jeudi 11 juin 2015

Virginie Despentes - Vernon Subutex Tome 2

Éditeur : Grasset - Date de parution : Juin 2015 - 383 pages complètement addictives et géniales!

A la fin du tome 1, Vernon Subutex après avoir squatté à gauche et à droite était recherché par diverses personnes. L'ancien disquaire ne s'était pas fait que des amis. En plus, il possède des enregistrements très convoités d’une interview d’Alex Bleach une rock-star qui s'est suicidée.
Vernon se retrouve à la rue comme un SDF. Ses anciens amis ou connaissances essaient de le localiser dans Paris tout comme La Hyène. Et elle réussit à récupérer les enregistrements. Au lieu de les rendre à son commanditaire et d'empocher le pactole, elle décide de les faire visionner à Vernon et à la petite douzaine de personnes qui gravitent autour de lui. Et ces cassettes  vont leur faire découvrir beaucoup de choses (pour connaître le contenu des enregistrements, lisez le livre). Installé  au parc des Buttes-Chaumont, Vernon décline les propositions d'hébergement des uns ou des autres. Il dort sous une tente près d'une voix ferrée désaffectée, un lieu trouvé par Laurent jeune SDF. Tous les jours, tout ce petit monde revient le voir. Pourtant, il n'a rien de "spécial".

Des les premières pages, ça commence fort, très fort : Mais les mecs sont tous devenus identiques, on dirait qu'ils prennent des cours du soir pour se ressembler le plus possible. Si on ouvrait le cerveau de Laurent en deux pour lui regarder la mécanique, on y trouverait strictement le même arsenal de conneries que dans celui du cadre sup en détresse qui fait ses abdos à côté d’eux : des petites poulettes ultra light, de la verroterie Rolex et une grosse maison sur la plage. Que des rêves de connard.
Ici, Vernon n'est  pas au centre de l'histoire même s'il est le trait d'union entre toutes ces personnes.
C'est à eux que Virginie Despentes s'intéresse. D'Aïcha âgée de vingt ans à Charles qui doit avoir presque soixante-dix ans, ils sont SDF, ouvrier, retraité, professeur, secrétaire, chômeur, serveuse ou étudiante. Et, pris à part, ils ont tous leur propre histoire, leurs désillusions, pour certains la rancune de végéter sur le plan professionnel, d'avoir du mal à joindre les deux bouts ou pour d'autres de vivre confortablement. Bref, un véritable échantillon de notre société. Mais l'auteure ne s'arrête pas là et bien heureusement. Car Virginie Despentes appelle un chat un chat et ne prend pas de gants pour radiographier la France d'aujourd'hui tout en y incluant la politique, les questions de société. Des déçus de la gauche aux défenseurs de la laïcité, elle gratte et vise juste.
Avec tous ces personnages et leurs singularités, elle tisse autour de Vernon une sorte de communauté. Non pas qu'il soit devenu sorte de gourou (même si le bruit circule que si), il mixe de temps en temps dans un bar pour ses amis.

Des personnages fouillés, décortiqués dont elle nous livres les idées et les pensées. Ca pulse, ça vibre, ça interpelle et c'est direct ! L'hypocrisie et les faux-semblants sont démasqués, on ressent la colère et cette envie qu'ils aimeraient penser que peut-être tout est encore possible au fond.
Une chronique sociale complètement en phase avec notre époque, réaliste et terriblement addictive ! Ce second tome que j'ai dévoré est encore meilleur que le premier et vivement la suite ! 

La docilité, de part et d'autres, c'est ce qu'on attend de l'Arabe – il se soumet à la barbarie des siens ou à la violence de l'État français, peu importe, pourvu qu'il renonce à sa dignité pleine. Et derrière l'Arabe, c'est le précaire qu'on vise  : ce que ses collègues de gauche réclament, au fond, c'est que le plus démuni apprenne à souffrir en silence. 
À travers sa fille, Sélim récupère son statut d'enfant d'immigré  : il est placé devant une double injonction réalisable. Il est écartelé. Il refuse d'accepter le choix d'Aïcha autant qu'il refuse de le condamner avec ceux qui n'ont pas subi ce qu'elle subit. 
Il a aimé ce pays, à la folie. Son école, ses rues propres,  son réseau ferroviaire, son orthographe impossible, ses vignobles, ses philosophes, sa littérature et ses institutions. Mais autour de lui, les Français n'habitent plus la France qui l'a enchanté. Ils souffrent.

mercredi 10 juin 2015

Caroline Deyns - Perdu, le jour où nous n'avons pas dansé

Éditeur : Philippe Rey - Date de parution : Mai 2015 - 349 pages dévorées !

