mardi 22 décembre 2015
Emma Hooper - Etta et Otto
Editeur : Les Escales - Traduit de l'anglais (Canada) par Carole Hanna - Date de parution : Octobre 2015 - 432 pages qui vrillent le coeur !
« Je devrais peut-être partir, répondit Etta. Dans un endroit pour les gens qui s’oublient eux-mêmes. Mais je me souviens, dit Otto. Si je me souviens et que tu oublies, on peut sûrement s’équilibrer. » Mais Etta quatre-vingt- trois ans a pris sa décision et elle quitte un matin leur région du Saskatchewan pour voir la mer. Elle s’en va bottes aux pieds avec trois fois rien à manger pour un long périple et le vieux fusil d’Otto. Lorsqu’il se rend compte de son départ, il l’accepte et ne cherche pas à alerter Russel, son frère de cœur et ami depuis l’enfance. Il ne sait pas comment se débrouiller sans Etta mais il y va essayer.
Otto, Etta et Russel trois personnes liées par l’histoire, les souvenirs et l’amour sous différentes facettes. Mêlant la marche d’Etta à travers le Canada et les événements passés, Emma Hooper nous livre un magnifique premier roman où il est question d’amour, de la guerre à laquelle a participé Otto, la famine, l’amitié et l’esprit d’Etta qui s’effiloche.
Roman d’une beauté rare avec une jolie pudeur où Etta et son coyote qui parle, Russell et Otto nous confient leurs rêves passés ou présents tout comme leurs peines, et ce qu’ils ont traversé. L’auteure nous transporte dans un monde en équilibre entre réalité et poésie. Avec précision et avec un rythme où le temps n’est qu’une mesure, elle nous dépeint les sentiments de ses personnages avec une écriture unique. Une lecture tissée hors du temps qui nous imprègne, nous vrillent le cœur et l’esprit ! Un roman incroyablement lumineux où une force se dégage de la douceur qui nous enveloppe longtemps.
Elle essayait de dormir sans qu’aucune partie de son corps ne touche celui d’Otto afin que ses souvenirs à lui ne trouvent point de contact pour se glisser dans les siens
Chère E.,Comprenez-moi bien, il y a du monde partout ici. On dort, on on mange, on marche les uns avec les autres, côte à côte. On respire le même air, on dort du même sommeil. Comme à la maison en fait. Mais quand même, Etta, il y a cette espèce de connexion dont je découvre le besoin seulement au moment où elle disparait. Après tous ces mois sans recevoir de lettres. Une certaine couche de solitude. Comprenez-moi bien, il y a du monde partout ici. On dort, on on mange, on marche les uns avec les autres, côte à côte. On respire le même air, on dort du même sommeil. Comme à la maison en fait. Mais quand même, Etta, il y a cette espèce de connexion dont je découvre le besoin seulement au moment où elle disparait. Après tous ces mois sans recevoir de lettres. Une certaine couche de solitude.
Les billets d'Antigone, Cathulu, Cuné, Isabelle, Jostein
dimanche 20 décembre 2015
Marie-Hélène Lafon - Chantiers
Éditeur : Editions des Busclats - Date de parution : Août 2015 - 120 pages magnifiques !
Celle qui a quitté son pays et la ferme familiale car elle pouvait entreprendre des études et devait les réussir (condition sine qua non) a commencé à écrire à 34 ans et a été publié pour la première fois à l’âge de 39 ans.
Avec Chantiers, nous sommes avec elle à l’établi « in situ ; et c’est une place, une place dans le monde, un creux pour le vertige et la jubilation, ensemble, les deux, à fond à fond à fond », un lieu « où ça fermente, où je fomente ». « Nous y sommes, au corps à corps, au contact, jusqu’au cou avec les mots, la phrase et le phrasé, le récit ». Car Marie-Hélène Lafon explore les mots, les creuse jusqu’à l’os, matière vivante sous ses doigts qu’elle pose et repose sur l’établi.
