Éditeur : Éditions Gallimard - Date de parution : Février 2015 - 191 belles pages mais un bémol pour la fin
Quatre ans, cinq mois et treize jours. Une mesure de temps qui a basculé à jamais l'histoire d'Adam et d'Anita et de leur fille Laure. Adam est en prison et Laure handicapée.
Adam et Anita se sont rencontrés à vingt ans étudiants à Paris et avec tous les deux ce même sentiment de ne pas être à leur place. Elle originaire de l'île Maurice et lui le provincial. Ils s'aiment et des années plus tard, ils s'installent dans les Landes. Ils rêvaient de mener une vie singulière, unique autour de leurs passions respectives la peinture pour Adam, l'écriture pour Anita. Si Adam est architecte, Anita peine à trouver un emploi dans le journalisme. Leurs rêves et leurs aspirations se sont désagrégés petit à petit par le quotidien et par d'innombrables frontières. Et Anita commence à sombrer doucement, Adam reste impuissant s'enfermant dans son atelier où il peint.
En rencontrant Adèle une Mauricienne sans papiers, leur vie prend un nouveau tournant. Anita retrouve sa joie de vivre et du temps car Adèle s'est s'installée chez eux et s'occupe de Laure. Mais ce qui aurait pu consolider ce couple va tourner au drame et atteindre la folie.
L'écriture de Natacha Appanah est toujours un délice, fluide et précise. Elle analyse avec subtilité ses personnages, met à jour les failles et les faux-semblants, l'image qu'on donne, les amertumes qui s'installent dans le couple. L'auteure nous parle également des conventions sociales et de leur carcan. Et puis, il y a ces passages si justes où les regards de la population locale trahissent l'étonnement à la vision de la peau cuivrée d'Anita.
Mais hélas j'ai trouvé que la fin versait trop dans le mélodramatique et j'ai eu du mal à y croire. Ce sera mon bémol.
Adam est devenu l'architecte des piscines, de centres de conférences, des gymnases et de la bourgeoisie locale. A quel moment a-t-il renoncé à ses rêves de concevoir une église, un musée, un mémorial? S'il ne peignait pas dans le secret de l'atelier, s'il ne pensait plus aux couleurs, aux textures, aux formes, s'il avait consacré son énergie et son ambition à son seul métier, serait-il devenu un autre homme, un autre architecte?
Les billets de Charlotte, Kathel, Laure, Mimi et merci à Cuné!
Lu de cette auteure : La noce d'Anna - Le dernier frère
lundi 27 juillet 2015
vendredi 24 juillet 2015
Sylvie Le Bihan - L'Autre
Éditeur : Points - Date de parution : Avril 2015 - 181 pages déstabilisantes et percutantes.
11 septembre 2011. Emma fait partie des invités d’honneur de la Maison Blanche pour les commémorations des attentats. La jeune femme s'attend à tout moment à être arrêtée, démasquée. A côté des familles des autres victimes, elle se sent une usurpatrice. Pourquoi?
Le roman alterne entre des allers-retours entre présent ( la journée du 11 septembre 2011) et le passé d'Emma. Etudiante en médecine, Emma croquait les hommes et affichait des aventures sans lendemain. Conquérante, libre jamais dominée. Puis, lors d'une année d'études à Londres, elle a rencontré l'Autre. Homme raffiné et avocat d’affaires à la City, il la séduit. Elle tombe dans ses filets et petit à petit, il commence son travail de dévalorisation par des petites remarques. Emma doute d'elle, elle vit sans s'en rendre compte avec un pervers narcissique qui prend plaisir à la rabaisser, à l'humilier mais toujours en privé (puis se confond en excuses et en cadeaux). Elle est sa chose, anéantie sur le plan moral et psychologique.
