Editeur : Points - Traduit du suédois par Anna Gibson - Date de parution : 2012 - 593 pages et un coup de coeur !
Je découvre enfin le légendaire Kurt Wallender avec sa dernière enquête. D'Henning Mankell, je n'avais jamais lu de roman policier et c'est un tort car ce livre est un coup de coeur.
Le commissaire Kurt Wallender n’est plus un jeune homme et sa fille Linda est mère pour la première fois. Son compagnon travaille dans la finance et Wallender fait connaissance de ses parents : un ancien officier de la marine et une ancienne professeur d’allemand. Tous deux disparaissent tour à tour et la future belle-mère de sa fille est retrouvée morte.
Si nous sommes plongés dans une enquête où la guerre froide et l’espionnage réapparaissent, il y a beaucoup plus dans ce livre. On découvre à travers Wallander un homme rattrapé par le temps (il a soixante ans) qui se retourne sur son passé. Vie amoureuse, familiale et professionnelle avec des doutes et des interrogations.
Et c’est un commissaire dont le portait est terriblement humain et attachant. Henning Mankell aurait pu offrir une sortie étoilée à Wallender mais il a préféré une fin toute autre qui m’a serrée le coeur.
Un polar hautement maitrisé, de grande qualité et poignant !
Lu de cet auteur : Les chaussures italiennes - Un paradis trompeur
mardi 15 décembre 2015
André Bucher - Déneiger le ciel
Editeur : Sabine Wespieser - Date de parution: Novembre 2015 - 160 belles pages !
« David en général, regrettait que la poésie et la magie n'interfèrent pas davantage dans nos actes. Il aimait regarder et lire. Pour lui, la poésie, c'étaient le feu et la lumière intensifiés sur les sentiments, les faits ordinaires. Un éclat particulier les transformait en biens rares et précieux. Il pensait souvent que malgré cette époque de jeunisme un peu pathétique, toute cette avidité, ce besoin effréné de célébrité ou de reconnaissance, il était encore possible d'accomplir de belles choses à l'écart est dans le silence, sans toutefois en tirer gloire. »
A la lecture de ces quelques lignes, je me suis tout de suite sentie en phase avec David et j’ai eu ce sentiment instinctif que ce livre ne pourrait que me plaire.
Nous sommes à la veille du 24 décembre, David qui s’occupe de déneiger les routes des petites communes en montagne ne pourra pas s’acquitter de sa tâche à cause d’un problème de tracteur A soixante ans, veuf depuis quelques années, il a toujours connu la montagne et c’est lui qui débloque les routes enneigées et permet aux habitants de différents hameaux de ne pas vivre isolés. Sauf qu’Antoine (qui est comme un fils pour lui) le prévient à la dernière minute de son arrivée. Il vient en stop et finira la route à pied. Mais à la nuit tombée, Antoine n’est toujours pas arrivé alors David s’emmitoufle et part à sa rencontre malgré le froid. Ces paysages, ces champs qu’il connait comme sa poche, couverts de neige et dans la nuit, le conduisent à l’introspection, à penser à ceux qui ont compté ou comptent pour lui, mais réveillent également des blessures. Tout au long des kilomètres qu’il va parcourir, il va aider hommes et bêtes.
Un roman où la nature est un personnage à part entière avec une écriture sans fioritures mais poétique, une très belle simplicité qui permet de faire ressortir avec beaucoup de délicatesse les émotions. Un livre dans lequel on se sent bien qui apporte de l’apaisement, du réconfort également. Impossible de ne pas penser à Marie-Hélène Lafon car on ressent chez André Bucher ce même amour de la terre, ce même respect pour les hommes et les femmes qui en vivent. Et les descriptions de ce pays montagneux m'ont remis en mémoire Les adolescents troglodytes d’Emmanuelle Pagano.
Cheminer dans l'obscurité se révélait toujours délicat, au début. Un peu inquiétant. Il fallait assimiler cette noirceur en tant que propriété physique, le temps que la rétine s'habituât. Après quelques minutes on s'adaptait et on parvenait à se mouvoir parmi cette tache aveugle, comme si l'on suivait un départ de piste dans un labyrinthe, qui s'ouvrait subitement.