Un écrivain exigeant avec son travail qui nous enchante en parlant de grammaire (un pour régal), de ponctuation, de temps, de son amour pour Flaubert et qui a toujours en tête celui ou celle qui recevra ses textes. « la phrase est tendue et travaillée pour lui rentrer dedans, pour rentrer dans les lecteurs, leur faire perdre et chercher, perdre ou chercher, rechercher, recouvrer leur respiration, et leur souffle. La phrase est faite pour leur passer dessus, au travers, pour les caresser pour les broyer les caresser les consoler les acculer les empoigner les débusquer les pousser dans leurs retranchements les plus embroussaillés les consoler les caresser. La phrase est faite pour danser. »
Marie-Hélène habite l’écriture, les mots « c’est toujours être dans la langue, l’habiter comme on habiterait une maison, la triturer, fourrager en elle, c’est toujours faire rendre gorge aux mots et les apprivoiser, l’un n’excluant pas l’autre, pour vivre mieux, si vivre c’est aussi dire ; car vivre, ce serait aussi dire, pas seulement, mais aussi ».
C’est beau, puissant, vivant, éblouissant, on fait corps avec ces chantiers.
Un livre qui nous parle, nous enveloppe, nous transperce et prend possession de nous. Magnifique !
Lu de cette auteure : Joseph - L'annonce - Les pays - Traversée
Celle qui a quitté son pays et la ferme familiale car elle pouvait entreprendre des études et devait les réussir (condition sine qua non) a commencé à écrire à 34 ans et a été publié pour la première fois à l’âge de 39 ans.
Avec Chantiers, nous sommes avec elle à l’établi « in situ ; et c’est une place, une place dans le monde, un creux pour le vertige et la jubilation, ensemble, les deux, à fond à fond à fond », un lieu « où ça fermente, où je fomente ». « Nous y sommes, au corps à corps, au contact, jusqu’au cou avec les mots, la phrase et le phrasé, le récit ». Car Marie-Hélène Lafon explore les mots, les creuse jusqu’à l’os, matière vivante sous ses doigts qu’elle pose et repose sur l’établi.
Un écrivain exigeant avec son travail qui nous enchante en parlant de grammaire (un pour régal), de ponctuation, de temps, de son amour pour Flaubert et qui a toujours en tête celui ou celle qui recevra ses textes. « la phrase est tendue et travaillée pour lui rentrer dedans, pour rentrer dans les lecteurs, leur faire perdre et chercher, perdre ou chercher, rechercher, recouvrer leur respiration, et leur souffle. La phrase est faite pour leur passer dessus, au travers, pour les caresser pour les broyer les caresser les consoler les acculer les empoigner les débusquer les pousser dans leurs retranchements les plus embroussaillés les consoler les caresser. La phrase est faite pour danser. »
Marie-Hélène habite l’écriture, les mots « c’est toujours être dans la langue, l’habiter comme on habiterait une maison, la triturer, fourrager en elle, c’est toujours faire rendre gorge aux mots et les apprivoiser, l’un n’excluant pas l’autre, pour vivre mieux, si vivre c’est aussi dire ; car vivre, ce serait aussi dire, pas seulement, mais aussi ».
C’est beau, puissant, vivant, éblouissant, on fait corps avec ces chantiers.
Un livre qui nous parle, nous enveloppe, nous transperce et prend possession de nous. Magnifique !
Lu de cette auteure : Joseph - L'annonce - Les pays - Traversée
Anna Enquist - Les endormeurs
Editeur : Actes Sud - Traduit du néerlandais (Pays-bas) par Arlette Ounanian - Date de parution : 2013 - 365 pages et un avis mitigé
Ils sont frère et sœur : Suzanne est anesthésiste dans un hôpital et Drik est psychothérapeute. Tous deux par leur travail soignent la douleur de façon différente. Suzanne l’empêche de surgir en aval d’une opération tandis que Dirk cherche sa cause souvent inconsciente chez son patient.
