Éditeur : Les Éditions Noir sur Blanc - Traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson - Date de parution : Avril 2015 - 90 pages qui se lisent en apnée avec une boule dans la gorge.
Alors qu'elle assiste à l'enterrement de son frère, une femme pense à leur enfance. Elle avait douze ans en 1930, sa famille vivait près de la crique de Dimmuvik en Islande. Un paysage où la nature semble hostile et où les terres sont balayées par le vent rude.
En tant qu'aînée, elle est responsable de son frère et de sa sœur. Depuis que l'enfant que portait leur mère est mort, cette dernière s'est réfugiée dans un silence et s'est coupée d'eux. Elle passe ses journées les yeux tournés vers un mur. Leur père croyant s'en remet à Dieu alors que la faim leur tenaille le ventre. Isolés du reste du hameau, elle ou son frère ont la charge d'aller acheter le litre de lait à la ferme la plus proche. C'est ce qui leur permet de tout juste survivre.
Toutes les questions sont liées à Jésus sur la croix, dans la grande pièce. Il répond à toutes. A en juger par mon père. Notre situation ne le fait pas broncher. C'est un mélange inquiétant d'audace et de folie. Mais je n'ai que douze ans et je ne sais pas mettre des mots sur mes raisons. C'est un sentiment. Une crainte. Quelque chose d'animal en moi. C'est l'instinct vital qui parle. Qui crie silencieusement à la fenêtre quand le chien boiteux regarde dans ma direction avant que papa ne l'entraîne dans la bergerie déserte. Il y a parfois simplement trop de bouches à nourrir.
Dans cet extrait, tout est criant de cette vérité qui fait mal et de ce que la fillette a compris. Et le reste du récit est pareil. Pas de fioriture, entre l'âpreté des mots se dessine la misère et ces vies.
Et c'est d'autant plus poignant.
Les billets de Jérôme, Marie-Claude
mercredi 29 juillet 2015
lundi 27 juillet 2015
Natacha Appanah - En attendant demain
Éditeur : Éditions Gallimard - Date de parution : Février 2015 - 191 belles pages mais un bémol pour la fin
Quatre ans, cinq mois et treize jours. Une mesure de temps qui a basculé à jamais l'histoire d'Adam et d'Anita et de leur fille Laure. Adam est en prison et Laure handicapée.
Adam et Anita se sont rencontrés à vingt ans étudiants à Paris et avec tous les deux ce même sentiment de ne pas être à leur place. Elle originaire de l'île Maurice et lui le provincial. Ils s'aiment et des années plus tard, ils s'installent dans les Landes. Ils rêvaient de mener une vie singulière, unique autour de leurs passions respectives la peinture pour Adam, l'écriture pour Anita. Si Adam est architecte, Anita peine à trouver un emploi dans le journalisme. Leurs rêves et leurs aspirations se sont désagrégés petit à petit par le quotidien et par d'innombrables frontières. Et Anita commence à sombrer doucement, Adam reste impuissant s'enfermant dans son atelier où il peint.
En rencontrant Adèle une Mauricienne sans papiers, leur vie prend un nouveau tournant. Anita retrouve sa joie de vivre et du temps car Adèle s'est s'installée chez eux et s'occupe de Laure. Mais ce qui aurait pu consolider ce couple va tourner au drame et atteindre la folie.
L'écriture de Natacha Appanah est toujours un délice, fluide et précise. Elle analyse avec subtilité ses personnages, met à jour les failles et les faux-semblants, l'image qu'on donne, les amertumes qui s'installent dans le couple. L'auteure nous parle également des conventions sociales et de leur carcan. Et puis, il y a ces passages si justes où les regards de la population locale trahissent l'étonnement à la vision de la peau cuivrée d'Anita.
Mais hélas j'ai trouvé que la fin versait trop dans le mélodramatique et j'ai eu du mal à y croire. Ce sera mon bémol.