L'Autre se trouvera au mauvais moment et au mauvais endroit en 2001. Tout comme le mari de Maria invitée elle aussi invitée aux commémorations. Elle se trouve à côté d'Emma et sans le savoir, elles partagent ce sentiment de délivrance. L'histoire de Maria est tout aussi sordide : femme battue par un mari alcoolique. Toutes les deux ont subi une violence différente mais aussi dévastatrice. Et toutes deux portent le poids de la culpabilité d'être en ce jour présentes alors que dix ans plus tôt, elles ont enfin pu respirer car libérées.
Dans ce premier roman, Sylvie Le Bihan dissèque les mécanismes de la maltraitance physique et morale : ses rouages, l'isolement progressif d'Emma et de Maria, la peur et la violence.
Une lecture déstabilisante sur plus d'un point où la pression progresse page après page. Sylvie le Bihan décrit parfaitement avec une écriture qui bouscule et un choix de narration audacieux, l'enfer que certaines femmes vivent. Un premier roman réussi !
Privilégiant l'apparence, il demeurait quelqu'un de parfait aux yeux de votre entourage, mais c'est son discours dans la l'intimité qui changea : des taquineries sur tes ex., tes amis, ton travail, tex vêtements, des allusions, des non-dits et des sous-entendus, puis des remarques plus cinglantes, des regards plus durs, du mépris parfois, une distance froide et ce sentiment qu'il te reprochait quelque chose, mais tu ne savais pas quoi.
Le billet de Séverine
11 septembre 2011. Emma fait partie des invités d’honneur de la Maison Blanche pour les commémorations des attentats. La jeune femme s'attend à tout moment à être arrêtée, démasquée. A côté des familles des autres victimes, elle se sent une usurpatrice. Pourquoi?
Le roman alterne entre des allers-retours entre présent ( la journée du 11 septembre 2011) et le passé d'Emma. Etudiante en médecine, Emma croquait les hommes et affichait des aventures sans lendemain. Conquérante, libre jamais dominée. Puis, lors d'une année d'études à Londres, elle a rencontré l'Autre. Homme raffiné et avocat d’affaires à la City, il la séduit. Elle tombe dans ses filets et petit à petit, il commence son travail de dévalorisation par des petites remarques. Emma doute d'elle, elle vit sans s'en rendre compte avec un pervers narcissique qui prend plaisir à la rabaisser, à l'humilier mais toujours en privé (puis se confond en excuses et en cadeaux). Elle est sa chose, anéantie sur le plan moral et psychologique.
L'Autre se trouvera au mauvais moment et au mauvais endroit en 2001. Tout comme le mari de Maria invitée elle aussi invitée aux commémorations. Elle se trouve à côté d'Emma et sans le savoir, elles partagent ce sentiment de délivrance. L'histoire de Maria est tout aussi sordide : femme battue par un mari alcoolique. Toutes les deux ont subi une violence différente mais aussi dévastatrice. Et toutes deux portent le poids de la culpabilité d'être en ce jour présentes alors que dix ans plus tôt, elles ont enfin pu respirer car libérées.
Dans ce premier roman, Sylvie Le Bihan dissèque les mécanismes de la maltraitance physique et morale : ses rouages, l'isolement progressif d'Emma et de Maria, la peur et la violence.
Une lecture déstabilisante sur plus d'un point où la pression progresse page après page. Sylvie le Bihan décrit parfaitement avec une écriture qui bouscule et un choix de narration audacieux, l'enfer que certaines femmes vivent. Un premier roman réussi !
Privilégiant l'apparence, il demeurait quelqu'un de parfait aux yeux de votre entourage, mais c'est son discours dans la l'intimité qui changea : des taquineries sur tes ex., tes amis, ton travail, tex vêtements, des allusions, des non-dits et des sous-entendus, puis des remarques plus cinglantes, des regards plus durs, du mépris parfois, une distance froide et ce sentiment qu'il te reprochait quelque chose, mais tu ne savais pas quoi.
Le billet de Séverine
jeudi 23 juillet 2015
Flemming Jensen - Imaqa
Éditeur : Éditions Actes Sud - Traduit du danois par Inès Jorgensen - Date de parution : 2012 - 442 pages à ne pas bouder !