Eprouvé depuis la mort de son épouse, Drik recule à reprendre son travail et passe ses soirées chez Suzanne. Il s’entend à merveille avec Peter le mari de Suzanne qui est psychiatre. Rose la fille de Suzanne et de Peter a quitté le domicile familial depuis la mort de sa tante Hannah avec qui elle était très liée. Hannah manque également à Susanne qui l’a accompagnée des mois durant lors de la maladie. Ce sont des êtres marquée par le deuil, le chagrin. De plus, Suzanne n’arrive pas à communiquer avec sa fille alors qu’elle est très à l’aise dans son travail qu’elle aime. Drick accepte l’analyse didactique (obligatoire) d’Allard un étudiant en psychiatrie.
L’histoire va prendre une tournure inattendue à cause d’Allard qui va côtoyer le frère et la sœur par ses études.
L’auteure nous décrit le travail de Suzanne mais dissèque les opérations chirurgicales où elle intervient. N’étant pas étudiante en médecine (ni médecin), j’ai trouvé cela très technique et sans grand intérêt.
Si l'histoire est un peu "poussive", elle devient plus intéressante par la suite et nous dévoile des personnages sous une autre lumière. Par contre, je n’ai pas compris, très (ou trop) souvent, Suzanne et je n’ai pas pas eu de clés me donnant des explications à ses comportements.
Anna Enquist s’est attaqué à un sujet vaste (« (elle) interroge le rôle et l'éthique de deux corps médicaux face à la douleur. Les anesthésistes, endormeurs de l'être sensible, sont ici observés en regard des analystes, qui dans leur pratique convoquent l'inconscient et libèrent la souffrance » 4ème de couverture) et l’ensemble n’est peut-être pas à la hauteur (avec des fausses coïncidences). Donc un avis mitigé au final.
Ils sont frère et sœur : Suzanne est anesthésiste dans un hôpital et Drik est psychothérapeute. Tous deux par leur travail soignent la douleur de façon différente. Suzanne l’empêche de surgir en aval d’une opération tandis que Dirk cherche sa cause souvent inconsciente chez son patient.
Eprouvé depuis la mort de son épouse, Drik recule à reprendre son travail et passe ses soirées chez Suzanne. Il s’entend à merveille avec Peter le mari de Suzanne qui est psychiatre. Rose la fille de Suzanne et de Peter a quitté le domicile familial depuis la mort de sa tante Hannah avec qui elle était très liée. Hannah manque également à Susanne qui l’a accompagnée des mois durant lors de la maladie. Ce sont des êtres marquée par le deuil, le chagrin. De plus, Suzanne n’arrive pas à communiquer avec sa fille alors qu’elle est très à l’aise dans son travail qu’elle aime. Drick accepte l’analyse didactique (obligatoire) d’Allard un étudiant en psychiatrie.
L’histoire va prendre une tournure inattendue à cause d’Allard qui va côtoyer le frère et la sœur par ses études.
L’auteure nous décrit le travail de Suzanne mais dissèque les opérations chirurgicales où elle intervient. N’étant pas étudiante en médecine (ni médecin), j’ai trouvé cela très technique et sans grand intérêt.
Si l'histoire est un peu "poussive", elle devient plus intéressante par la suite et nous dévoile des personnages sous une autre lumière. Par contre, je n’ai pas compris, très (ou trop) souvent, Suzanne et je n’ai pas pas eu de clés me donnant des explications à ses comportements.
Anna Enquist s’est attaqué à un sujet vaste (« (elle) interroge le rôle et l'éthique de deux corps médicaux face à la douleur. Les anesthésistes, endormeurs de l'être sensible, sont ici observés en regard des analystes, qui dans leur pratique convoquent l'inconscient et libèrent la souffrance » 4ème de couverture) et l’ensemble n’est peut-être pas à la hauteur (avec des fausses coïncidences). Donc un avis mitigé au final.
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