Éditeur : Albin Michel - Traduit de l'américain par Valérie Molfroy - Date Parution : Mai 2015 - 610 pages et point de coup de cœur...
Août 1944, des tracts tombent du ciel au-dessus de Saint-Malo " Message urgent aux habitants de la ville. Dispersez-vous dans la campagne". La ville aux mains des allemands vit aux sons des bombes lâchées par les bombardiers américains. Marie-Laure jeune fille aveugle de seize se terre dans la maison de son grand-oncle Etienne. Pas très loin, le soldat Werner Pfennig est bloqué sous des débris en compagnie d'un autre soldat. Depuis plusieurs jours, Marie-Laure se cache dans le double-fond d'une armoire car un allemand s'est introduit dans la maison. Elle pense à son père qui été arrêté. Werner dont la mission est de trouver les émetteurs-récepteurs ennemis tente d'entendre un signal sur sa radio.
Voilà le point de départ de ce roman et ensuite l'auteur nous projette dix plus tôt. 1934, Marie-Laure est devenue aveugle. Son père serrurier au Muséum d'Histoire Naturelle lui fabrique une maquette du quartier car elle doit pouvoir malgré son handicap se repérer dans une rue. Werner et sa petite soeur Jutta sont orphelins. Le destin de Werner est déjà tout tracé : à quinze ans, il devra aller travailler à la mine comme son père. Mais Werner est passionné et doué pour les transmissions. Son don le fera remarquer et il intègrera une école d'élites. En 1940, Marie-Laure et son père quitteront Paris pour se réfugier à Saint-Malo. Ce qui ne devait qu'être qu'une question de semaines se transformera en années.
Basé sur des flash-backs entre présent et passé judicieusement placés dans le récit, et avec une écriture aux phrases courtes et sans fioritures, il est difficile de ne pas être ferré par ce roman. De plus, l'auteur distille des interrogations sur l'avenir de ses deux personnages que le contexte oppose.
Sans aucun doute, il s'agit d'un page-turner efficace (même si à force la répétition de la construction se fait sentir) mais j'en attendais plus.
Si j'ai été prise dans les mailles de l'histoire, je suis un peu déçue (forcément). Car je n'ai pas vibré, je n'ai pas relu une phrase pour sa beauté, mes yeux n'ont pas abrité de poissons d'eau de bonheur malgré la luminosité qu'il dégage.
Quelques fois, plusieurs journées s'écoulent après une première transmission avant de capter la suivante. Cela représente un problème à résoudre, quelque chose à méditer : c'est mieux, assurément, que de combattre dans une tranchée glaciale et qui empeste, infectée de poux, comme en leur temps les vieux instructeurs qu'il avait à l'école, les rescapés de la Grande Guerre. C'est plus propre, plus mécanique, une guerre qui se livre dans les airs de façon invisible, et les lignes du front sont n'importe où. N'y a-t-il pas du plaisir dans cette chasse?
Les billets de Jérôme (avec qui nous somme sur la même longueur d'ondes),Mimi a eu du plaisir à le lire, Miss Alfie pour qui c'est un coup de cœur.
lundi 25 mai 2015
samedi 23 mai 2015
Joyce Maynard - Prête à tout
Editeur : Philippe Rey - Traduit de l'anglais (Etats-unis) par Jean Esch - Date de parution : mai 2015 (date de première parution : 1995) - 332 pages et une réussite !
