samedi 30 mai 2015
E.J. Levy - L'amour, en théorie
Éditeur : Rivages - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy - Date de parution : Mai 2015 -286 pages et un livre hérisson !
Ah l'amour, on croit souvent à tort avoir tout (ou trop) lu sur sur ce sujet qui fait chavirer les cœurs. Dans ces nouvelles qui sont des instantanés de vie, Cupidon a déserté sans prévenir gare ou n'a pas daigné se pencher sur certains. Adultères, mensonges, l'envie de passer le reste de sa vie en compagnie de Dieu ou tout simplement l'idée de l'amour qui dans un couple diffère ou est perçue différemment avec le temps qui passe. Et bien entendu, les personnages sont cette moitié du couple qui reste seule mais avec leur environnement proche amis et/ou famille et ce qui fait la vie. Alors comment appliquer la théorie la plus simple (on se rencontre, on apprend à se connaître, on s'aime, on s'installe ensemble et on est heureux pour le restant de ses jours) quand le rêve s'est écroulé. Ce qui pourrait tourner au pathos ou à la sinistrose aiguë révèle des situations où justement on est surpris et ferré. Les personnages semblent proches de nous, on les cerne et on arrive à les comprendre.
Ces nouvelles par leur construction, le sens de l'observation et par les réflexions émoustillent l'esprit. Ajoutez-y une écriture ( et donc une traduction fluide) qui est un délice, un humour aiguisé, du pur plaisir !
C'est une chose de reconnaître que la perception joue un rôle dans notre relation aux autres, c'en est une autre de nier la possibilité de la transcendance. "L'amour est une histoire de transcendance, a affirmé Lisa. Dire "Je t'aime", c'est dépasser son narcissisme, tout l'intérêt est de se surpasser, de dire que c'est toi que j'aime". Mais elle a fini par capituler. Elle savait que ses parents non plus ne connaissaient pas cette sorte d'amour. Elle non plus.
Autrefois, les révélations de sa mère étaient douloureuses - l'infidélité de son père; le divorce imminent; la fois où ( après le départ de June pour la fac) sa mère a donné toutes ses affaires d'enfance à une organisation caritative. " on n'est jeune qu'une fois", avait raisonné sa mère, sous-entendant que June n'aurait plus besoin de ses jouets, mais parfois, June se demande si elle a jamais été jeune."J'envisage d'avoir des enfants", avait dit June dans l'espoir de blesser sa mère. " Mais non", avait rétorqué cette dernière en riant. Et, comme toujours, elle avait raison. June ne s'imagine pas du tout avoir des enfants. Avoir une mère lui suffit.
Les billets de Cathulu, Cuné
jeudi 28 mai 2015
Anise Postel-Vinay, Laure Adler - Vivre
Éditeur : Grasset - Date de parution : Avril 2015 - 122 pages à lire absolument !
Nous étions bien décidés à faire quelque chose contre l'occupant, mais quoi ? Comment ? Avec qui ? De temps en temps nous parvenions à mettre la main sur des tracts, ils n'étaient évidemment jamais signés, il n'y avait pas d'adresse : il était impossible de remonter de filière pour entrer en contact avec des personnes actives. C'était très difficile de pénétrer les réseaux de la Résistance. D'ailleurs, lorsque j'ai commencé on m' a bien précisé qu'il ne fallait parler à personne de ce que je faisais.
Alors qu'elle n'est qu'une adolescente, Anise Postel-Vinay n'a qu'un idée en tête celle d'aider contre l'occupant. Arrêtée un après par la Gestapo en 1942, elle est emprisonnée durant une année entière à Paris. Puis, elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne à l'âge de vingt ans. Dans le train qui l'y conduit, elle fait la connaissance de Germaine Tillion. A Ravensbrück, elles seront toujours très proches. Et Anise Postel-Vinay raconte : la peur, la solidarité extraordinaire entre ces femmes (" sans cette solidarité, vous dépérissiez toit de suite") et l'horreur. La libération du camp, le retour en France, la joie de retrouver son père qui lui fut aussi arrêté, la douleur d'apprendre la mort de sa sœur tuée par les Allemands et ce constat qui fait mal " nous rentrions dans un pays qui était libéré depuis longtemps, qui ne pensait plus à ses prisonniers".
Elle et germaine Tillion gardent contact, effrayées pas des propos tenus en 1970 sur la non existence des chambres à gaz. Avec quelques camarades, elle ont entrepris de prouver leur existence même si les preuves ont été détruites.