Nous sommes dans les années 1970. Martin presque quarantenaire enseignant danois demande sa mutation pour le Groenland. Il cherche l'aventure et son choix se pose sur un petit hameau (appelé un comptoir) du nom de Nunaqarfik. Interdiction formelle de parler la langue locale, utilisation obligatoire de manuels scolaires : les exigences du Ministère sont fermes. Arrivé sur place, il découvre l'immensité du paysage polaire et une communauté soudée, chaleureuse. Même si ses débuts sont un peu difficiles, sa gentillesse lui ouvre bien des portes. Les habitant vivent simplement mais sont heureux, les traditions ancestrales persistent et tout est souvent prétexte a faire la fête. Il se sent bien, il est en phase avec les habitants, la nature et c'est le hic. Car sa mission est d'implanter la langue danoise mais aussi une certaine modernité.
Le dépaysement est garanti car on est immergé dans cette communauté du Groenland et ses coutumes. Entre situations cocasses ou burlesques et des événements dramatiques, Flemming Jensen nous confronte à la vision d'un peuple qui s'étiole et qui risque de perdre son âme, ses racines car gangrené par un mode de vie inadéquat.
Des personnages attachants, de nombreux rebondissements, de l'humour mais aussi des pincements au cœur et surtout un réel humanisme : ce livre fait du bien. Mais il dénonce également les nombreux impacts de colonisation Groenland par le Danemark et soulève de nombreuses questions importantes.
Une lecture à ne pas bouder !
Seulement ce sont souvent les gens qui se trouvent dans une situation dont on ne peut pas se vanter qui justement se vantent. Se vanter n'appartient pas non plus aux valeurs culturelles les plus prisées d'une société de chasseurs.
Aussi lorsque ces hommes qui, selon les normes anciennes, ont connu une brutale déchéance sociale, reviennent dans leur petite communauté et déclarent gagner dix fois plus qu'un grand chasseur, la société est perturbée. Tout est sens dessus dessous et on ne peut plus faire la différence entre bien et mal.
Le billet d'Hélène
Nous sommes dans les années 1970. Martin presque quarantenaire enseignant danois demande sa mutation pour le Groenland. Il cherche l'aventure et son choix se pose sur un petit hameau (appelé un comptoir) du nom de Nunaqarfik. Interdiction formelle de parler la langue locale, utilisation obligatoire de manuels scolaires : les exigences du Ministère sont fermes. Arrivé sur place, il découvre l'immensité du paysage polaire et une communauté soudée, chaleureuse. Même si ses débuts sont un peu difficiles, sa gentillesse lui ouvre bien des portes. Les habitant vivent simplement mais sont heureux, les traditions ancestrales persistent et tout est souvent prétexte a faire la fête. Il se sent bien, il est en phase avec les habitants, la nature et c'est le hic. Car sa mission est d'implanter la langue danoise mais aussi une certaine modernité.
Le dépaysement est garanti car on est immergé dans cette communauté du Groenland et ses coutumes. Entre situations cocasses ou burlesques et des événements dramatiques, Flemming Jensen nous confronte à la vision d'un peuple qui s'étiole et qui risque de perdre son âme, ses racines car gangrené par un mode de vie inadéquat.
Des personnages attachants, de nombreux rebondissements, de l'humour mais aussi des pincements au cœur et surtout un réel humanisme : ce livre fait du bien. Mais il dénonce également les nombreux impacts de colonisation Groenland par le Danemark et soulève de nombreuses questions importantes.
Une lecture à ne pas bouder !
Seulement ce sont souvent les gens qui se trouvent dans une situation dont on ne peut pas se vanter qui justement se vantent. Se vanter n'appartient pas non plus aux valeurs culturelles les plus prisées d'une société de chasseurs.
Aussi lorsque ces hommes qui, selon les normes anciennes, ont connu une brutale déchéance sociale, reviennent dans leur petite communauté et déclarent gagner dix fois plus qu'un grand chasseur, la société est perturbée. Tout est sens dessus dessous et on ne peut plus faire la différence entre bien et mal.
Le billet d'Hélène
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