Suzanne s'est mariée à Larry un jeune homme travailleur, franc et fou amoureux d'elle. Un couple heureux aux yeux de tous, : Larry ne manque jamais une occasion de couvrir déloges son épouse, une charmante maison avec un intérieur digne d'un magasin de décoration car Suzanne ne laisse jamais rien au détail. Depuis qu'elle est toute petite, elle fait l'admiration de ses parents par son charme. Déterminée dans tout ce qu'elle entreprend, Suzanne s'est mise en tête très jeune de devenir présentatrice de télé et de devenir célèbre. Et elle s'accroche toujours à ce but. Embauchée par une petite chaîne locale comme secrétaire, elle veut passer à l'écran. Elle propose à son patron de réaliser sur son temps libre un reportage sur les jeunes où ils aborderont différents thèmes. Et il accepte. C'est ainsi que Jimmy, Hans et Lydia, trois jeunes aux situations familiales difficiles deviennent ses interlocuteurs. Un soir, elle retrouve le corps de Larry sans vie. Tout porte à croire à un cambriolage qui a mal tourné. Mais Suzanne apparaît rapidement comme une suspecte aux yeux de la police.
Ce roman choral alterne les témoignages, les points de vue et les pensées des protagonistes mais également des personnages secondaires (les parents de Suzanne, sa sœur, son patron, les amis de Larry, les trois adolescents ou leurs familles). Et quelquefois Suzanne apparaît bien loin de son image d'épouse bien sage de côté. Mais là où elle excelle c'est dans la manipulation. Calculatrice, dotée d'un sang-froid incroyable, avide de gloire et dévouée au culte de l'apparence, on se demande qui se cache vraiment à travers ces différentes facettes de Suzanne qui nous sont dévoilées.
Joyce Maynard se glisse avec psychologie dans la peau de chacun des personnages qui représente à eux tous la société américaine. Mais il s'agit également d'un roman implacable sur la place de la télévision et des images, des idées qu'elle renvoie ou qu'elle véhicule.
Très bien mené et prenant, ce roman est une réussite totale !
Elle a suivi mes cours de claquettes pendant trois ou quatre ans, mais quand elles atteignent les treize ans, ça ne les intéresse plus. Suzanne est passée dans ma classe de mannequins au lycée. Elle n'aurait jamais pu aller très loin dans cette branche, à cause de sa petite taille. Mais comme elle me le disait, peu importe ce que vous faites dans la vie, l'important c'est d'offrir une belle image de soi.
Selon moi, tout ce que font les gens à travers le monde, c'est pour avoir un public, pour que quelqu'un les voit.
Lu de cette auteure : Baby love - Et devant moi, le monde - L'homme de la montagne - Les filles de l'ouragan - Long week-end - Une adolescence américaine
Suzanne s'est mariée à Larry un jeune homme travailleur, franc et fou amoureux d'elle. Un couple heureux aux yeux de tous, : Larry ne manque jamais une occasion de couvrir déloges son épouse, une charmante maison avec un intérieur digne d'un magasin de décoration car Suzanne ne laisse jamais rien au détail. Depuis qu'elle est toute petite, elle fait l'admiration de ses parents par son charme. Déterminée dans tout ce qu'elle entreprend, Suzanne s'est mise en tête très jeune de devenir présentatrice de télé et de devenir célèbre. Et elle s'accroche toujours à ce but. Embauchée par une petite chaîne locale comme secrétaire, elle veut passer à l'écran. Elle propose à son patron de réaliser sur son temps libre un reportage sur les jeunes où ils aborderont différents thèmes. Et il accepte. C'est ainsi que Jimmy, Hans et Lydia, trois jeunes aux situations familiales difficiles deviennent ses interlocuteurs. Un soir, elle retrouve le corps de Larry sans vie. Tout porte à croire à un cambriolage qui a mal tourné. Mais Suzanne apparaît rapidement comme une suspecte aux yeux de la police.
Ce roman choral alterne les témoignages, les points de vue et les pensées des protagonistes mais également des personnages secondaires (les parents de Suzanne, sa sœur, son patron, les amis de Larry, les trois adolescents ou leurs familles). Et quelquefois Suzanne apparaît bien loin de son image d'épouse bien sage de côté. Mais là où elle excelle c'est dans la manipulation. Calculatrice, dotée d'un sang-froid incroyable, avide de gloire et dévouée au culte de l'apparence, on se demande qui se cache vraiment à travers ces différentes facettes de Suzanne qui nous sont dévoilées.
