lundi 27 avril 2015

Rosa Montero - L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir

Éditeur : Métailié - Traduit de l'espagnol par Myriam Charousse - Date de parution : Janvier 2015 - 175 pages qui m'ont conquise!

En 2011, on propose à Rosa Montero d'écrire une préface pour le journal que Marie Curie a tenu après la mort de son époux.
"J'ai toujours trouvé cette femme fascinante, comme pratiquement tout le monde d'ailleurs, car c'est un personnage hors norme et romantique qui semble plus grand que la vie." Et Rosa Montero se plonge dans la vie de Marie Curie. Elle part de la mort de Pierre Curie pour remonter à l'enfance de Marie puis à sa jeunesse, à ses études. Une femme passionnée par ses recherches, un épouse aimante et une mère. Et être une femme scientifique à son époque signifiait se battre contre bien des préjugés. Avec Pierre, ils travaillaient dans un laboratoire misérable. La reconnaissance par la communauté scientifique sera elle-aussi un combat.

Dans ce livre sur Marie Curie, Rosa Montero s'interroge, parle de la mort de son mari et ce fait elle ne l'imaginait pas en tant qu'auteur. A travers de nombreuses réflexions sur le deuil et la douleur qui l'accompagne, sur la condition féminine,  sur la culpabilité en tant que mère,  sur l'Amour, j'ai découvert la femme Marie Curie, une femme extraordinaire. Une femme à part qui n'a jamais voulu abandonner "son radium". Les extraits du journal de Marie Curie sont plus que touchants.
Passionnant, vivant, audacieux ( des mots ou des thèmes sont précédés d'un hashtag et indexés à la fin du livre), humain, relevé : ce livre m'a tout simplement conquise !

La créativité est précisément ça : une tentative alchimique de transmuer la souffrance en beauté. L'art en général, et la littérature en particulier, sont des armes puissantes contre le Mal et la Douleur. Les romans ne les vainquent pas (ils sont invincibles), mais ils nous consolent de l'effroi. En premier le lieu, parce qu'ils nous unissent au reste  de l'humanité  : la littérature fait de nous une partie du tout et, dans le tout, la douleur individuelle semble faire un peu moins mal.  Mais le sortilège fonctionne aussi parce que, lorsque que la souffrance nous brise la colonne vertébrale, l'art parvient à transformer cette douleur laide et sale en quelque chose de beau. 

On a parlé de ce livre sur beaucoup de blogs mais qu'importe, j'ai voulu ajouté mon petit grain de sel enthousiaste.
Des billets (et des avis divers) :  AifelleCuné, DominiqueKeisha, Krol,  JosteinMaryline, Mior, NadaelValérie

Lu de cette auteure : Belle et sombre - Instructions pour sauver le monde

samedi 25 avril 2015

Vincent Almendros - Un été

Editeur : Édition de Minuit - Date de parution : Janvier 2015 - 95 pages à savourer !

Quelques jours à bord d'un voilier avec son amie, son frère Jean et sa compagne Jeanne. Le narrateur a accepté cette proposition de son frère même si revoir Jeanne sera douloureux car ils étaient auparavant amants. Jean et Jeanne vont faire la connaissance de son amie Lone d'origine scandinave. Tout ce petit monde se donne rendez-vous à Naples pour embarquer en été.

Jean et son frère ne sont pas très proches. Les échanges sont techniques ou anecdotiques. D'emblée, il n'y pas cette chaleur (ou alors feinte) liée au sentiment fraternel. Le soleil, la mer : le cadre est propice à profiter de cette traversée. Jeanne juge Lone. Le narrateur le sait, il l'observe et ne peut s'empêcher de penser qu'elle est toujours aussi belle. Jeanne aussi se sait séduisante et ne fait rien pour s'éloigner de son beau-frère. Un regard, un sourire : la tentation est à portée de main. Très vite, la tension est palpable comme les questions ou le désir. Sur un voilier, la promiscuité peut revêtir différentes facettes.
Et on pressent qu'il va se passer quelque chose entre le narrateur et Jeanne, l'auteur ne nous le cache pas entre faux-semblants troublants, l'envie et l'érotisme. On lit lentement pour savourer ce roman en se demandant ce que Vincent Almendros nous réserve. Et la chute tombe comme un couperet ! L'écriture est merveilleuse, tout ou presque se joue dans les descriptions, les perceptions.
Une écriture précise, non chirurgicale mais où tout est dépeint avec subtilité. Cette fin m'a laissée sans voix. Percutante et calculatrice. 