D'Isadora Duncan , on connaît généralement celle qui révolutionna la danse en la débarrassant d'une technicité rigide mais en lui apportant de la spontanéité, ou encore celle dont l'existence sera brisée par le châle qu'elle portait au cou, piégé sous les roues de la voiture de son dernier amant.
Très jeune, Isadora danse et sa mère l'y encourage, elle qui élève seule ses quatre enfants. Si l'école de danse la rejette, qu'importe, elle continue. Déterminée, Isadora conquiert et étonne son public par ses tenues faites de voiles translucides, par l'harmonie du corps. Elle devient la coqueluche des salons et enfin le succès lui sourit. Tout le monde la veut et la réclame. Mais Isadora est un tourbillon et la spontanéité de sa danse se retrouve dans son comportement. Riche ou pauvre, généreuse car l'argent ne signifie rien pour elle, aimante passionnée, déraisonnable, imprévisible et insaisissable, éprise de liberté, s'enflammant pour des idéaux, son corps réclame la danse et la danse est son corps. La mort de ses enfants la plongera dans l'abîme de l'alcool. Blessée à tout jamais, elle cherche à faire taire sa douleur. Adulée ou délaissée, la danse sera toujours son moteur.

De l'Amérique à la Grèce en passant par la France, la Russie, on suit cette femme hors du commun pour qui le destin le sera également. On est pris dans la frénésie de l'histoire la danseuse et de la femme. A travers l'écriture de Caroline Deyns, la danse d'Isadora apparaît sous nos yeux et nous entraîne avec elle tout comme sa vie.
Un hymne à cette femme qui a toujours rejeté les convenances, la bienséance et ne s'est jamais soucié des qu'en-dira-t-on . Cette personnalité ne pouvait forcément que me séduire. L'écriture de Caroline Deyns, poétique mais aussi joueuse, colle parfaitement à ce roman que j'ai dévoré ! Et on ressent toute  l'empathie de l'auteure pour celle qui s'est inscrite dans l'Histoire.

Quand on lui demande quels sont ses maîtres à  danser, elle répond Whitman, le Rousseau de l'Emile. Et Nietzsche  : "Et que l'on estime perdue toute journée où l'on n'a pas au moins une fois dansé". Cette phrase lui plaît tant qu'elle en remplit les pages d'un cahier.

Le billet de Gwen

Lu de cette auteure : Tour de plume

lundi 8 juin 2015

Cynthia Bond - Ruby

Éditeur : Bourgois - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Kiéfé - Date de parution : Mai 2015 - 410 pages et un avis mitigé

Liberty petit ville du Texas a vu grandir Ruby. A peinée née, sa mère a déserté pour New-York, voulant quitter cette vie, son enfant lui appelait son viol et l'histoire familiale dramatique. A croire que le malheur est héréditaire, Ruby à six ans est confiée à une dame qui la prostitue. Une enfance brisée et à dix-huit, en 1950, elle part à New-York retrouver sa mère . Sa beauté attise les hommes et elle en fait son commerce.  Mais un télégramme de sa cousine lui demande de revenir en urgence à Liberty.

Ruby âgée de trente ans croyait que beaucoup de choses auraient changé en remettant les pieds à Liberty. La violence et les abus l'ont marquée, tourments qui prennent la forme de fantômes qui la hantent. La femme revenue de New-York sombre peu à peu dans une sorte de sauvagerie proche de la démence. Les hommes de Liberty abusent d'elle à leurs tours. Ephram Jennings ne l'a jamais oubliée. Fils d'un prédicateur lynché et d'une mère internée, élevé par sa sœur bigote, à quarante-trois il continue d'habiter chez elle et de lui obéir. Cet homme bon et candide qui aime en secret Ruby est persuadé de pouvoir lui offrir une vie décente et de la protéger. Mais les croyances profondément ancrées dans cette petite ville sont des barrages.
Si l'auteure nous détaille les histoires de la famille de Ruby et de celle d'Ephram, elle nous révèle l'inacceptable, l'impensable (et ça fait mal, très mal), j'ai trouvé que ce roman prenait du temps à démarrer, à trouver son rythme. Les (longues) pages consacrées au Dybou ( le Diable ou le mal ) et à ses actions comme s'il était personnifié m'ont laissée perplexe. Certaines pages soulèvent le coeur, donnent envie de crier mais on sait que le sceau du malheur ne peut pas se briser.

Ce premier roman aurait gagné en puissance en étant plus structuré car avec une écriture viscérale, Cynthia Bond nous fait valdinguer entre les rites mystiques, le racisme, la rédemption que peut apporter l'amour, la violence, l'amour et la religion.
A découvrir malgré mes bémols! 

Ruby Bell représentait un rappel constant de ce qui risquait d'arriver à toute femme chaussée de talons top hauts. La population de Liberty Township brodait autour d'elle des histoires édifiantes sur le prix du péché et des voyages.Ils la traitaient de folle perdue. De braillarde déchaînée, à moitié nue. Finalement, rien de surprenant pour quelqu'un qui revenait de New-York, estimait la ville.
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