsidérée à son travail à cause de son âge (elle ne colle plus à l'image de la jeune cadre dynamique), on la pousse vers la porte de la sortie. Contrairement à Thalia, certains jeunes se rebellent contre le système.

Si ce roman débute sur un ton léger, très vite, les réflexions et les questionnements résonnent étrangement avec ceux de notre époque même si les buts recherchés sont inversés. On découvre un monde où les personnes âgées ont peur de la jeunesse et d'être renversés par ces derniers. Très habilement, cette dystopie pointe du doigt les dérives de notre société, la souffrance (et ce qu'elle entraîne dans son sillon) d'être rejeté quand on ne correspond pas à l'image de l'air du temps.
Bien mené avec des pointes incisives, voilà de quoi donner à réfléchir,  et au final un livre hérisson !  

Loïs en est certain maintenant, depuis que les vieux ont pris le pouvoir, ils veulent cacher leur histoire, ils préfèrent oublier cette époque où les jeunes dirigeaient et faisaient les lois. Ils ont tellement peur que ça recommence qu'ils ont organisé la société pour nous maintenir dans l'ignorance. Nous n'avons aucune échappatoire et sommes obligés de suivre le chemin tracé. Les jeunes sont tellement conditionnés qu'ils ne cherchent même plus à comprendre. Ils avancent, aveuglés, et concentrés sur la prochaine ascension, ne sachant pas qu'ils font ainsi le lit du pouvoir en place. Loïs a décidé de ne pas accepter cette pensée unique et de tout faire pour informer les jeunes. Beaucoup trop sont en souffrance, meurent d'ennui, ou de pauvreté. Ils errent ainsi des décennies, pensant qu'il n'y a pas d'autre solution que de suivre le chemin imposé. 

Le billet de Séverine

Lu de cette auteure : Les gosses

jeudi 16 avril 2015

Fannie Flagg - La dernière réunion des filles de la station-service

Éditeur : Le Cherche Midi - Traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Jean-Luc Piningre- Date de parution : Avril 2015 - 461 pages pleines de vitalité ! 

A Point Clear une petit ville de l'Alabama, Sookie Poole âgée cinquante-neuf ans vient de marier ses ses filles en peu de temps. Mais point de repos car elle doit toujours obéir aux caprices sa mère Lenore et réparer ses extravagances. Depuis son enfance, sa mère s'est montrée toujours très et trop exigeante envers elle. Mais la vie de Sookie bascule. En ouvrant le courrier de sa mère, elle découvre qu'elle a été adoptée. Sa mère qui ne cesse de de louer les exploits de la famille Simmons et leur pedigree lui a toujours menti. Elle est née d'une mère au nom polonais et d'un père inconnu dans le Wisconsin et a soixante ans ! Son mari Earle lui conseille de chercher à en savoir plus sur sa mère biologique. Effondrée, se sentant " personne", en colère contre Lenore, Sookie ne sait pas quoi faire.

En parallèle, ce roman raconte l'arrivée de de la famille polonaise Jurdabralinski aux Etats-Unis et comment au fil des années, à force de travail, le père a ouvert une station-service. Mais malade, il doit se soigner et son fil s'engage dans l'armée avec la guerre. Fritzi l'aînée des filles décide qu'avec ses soeurs,  elles peuvent s'occuper de la station-service et c'est un succès. Contaminée par le virus du vol, en pleine guerre, elle devient une WASP et entraîne ses soeurs avec elle.
Tout en suivant les questions légitimes de Sookie, ses différents ressentis (colère, acceptation) par rapport à son adoption et ses recherches, on découvre l'histoire de ces jeunes femmes qui aux Etats-Unis durant la Seconde Guerre mondiale furent les premières guerre à piloter des avions. 

Un roman avec de l'humour, de la tendresse et des personnages aux caractères bien trempés où Fannie Flagg rend un bel hommage à ces femmes pilotes qui auront attendu 1977 pour être officiellement reconnues sous la présidence de Jimmy Carter. Sans oublier la reconstruction de soi, les origines qui peuvent vous réduire à un carcan ou vous ouvrir l'esprit.
Un livre plein de vitalité qui fait du bien, touchant et qui se lit tout seul !

Lu de cette auteure : Miss Alabama et ses petits secrets
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