Hier, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz entraient au Panthéon. Deux femmes qu'elle a connues et elle a toujours cette affection très grande pour Germaine Tillion. Mais Anise Postel-Vinay fait ce constat terrible : "Je ne peux m'empêcher de me sentir assez pessimiste : j'ai le sentiment que la transmission de cette infâme histoire du nazisme devient très compliquée, que l'antisémitisme ressurgit".
Ecrit avec dignité, ce témoignage ne verse dans aucun pathos, elle nous livre les faits même s'ils font très mal.
A lire car chacun de ces témoignages est une pierre qui s'ajoute au devoir de mémoire pour ne pas oublier et surtout pour être vigilant.
Le billet de Leiloona
Nous étions bien décidés à faire quelque chose contre l'occupant, mais quoi ? Comment ? Avec qui ? De temps en temps nous parvenions à mettre la main sur des tracts, ils n'étaient évidemment jamais signés, il n'y avait pas d'adresse : il était impossible de remonter de filière pour entrer en contact avec des personnes actives. C'était très difficile de pénétrer les réseaux de la Résistance. D'ailleurs, lorsque j'ai commencé on m' a bien précisé qu'il ne fallait parler à personne de ce que je faisais.
Alors qu'elle n'est qu'une adolescente, Anise Postel-Vinay n'a qu'un idée en tête celle d'aider contre l'occupant. Arrêtée un après par la Gestapo en 1942, elle est emprisonnée durant une année entière à Paris. Puis, elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne à l'âge de vingt ans. Dans le train qui l'y conduit, elle fait la connaissance de Germaine Tillion. A Ravensbrück, elles seront toujours très proches. Et Anise Postel-Vinay raconte : la peur, la solidarité extraordinaire entre ces femmes (" sans cette solidarité, vous dépérissiez toit de suite") et l'horreur. La libération du camp, le retour en France, la joie de retrouver son père qui lui fut aussi arrêté, la douleur d'apprendre la mort de sa sœur tuée par les Allemands et ce constat qui fait mal " nous rentrions dans un pays qui était libéré depuis longtemps, qui ne pensait plus à ses prisonniers".
Elle et germaine Tillion gardent contact, effrayées pas des propos tenus en 1970 sur la non existence des chambres à gaz. Avec quelques camarades, elle ont entrepris de prouver leur existence même si les preuves ont été détruites.
Hier, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz entraient au Panthéon. Deux femmes qu'elle a connues et elle a toujours cette affection très grande pour Germaine Tillion. Mais Anise Postel-Vinay fait ce constat terrible : "Je ne peux m'empêcher de me sentir assez pessimiste : j'ai le sentiment que la transmission de cette infâme histoire du nazisme devient très compliquée, que l'antisémitisme ressurgit".
Ecrit avec dignité, ce témoignage ne verse dans aucun pathos, elle nous livre les faits même s'ils font très mal.
A lire car chacun de ces témoignages est une pierre qui s'ajoute au devoir de mémoire pour ne pas oublier et surtout pour être vigilant.
Le billet de Leiloona
mardi 26 mai 2015
Véronique Mougin - Pour vous servir
Éditeur : Flammarion - Date de parution : Mai 2015 - 360 pages et un avis mitigé...
Le restaurant de Françoise et de son mari est placé en liquidation judiciaire car Michel a vu grand, trop grand. Pour éponger les dettes, ils répondent à une annonce où l'on cherche un homme à tout faire et une gouvernante. Michel voit rouge, ronge son frein (et se noie souvent dans l'alcool) mais pour Françoise, ils n'ont pas le choix. Un emploi rémunéré avec un logement de fonction gratuit est idéal pour eux.
Voilà, comment ce couple met les pieds dans une sorte de quatrième dimension parallèle. Un monde où vivent de très, très riches personnes et où Françoise est gouvernante. Des employeurs qui ont des manies, des défauts, qui considèrent souvent le personnel de façon assez édifiante. Et on retrouve dans ce livre les différents employeurs (sous de faux noms bien entendu) chez qui Françoise a travaillé. Pas de 35 heures, des week-ends travaillés et surtout affronter au quotidien les caprices et les exigences de ce monde qui baigne dans le luxe.