Un livre repéré chez Cathulu
dimanche 13 décembre 2015
Jon Kalman Stefansson - D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds
Editeur : Gallimard - Traduit avec talent de l'islandais par Eric Boury - Date de parution : Septembre 2015 - 442 pages qui m'ont touchée-coulée.
Après avoir quitté femme et enfants et s’être installé au Danemark, Ari revient en Islande à Keflavík. Il aura fallu d’un paquet envoyé par son père qu’il retourne sur la terre de sa famille et le lieu il a grandi. Keflavík un ancien village de pêcheurs flanqué d’une base américaine qui aujourd’hui périclite.
Dès les premières lignes, la magie opère. L’écriture de Stefansson traduite admirablement par Eric Boury se délecte. Un roman et un siècle d’histoire, trois générations depuis Ari à ses grands-parents Oddur et Margrét. Oddur marin respecté dont l’épouse Margrét à la beauté sensuelle sombrera dans la mélancolie comme ayant oublié ce qu’était le bonheur. Une époque où la pêche permettait de vivre car les règles économiques et les systèmes de quotas n’avaient pas été imposés. Quand Ari a quitté l’Islande brutalement, « il s’est fait fuir lui-même. Ou peut-être est-ce que c'est sa vie qui a déclenché sa fuite, le quotidien, les choses qu’on ne règle pas, celles auxquelles il avait refusé de se confronter, ajoutées à tous ces menus détails qui s’accumulent sans qu’on y prête attention parce que, je le suppose, nous sommes trop occupés, trop négligents, trop lâches, pour toutes ces raison-là peut-être », cette époque était déjà révolue. « Celui qui ne ressent aucune souffrance et n’est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n’a jamais vécu ». A la lecture de cette phrase et de très nombreux passages, j’ai été plus qu’émue. Parce que ce roman nous parle de la vie, de la mort, des sentiments et de l'art. C’est un voyage en Islande mais également un voyage introspectif. S’y mêlent la beauté rude des paysages et de la mer, celle d’une écriture qui allie simplicité, poésie et nous marque durablement.
Le flirt de l’existence avec la mort, la mélancolie soufflent tout au long de ces pages mais jamais ce roman n’est plombant. C’est tout l’art de Stefansson qui une fois de plus m’a touchée-coulée…
L'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie,sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine.
Lu de cet auteur : Entre ciel et terre - La tristesse des anges
Après avoir quitté femme et enfants et s’être installé au Danemark, Ari revient en Islande à Keflavík. Il aura fallu d’un paquet envoyé par son père qu’il retourne sur la terre de sa famille et le lieu il a grandi. Keflavík un ancien village de pêcheurs flanqué d’une base américaine qui aujourd’hui périclite.
Dès les premières lignes, la magie opère. L’écriture de Stefansson traduite admirablement par Eric Boury se délecte. Un roman et un siècle d’histoire, trois générations depuis Ari à ses grands-parents Oddur et Margrét. Oddur marin respecté dont l’épouse Margrét à la beauté sensuelle sombrera dans la mélancolie comme ayant oublié ce qu’était le bonheur. Une époque où la pêche permettait de vivre car les règles économiques et les systèmes de quotas n’avaient pas été imposés. Quand Ari a quitté l’Islande brutalement, « il s’est fait fuir lui-même. Ou peut-être est-ce que c'est sa vie qui a déclenché sa fuite, le quotidien, les choses qu’on ne règle pas, celles auxquelles il avait refusé de se confronter, ajoutées à tous ces menus détails qui s’accumulent sans qu’on y prête attention parce que, je le suppose, nous sommes trop occupés, trop négligents, trop lâches, pour toutes ces raison-là peut-être », cette époque était déjà révolue. « Celui qui ne ressent aucune souffrance et n’est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n’a jamais vécu ». A la lecture de cette phrase et de très nombreux passages, j’ai été plus qu’émue. Parce que ce roman nous parle de la vie, de la mort, des sentiments et de l'art. C’est un voyage en Islande mais également un voyage introspectif. S’y mêlent la beauté rude des paysages et de la mer, celle d’une écriture qui allie simplicité, poésie et nous marque durablement.
Le flirt de l’existence avec la mort, la mélancolie soufflent tout au long de ces pages mais jamais ce roman n’est plombant. C’est tout l’art de Stefansson qui une fois de plus m’a touchée-coulée…
L'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie,sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine.
Lu de cet auteur : Entre ciel et terre - La tristesse des anges
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