Adam est devenu l'architecte des piscines, de centres de conférences, des gymnases et de la bourgeoisie locale. A quel moment a-t-il renoncé à ses rêves de concevoir une église, un musée, un mémorial? S'il ne peignait pas dans le secret de l'atelier, s'il ne pensait plus aux couleurs, aux textures, aux formes, s'il avait consacré son énergie et son ambition à son seul métier, serait-il devenu un autre homme, un autre architecte?
Les billets de Charlotte, Kathel, Laure, Mimi et merci à Cuné!
Lu de cette auteure : La noce d'Anna - Le dernier frère
Quatre ans, cinq mois et treize jours. Une mesure de temps qui a basculé à jamais l'histoire d'Adam et d'Anita et de leur fille Laure. Adam est en prison et Laure handicapée.
Adam et Anita se sont rencontrés à vingt ans étudiants à Paris et avec tous les deux ce même sentiment de ne pas être à leur place. Elle originaire de l'île Maurice et lui le provincial. Ils s'aiment et des années plus tard, ils s'installent dans les Landes. Ils rêvaient de mener une vie singulière, unique autour de leurs passions respectives la peinture pour Adam, l'écriture pour Anita. Si Adam est architecte, Anita peine à trouver un emploi dans le journalisme. Leurs rêves et leurs aspirations se sont désagrégés petit à petit par le quotidien et par d'innombrables frontières. Et Anita commence à sombrer doucement, Adam reste impuissant s'enfermant dans son atelier où il peint.
En rencontrant Adèle une Mauricienne sans papiers, leur vie prend un nouveau tournant. Anita retrouve sa joie de vivre et du temps car Adèle s'est s'installée chez eux et s'occupe de Laure. Mais ce qui aurait pu consolider ce couple va tourner au drame et atteindre la folie.
L'écriture de Natacha Appanah est toujours un délice, fluide et précise. Elle analyse avec subtilité ses personnages, met à jour les failles et les faux-semblants, l'image qu'on donne, les amertumes qui s'installent dans le couple. L'auteure nous parle également des conventions sociales et de leur carcan. Et puis, il y a ces passages si justes où les regards de la population locale trahissent l'étonnement à la vision de la peau cuivrée d'Anita.
Mais hélas j'ai trouvé que la fin versait trop dans le mélodramatique et j'ai eu du mal à y croire. Ce sera mon bémol.
Adam est devenu l'architecte des piscines, de centres de conférences, des gymnases et de la bourgeoisie locale. A quel moment a-t-il renoncé à ses rêves de concevoir une église, un musée, un mémorial? S'il ne peignait pas dans le secret de l'atelier, s'il ne pensait plus aux couleurs, aux textures, aux formes, s'il avait consacré son énergie et son ambition à son seul métier, serait-il devenu un autre homme, un autre architecte?
Les billets de Charlotte, Kathel, Laure, Mimi et merci à Cuné!
Lu de cette auteure : La noce d'Anna - Le dernier frère
vendredi 24 juillet 2015
Sylvie Le Bihan - L'Autre
Éditeur : Points - Date de parution : Avril 2015 - 181 pages déstabilisantes et percutantes.
11 septembre 2011. Emma fait partie des invités d’honneur de la Maison Blanche pour les commémorations des attentats. La jeune femme s'attend à tout moment à être arrêtée, démasquée. A côté des familles des autres victimes, elle se sent une usurpatrice. Pourquoi?
Le roman alterne entre des allers-retours entre présent ( la journée du 11 septembre 2011) et le passé d'Emma. Etudiante en médecine, Emma croquait les hommes et affichait des aventures sans lendemain. Conquérante, libre jamais dominée. Puis, lors d'une année d'études à Londres, elle a rencontré l'Autre. Homme raffiné et avocat d’affaires à la City, il la séduit. Elle tombe dans ses filets et petit à petit, il commence son travail de dévalorisation par des petites remarques. Emma doute d'elle, elle vit sans s'en rendre compte avec un pervers narcissique qui prend plaisir à la rabaisser, à l'humilier mais toujours en privé (puis se confond en excuses et en cadeaux). Elle est sa chose, anéantie sur le plan moral et psychologique.