Alors, il y a des situations souvent drôles qui nous sont racontées : " Ainsi ai-je dû dévoiler à Madame les rouages du système scolaire public hexagonal, les subtilités de l'emprunt en bibliothèque municipale et les clés d'un ravitaillement efficace au supermarché. -Vous manœuvrez un chariot en acier dans différentes allées, selon un itinéraire prédéterminé, ah oiiiiiii?" Les personnes de cette quatrième dimension ne connaissent rien (ou presque) de notre monde. Entre la description de chaque nouvel employeur, l'auteur a intégré des petites leçons qui mettent le sourire aux lèvres ( même s'il est jaune) "Recevoir est le métier principal de nos patrons. A partir d'un certain niveau de fortune, il y a toujours des liens à tisser, des invitations à rendre, des amitiés à approfondir, des connaissances à faire, des mariages à fêter, des contrats à signer, un rang à tenir. Et ça fait beaucoup de vaisselle." Et quand le personnel demande une augmentation de salaire ou un logement de fonction décent, souvent, les employeurs font la sourde oreille. Mais il y aussi le personnel qui ne dit mot, qui respecte les titres ronflants des patrons et aiment les petites guerres internes.
Ce roman se lit très facilement mais arrivée à la moitié du livre, j'ai commencé à me lasser avec cette impression de déjà lu. Servi par un ton ironique (mais jamais avec de méchancetés gratuites), cette lecture est divertissante mais sans plus. Ne rien montrer de la fatigue, serrer les dents, se plier aux quatre volontés de ses employeurs et se taire même quand elle est considérée comme une bonne à rien. Françoise a bien du mérite. Et c'est dommage que cet aspect ne soit pas plus développé (jusqu'où peut-on aller pour gagner un salaire et comment ces employeurs usent leur personnel sans aucun remord). Pour ce qui est relaté, il faudrait être né de la dernière pluie pour imaginer que dans un monde où l'argent est roi et coule à flots, que certaines valeurs existent.
Une lecture en partenariat avec Babelio.
Le restaurant de Françoise et de son mari est placé en liquidation judiciaire car Michel a vu grand, trop grand. Pour éponger les dettes, ils répondent à une annonce où l'on cherche un homme à tout faire et une gouvernante. Michel voit rouge, ronge son frein (et se noie souvent dans l'alcool) mais pour Françoise, ils n'ont pas le choix. Un emploi rémunéré avec un logement de fonction gratuit est idéal pour eux.
Voilà, comment ce couple met les pieds dans une sorte de quatrième dimension parallèle. Un monde où vivent de très, très riches personnes et où Françoise est gouvernante. Des employeurs qui ont des manies, des défauts, qui considèrent souvent le personnel de façon assez édifiante. Et on retrouve dans ce livre les différents employeurs (sous de faux noms bien entendu) chez qui Françoise a travaillé. Pas de 35 heures, des week-ends travaillés et surtout affronter au quotidien les caprices et les exigences de ce monde qui baigne dans le luxe.
Alors, il y a des situations souvent drôles qui nous sont racontées : " Ainsi ai-je dû dévoiler à Madame les rouages du système scolaire public hexagonal, les subtilités de l'emprunt en bibliothèque municipale et les clés d'un ravitaillement efficace au supermarché. -Vous manœuvrez un chariot en acier dans différentes allées, selon un itinéraire prédéterminé, ah oiiiiiii?" Les personnes de cette quatrième dimension ne connaissent rien (ou presque) de notre monde. Entre la description de chaque nouvel employeur, l'auteur a intégré des petites leçons qui mettent le sourire aux lèvres ( même s'il est jaune) "Recevoir est le métier principal de nos patrons. A partir d'un certain niveau de fortune, il y a toujours des liens à tisser, des invitations à rendre, des amitiés à approfondir, des connaissances à faire, des mariages à fêter, des contrats à signer, un rang à tenir. Et ça fait beaucoup de vaisselle." Et quand le personnel demande une augmentation de salaire ou un logement de fonction décent, souvent, les employeurs font la sourde oreille. Mais il y aussi le personnel qui ne dit mot, qui respecte les titres ronflants des patrons et aiment les petites guerres internes.
Ce roman se lit très facilement mais arrivée à la moitié du livre, j'ai commencé à me lasser avec cette impression de déjà lu. Servi par un ton ironique (mais jamais avec de méchancetés gratuites), cette lecture est divertissante mais sans plus. Ne rien montrer de la fatigue, serrer les dents, se plier aux quatre volontés de ses employeurs et se taire même quand elle est considérée comme une bonne à rien. Françoise a bien du mérite. Et c'est dommage que cet aspect ne soit pas plus développé (jusqu'où peut-on aller pour gagner un salaire et comment ces employeurs usent leur personnel sans aucun remord). Pour ce qui est relaté, il faudrait être né de la dernière pluie pour imaginer que dans un monde où l'argent est roi et coule à flots, que certaines valeurs existent.
Une lecture en partenariat avec Babelio.
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