Joyce Maynard se glisse avec psychologie dans la peau de chacun des personnages qui représente à eux tous la société américaine. Mais il s'agit également d'un roman implacable sur la place de la télévision et des images, des idées qu'elle renvoie ou qu'elle véhicule.
Très bien mené et prenant, ce roman est une réussite totale !
Elle a suivi mes cours de claquettes pendant trois ou quatre ans, mais quand elles atteignent les treize ans, ça ne les intéresse plus. Suzanne est passée dans ma classe de mannequins au lycée. Elle n'aurait jamais pu aller très loin dans cette branche, à cause de sa petite taille. Mais comme elle me le disait, peu importe ce que vous faites dans la vie, l'important c'est d'offrir une belle image de soi.
Selon moi, tout ce que font les gens à travers le monde, c'est pour avoir un public, pour que quelqu'un les voit.
Lu de cette auteure : Baby love - Et devant moi, le monde - L'homme de la montagne - Les filles de l'ouragan - Long week-end - Une adolescence américaine
jeudi 21 mai 2015
Cécile Coulon - Le cœur du pélican
Éditeur : Viviane Hamy Date de parution : Janvier 2015 - 237 pages percutantes et puissantes !
Suite à un déménagement, Anthime un adolescent assez réservé et très proche de sa sœur Helena se retrouve avec sa famille dans une ville de province. Ils ne connaissent personne et pour être accepté par les autres adolescents, il participe à un jeu de quartier où il doit courir le plus vite. Il gagne et obtient en retour du respect. S'il ne demandait qu'à être tranquille, la vitesse de ses jambes l'a précédée. Anthime est repéré par l'entraîneur du lycée qui voit en lui un futur champion. Joanna une voisine l'épie en secret et en est déjà amoureuse. Viennent les entraînements. Courir encore plus rapidement, s'améliorer, corriger ses défauts et lors d'un championnat national, Anthime s'effondre. Une douleur à une jambe le fait tomber et les ailes du pélican sont brisées. Les rêves de gloire et de coureur professionnel sont rangés au placard.
Vingt années ont passé. Alors que son cœur battait pour Béatrice, Anthime s'est marié sans amour à Joanna ("Joanna a sauvé Anthime de son échec, Antime a sauvé Joanna de sa timidité. ils se doivent tout; pourtant, ils ne se sont rien donnés"). Il n'a jamais osé avouer son amour à Béatrice, l'image du perdant s'étant imposée à lui. Il "subit" sa vie jusqu'au jour où par hasard, il revoit des anciens camarades de classe qui le narguent. Le svelte sportif du passé a laissé place à un homme de quarante ans qui s'est laissé grossir. Anthime décide de se remettre à courir, partir de chez lui et gagner. Mais gagner contre qui ou contre quoi ?
Sa rage et ses frustrations sont son moteur. Aidé par sa sœur, Anthime se lance dans sa propre course pour montrer à ceux qui croyaient en lui qu'il est toujours là. Courir pour gommer ces vingt ans de vie monotone et bâclée. Sauf qu'Anthime n'a pas compris ou s'est menti sur le fait que l'on peut tomber, et que le but n'est pas de gagner mais de savoir se relever.
Les phrases claquent et résonnent ! Et Cécile Coulon gratte, décortique, explore les blessures, les échecs d'une vie. Ca percute, c'est incisif et l'auteure n'a pas peur de bousculer son lecteur.
Le choix d'une narration multiple nous permet d'être au plus près des non-dits, des remords et des aspirations des personnages. Puissant et percutant !
Le monde ne comprendra jamais que les grand hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n'abandonnent pas quand ils ont perdu.