L'Autre se trouvera au mauvais moment et au mauvais endroit en 2001. Tout comme le mari de Maria invitée elle aussi invitée aux commémorations. Elle se trouve à côté d'Emma et sans le savoir, elles partagent ce sentiment de délivrance. L'histoire de Maria est tout aussi sordide : femme battue par un mari alcoolique. Toutes les deux ont subi une violence différente mais aussi dévastatrice. Et toutes deux portent le poids de la culpabilité d'être en ce jour présentes alors que dix ans plus tôt, elles ont enfin pu respirer car libérées.
Dans ce premier roman, Sylvie Le Bihan dissèque les mécanismes de la maltraitance physique et morale : ses rouages, l'isolement progressif d'Emma et de Maria, la peur et la violence.
Une lecture déstabilisante sur plus d'un point où la pression progresse page après page. Sylvie le Bihan décrit parfaitement avec une écriture qui bouscule et un choix de narration audacieux, l'enfer que certaines femmes vivent. Un premier roman réussi !
Privilégiant l'apparence, il demeurait quelqu'un de parfait aux yeux de votre entourage, mais c'est son discours dans la l'intimité qui changea : des taquineries sur tes ex., tes amis, ton travail, tex vêtements, des allusions, des non-dits et des sous-entendus, puis des remarques plus cinglantes, des regards plus durs, du mépris parfois, une distance froide et ce sentiment qu'il te reprochait quelque chose, mais tu ne savais pas quoi.
Le billet de Séverine
11 septembre 2011. Emma fait partie des invités d’honneur de la Maison Blanche pour les commémorations des attentats. La jeune femme s'attend à tout moment à être arrêtée, démasquée. A côté des familles des autres victimes, elle se sent une usurpatrice. Pourquoi?
Le roman alterne entre des allers-retours entre présent ( la journée du 11 septembre 2011) et le passé d'Emma. Etudiante en médecine, Emma croquait les hommes et affichait des aventures sans lendemain. Conquérante, libre jamais dominée. Puis, lors d'une année d'études à Londres, elle a rencontré l'Autre. Homme raffiné et avocat d’affaires à la City, il la séduit. Elle tombe dans ses filets et petit à petit, il commence son travail de dévalorisation par des petites remarques. Emma doute d'elle, elle vit sans s'en rendre compte avec un pervers narcissique qui prend plaisir à la rabaisser, à l'humilier mais toujours en privé (puis se confond en excuses et en cadeaux). Elle est sa chose, anéantie sur le plan moral et psychologique.
L'Autre se trouvera au mauvais moment et au mauvais endroit en 2001. Tout comme le mari de Maria invitée elle aussi invitée aux commémorations. Elle se trouve à côté d'Emma et sans le savoir, elles partagent ce sentiment de délivrance. L'histoire de Maria est tout aussi sordide : femme battue par un mari alcoolique. Toutes les deux ont subi une violence différente mais aussi dévastatrice. Et toutes deux portent le poids de la culpabilité d'être en ce jour présentes alors que dix ans plus tôt, elles ont enfin pu respirer car libérées.
Dans ce premier roman, Sylvie Le Bihan dissèque les mécanismes de la maltraitance physique et morale : ses rouages, l'isolement progressif d'Emma et de Maria, la peur et la violence.
Une lecture déstabilisante sur plus d'un point où la pression progresse page après page. Sylvie le Bihan décrit parfaitement avec une écriture qui bouscule et un choix de narration audacieux, l'enfer que certaines femmes vivent. Un premier roman réussi !
Privilégiant l'apparence, il demeurait quelqu'un de parfait aux yeux de votre entourage, mais c'est son discours dans la l'intimité qui changea : des taquineries sur tes ex., tes amis, ton travail, tex vêtements, des allusions, des non-dits et des sous-entendus, puis des remarques plus cinglantes, des regards plus durs, du mépris parfois, une distance froide et ce sentiment qu'il te reprochait quelque chose, mais tu ne savais pas quoi.
Le billet de Séverine
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