N'oublie pas les pieds, dit Jeanne qui lui reprit le flacon des mains, et se tourna vers moi, elle me demanda de lui passer de la crème dans le dos. Je m'exécutai, sans rien dire. Si sa peau se constella d'étoiles laiteuses, et je laissai mes mains glisser dessus, son dos était brûlant et de plus en plus luisant à mesure que mes paumes remontaient de chaque côté de le colonne vertébrale. Je sentais sous mes doigts le contact de ses grains de beauté. Je m'y habituais, lentement, comme un aveugle lit le braille.

Les billet de Laure,  Valérie qui ont également aimé. Jérôme et Yves sont déçus.
Un conseil de lecture d'Arnaud (toujours et encore Dialogues:))

jeudi 23 avril 2015

Claudia Piñeiro - Bétibou

Editeur : Actes Sud - Traduit de l'espagnol (Argentine) par Romain Magras - Date Parution : Avril 2015 - 394 pages de plaisir ! 

Nurit Iscar surnommée Bétibou (en référence Betty Boop) est écrivain à succès de polars qui a arrêté d'écrire depuis le flop de son roman il y a trois ans. Le directeur du journal El Tribuno et son ancien amant lui propose d'écrire sur la mort de Pedro Chazarreta dont la femme a été assassinée de la même façon quelques années auparavant. Bien qu'il eut été innocenté à l'époque, le public pense qu'il avait commandité la mort de son épouse. C'est ce que pense également Jaime Brena journaliste chevronné qui vient de voir son poste au journal confié à un tout jeune journaliste. Bétibou hésite, sa chronique sera un ressentis des faits, de l'ambiance et elle va loger au Country un lotissement à la périphérie de Buenos Aires ultra protégé avec ses propres règles intérieures. L'endroit où habitait Pedro Chazarreta.

Ses deux amies la mettent en garde de ne pas  retomber dans les bras de son ancien amant. Mais Bétibou a bien l'attention de s'en tenir à son travail. Avec les deux journalistes, le trio découvre des ramifications à ce décès. Et l'hypothèse du suicide de Pedro Chazarreta est très vite remise en question. Car si au départ Jaime Brena ne veut pas aider son remplaçant, il ne peut s'empêcher de lui donner des renseignements. Lui qui est de la vieille école, il ne comprend pas que le jeune journaliste passe son temps à tout chercher sur Internet. Et on ne s'ennuie pas une seule seconde dans ce roman ! Bien sûr, il y a l'intrigue avec un vrai suspense et les thèmes abordés sont nombreux sans être traités superficiellement.  La presse écrite et son indépendance, la littérature, les différences de classe sociale en Argentine et pour les plus aisés la volonté de se prémunir contre tout danger (et de vivre ensemble dans des espaces standardisés), l'amour, l'amitié, mener à bien vie personnelle et vie professionnelle.

A travers ce portrait de femme où l'ironie mordante (un régal!) côtoie l'humour, entre les réflexions profondes ou légères ( avec des dialogues excellents), les rebondissements, on se délecte ! La fin fait froid dans le dos car il n'y aura pas de coupable sous les verrous mais c'est une autre histoire...
Un roman où rien n'est laissé au hasard et une lecture plaisir ! Et impossible de choisir un extrait.

Un grand merci à Mathilde (de l'équipe des libraires topissimes et chouchous de Dialogues (encore et toujours)) pour ce conseil de lecture !
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