Dans ce pays, à la foi si proche et si lointain de ses préoccupations quotidiennes, les enfants, les adolescents, les jeunes filles punaisaient des posters à son effigie aux murs de leurs chambres, aux tableaux des garages, des ateliers, à l'intérieur des casiers des collèges et des lycées. Bouche bée, le visage englouti par les ombres que la nuit remuait à travers les stores, Anthime se voyait dans toute la splendeur de l'homme qu'il avait entrepris d'incarner. Le torse de papier glacé déployait ses ailes invisibles, comme le font les hommes forts, car ils ne peuvent s'élever sans fracas; et leur colère, fulgurance de larmes et de souvenirs, est une épée sans fourreau, la dernière pelletée de terre sur le cercueil de la gloire.
Les billets (et des avis variés) d'Alex, Ariane, Gwénaëlle, Motspourmots
Lu de cette auteure : Le roi n'a pas sommeil
Suite à un déménagement, Anthime un adolescent assez réservé et très proche de sa sœur Helena se retrouve avec sa famille dans une ville de province. Ils ne connaissent personne et pour être accepté par les autres adolescents, il participe à un jeu de quartier où il doit courir le plus vite. Il gagne et obtient en retour du respect. S'il ne demandait qu'à être tranquille, la vitesse de ses jambes l'a précédée. Anthime est repéré par l'entraîneur du lycée qui voit en lui un futur champion. Joanna une voisine l'épie en secret et en est déjà amoureuse. Viennent les entraînements. Courir encore plus rapidement, s'améliorer, corriger ses défauts et lors d'un championnat national, Anthime s'effondre. Une douleur à une jambe le fait tomber et les ailes du pélican sont brisées. Les rêves de gloire et de coureur professionnel sont rangés au placard.
Vingt années ont passé. Alors que son cœur battait pour Béatrice, Anthime s'est marié sans amour à Joanna ("Joanna a sauvé Anthime de son échec, Antime a sauvé Joanna de sa timidité. ils se doivent tout; pourtant, ils ne se sont rien donnés"). Il n'a jamais osé avouer son amour à Béatrice, l'image du perdant s'étant imposée à lui. Il "subit" sa vie jusqu'au jour où par hasard, il revoit des anciens camarades de classe qui le narguent. Le svelte sportif du passé a laissé place à un homme de quarante ans qui s'est laissé grossir. Anthime décide de se remettre à courir, partir de chez lui et gagner. Mais gagner contre qui ou contre quoi ?
Sa rage et ses frustrations sont son moteur. Aidé par sa sœur, Anthime se lance dans sa propre course pour montrer à ceux qui croyaient en lui qu'il est toujours là. Courir pour gommer ces vingt ans de vie monotone et bâclée. Sauf qu'Anthime n'a pas compris ou s'est menti sur le fait que l'on peut tomber, et que le but n'est pas de gagner mais de savoir se relever.
Les phrases claquent et résonnent ! Et Cécile Coulon gratte, décortique, explore les blessures, les échecs d'une vie. Ca percute, c'est incisif et l'auteure n'a pas peur de bousculer son lecteur.
Le choix d'une narration multiple nous permet d'être au plus près des non-dits, des remords et des aspirations des personnages. Puissant et percutant !
Le monde ne comprendra jamais que les grand hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n'abandonnent pas quand ils ont perdu.
Dans ce pays, à la foi si proche et si lointain de ses préoccupations quotidiennes, les enfants, les adolescents, les jeunes filles punaisaient des posters à son effigie aux murs de leurs chambres, aux tableaux des garages, des ateliers, à l'intérieur des casiers des collèges et des lycées. Bouche bée, le visage englouti par les ombres que la nuit remuait à travers les stores, Anthime se voyait dans toute la splendeur de l'homme qu'il avait entrepris d'incarner. Le torse de papier glacé déployait ses ailes invisibles, comme le font les hommes forts, car ils ne peuvent s'élever sans fracas; et leur colère, fulgurance de larmes et de souvenirs, est une épée sans fourreau, la dernière pelletée de terre sur le cercueil de la gloire.
Les billets (et des avis variés) d'Alex, Ariane, Gwénaëlle, Motspourmots
Lu de cette auteure : Le roi n'a pas sommeil
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