jeudi 10 décembre 2015

Laure Murat - Relire

Editeur : Flammarion - Date de parution : Septembre 2015 - 304 pages ultra passionnantes ! 

Pourquoi relit-on ? A quoi s’apparente la relecture : « répétition, reprise, réinterprétation, redécouverte, refuge » ? Aiguise-t-elle le sens critique, y a t’il du re-plaisir ? Est-ce pour retrouver la personne que l’on était à la première lecture ? La relecture peut être « une opportunité unique pour prendre la mesure de l’écoulement du temps, de la vivacité et de l’obsolescence du souvenir » ou « relire, c’est élire, se créer son propre univers. On relit comme on se construit une personnalité, à l’aide d’identifications répétées, raison pour laquelle, entre autres, l’enfant pratique la relecture avec tant de passion ». Relire est-ce picorer dans un livre déjà lu ou alors le lire encore de la première à la dernière page ? Pour son enquête sur la relecture, Laure Murat a adressé un questionnaire à deux cent personnes qui baignent qui baignent dans le milieu : des auteurs, des traducteurs, des éditeurs, des comédiens, des universitaires, .... .
Dans un premier temps et à partir des réponses, Laure Murat nous livre sa synthèse. Entre autres, on apprend que Proust (à qui une question du questionnaire est consacrée) figure en haut du palmarès de l’auteur le plus relu suivi de Flaubert. Montaigne, Nietzsche et Wool se partagent la troisième position. Mais Laure Murat ne nous fournit pas que des noms, des chiffres et des proportions. Car elle donne les réponses complètes de son questionnaire de quelques uns des interviewés: Annie Ernaux, Céline Minard, Jean Echenoz, Agnès Desarthe et d’autres.
On entre dans l’intimité du rapport à la lecture et c’est un pur régal !

De l’enfance et des livres qui y sont associés, du parcours aux habitudes de lecteur, les interviewés ont souvent apporté des anecdotes et se sont prêtés au jeu des réponses avec franchise. Sans oublier de l’humour avec Philippe Forest ou Eric Chevillard qui à la question se relire répond : « Faire l’archéologie de soi-même ? ». Et une mention spéciale au traducteur Bernard Hoepffner qui m’a décomplexée car comme lui je n’ai jamais lu (et donc relu ) Proust.

Cet essai est ultra passionnant et enrichissant car relire englobe plusieurs facettes (et on peut se retrouver par « fragments » dans certaines des réponses).
Un essai à lire par tous ceux pour qui « La littérature, c’est vivre intensément » (que l’on soit relecteur ou non) !

Les billets de Cuné, Dominique, Keisha

mardi 8 décembre 2015

Je reviens

Après une (énième) grande pause, cet espace est à nouveau actif. Durant ces derniers mois, j'ai pris du temps pour moi car j'en avais besoin ( et j'ai amélioré mes ciseaux en brasse coulée).

Mais j'ai aussi écouté ce que m’ont dit certaines personnes (et je les en remercie). J'ai reçu des mails de lecteurs et tous regrettaient le support du blog. Je ne sais pas ce que c'est un bon blog, je n'ai pas la prétention d'en donner une définition. Chacun gère cet espace comme il le veut.

Comme tout à chacun, j'ai des contraintes et des priorités, une vie (et aussi la natation). Alors je vais tenter de concilier tous ces paramètres à un rythme différent de ce qu'il était. Je suis toujours incapable de savoir ce que je vais lire d'un jour à l'autre, de planifier des chroniques à l'avance, de répondre rapidement aux commentaires, de passer des heures derrière mon ordi ( je fais partie des personnes qui peuvent se passer d'internet quelques jours) mais par contre je sais que je donne toujours mes ressentis avec sincérité. Et je crois que c'est ce qui importe le plus.

Javier Cercas - L'imposteur

Editeur : Actes Sud - Traduit de l'espagnol par : Aleksandar Crujicic et Elisabeth Beyer - Date de parution : Septembre 2015 - 416 pages passionnantes !

Construire une vie entière sur une multiplicité de mensonges, c’est ce qu'a fait Enric Marco jusqu’à ce que la vérité éclate telle une bombe en 2005. Car Enric Marco n’était pas une personne quelconque. Ce vieil homme espagnol s’est forgé un passé glorieux : syndicaliste, fervent opposant au régime franquiste, ancien déporté au camp de Mauthausen en Allemagne (et donc victime) durant la Seconde Guerre mondiale. Il devient même le président de l’Amicale de Mauthausen et consacre tout son temps à témoigner de ce qu’il a vécu et vu à Mauthausen. Sachant manier le verbe et tenir son public dans la main, il est une figure publique de la mémoire. Comment cet homme a-t-il pu embobiner tout le monde ?
Javier Cercas dans ce livre cherche à comprendre, à analyser quelles ont été ses motivations et ses raisons. Il s’est entretenu longuement avec Enric Marco pour rétablir la vérité et faire la lumière sur le passé débarrassé de ce tissu de mensonges.

Ce livre dérange, trouble profondément. L’auteure nous plonge dans le passé sombre du franquisme, met en garde de confondre Histoire et mémoire. Et quand Enric Marco Narcissique, roublard (terme qui revient très souvent) dit que son mensonge a réveillé les Espagnols et notamment la jeunesse pour leur faire prendre conscience de l’horreur du nazisme, ça choque et ça interpelle. Est-ce encore un énième mensonge ? Javier Cercas a su prendre la distance nécessaire pour rétablir les faits. Et il approfondit, va au bout de sa quête. L’Histoire de l’Espagne est toujours présente en toile de fond. Et là où certains se sont tus, ont voulu oublier, Enric Marco dans ses affabulations était un héros. Mais Javier Cercas mène également une réflexion très juste sur la littérature. L’imposteur et le romancier  construisent de la fiction  (il compare Enric Marco à Don Quichotte).

Un livre qu’on ne lâche pas malgré quelques petits défauts dans sa construction : de nombreuses redites qui à la fin deviennent agaçantes et quelques petites longueurs. Mais ces bémols n’enlèvent rien au fait que L’imposteur est une lecture qui marque !

Tout grand mensonge se fabrique avec des petites vérités, en est pétri.

Et si Marco est un romancier, quel genre de romancier est-il ? Il s'avère impossible de donner des réponses à ces questions sans répondre préalablement à une autre question double : Un roman est-il un mensonge ? Une fiction est-elle un mensonge ? 

Ce qui définit Don Quichotte, tout comme ce qui définit Marco ce n'est pas la confusion de la réalité avec les rêves, de la fiction avec la réalité ou du mensonge avec la vérité, mais c'est la volonté de transformer ses rêves en réalité, de convertir le mensonge en vérité et la fiction en réalité.

Les billets de Delphine, Papillon

Lu de cet auteur : A la vitesse de la lumière
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