lundi 22 février 2016

Stephen Benatar - Daisy, Daisy

Editeur : Le Tripode - Traduit de l'anglais par Christel Paris - Date de parution : Février 2016 - 395 pages pétillantes et grinçantes.  

Que s’est–il passé dans la maison d'Hendon à Londres où vivaient Dan Stermont, veuf, âgé de  83 ans, sa sœur Marsha divorcée et leur belle-soeur Daisy presque nonagénaire ? Depuis plus d’un an, ils vivaient reclus et Marsha toujours très exigeante sur la propreté avait laissé la crasse tout envahir jusqu’aux fenêtres. La police forcée d'ouvrir le domicile n'a pu que constater le décès des deux femmes et la  mort beaucoup plus antérieure de Daisy.  Incapable de s'exprimer, Dan semblait avoir perdu la tête.

Sans suivre une chronologie linéaire, nous découvrons une cohabitation difficile quand Dan et Marsha ont accepté que Daisy vienne vivre avec eux mais aussi leurs relations sur plus de quarante ans. Dans l’Angleterre des années 30, Daisy jeune infirmière au caractère bien trempé épouse un jeune homme un peu plus jeune qu’elle. Hélas ce dernier souffre de tuberculose et elle se retrouve très vite veuve sans se laisser abattre.  Chez les Stormont, sa belle-famille, elle ne fait guère l’unanimité. Sa belle-mère et elle se détestent, tandis que son beau-frère Dan et sa belle-sœur Marsha la supportent difficilement. Car Daisy n’a pas son pareil pour lancer des piques ou s’imposer.  Jeune mariée, Marsha tente de se montrer gentille envers Daisy même si mon mari Andrew autoritaire et sec ne veut pas entendre parler d’elle. Pourtant tous deux se trouvent des points communs comme les échecs et il admire chez elle sa vivacité d'esprit, élément qui manque à la jolie Marsha. Egoïste, Daisy provoque dans sa belle-famille des petits cataclysmes en leur ouvrant les yeux ou en les méprisant. Ses réflexions, ses paroles même en apparence doucereuses sont très souvent à double sens. Cultivée, elle aime les références littéraires, cinématographiques, musicales ou historiques ( et c'est un régal).

Stephen Benatar ne se contente pas de donner un point de vue, des ressentis, et des pensées à travers un seul de ses personnages. Non, il place le lecteur aux côté de Daisy ou de Marsha ou d’Andrew et nous offre ainsi la possibilité d’avoir tous les avis sur une même situation.
Cette satire sans concession  est très bien menée avec une analyse très fine de la psychologie des personnages qui sont attachants malgré leurs défauts. Les rancoeurs et les amertumes accumulées sur des décennies, ajoutées à la vieillesse (au lieu d’appeler à la sagesse) vont enclencher envie de vengeance et amour de la famille. Mais je n'en dis pas plus.
Du vitriol, de l’humour noir mais aussi de la tendresse pour ce roman vif, pétillant, grinçant (et à noter un très bon  travail de traduction) !

- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'on connaît de la vie à vingt et un ans? Cent vingt-et-un, là, peut-être, je comprendrais. À cet âge là, vous pouvez éventuellement commencer à être intéressant. Ça se discute, cependant, ajouta-t-elle en regardant le plafond.

Lu de cet auteur : La vie rêvée de Rachel Warring

samedi 20 février 2016

Jean-Louis Fournier - Ma mère du Nord

Editeur : stock - Date de parution : Septembre 2015 - 198 pages sensibles et délicates.

Ce livre est un hommage à celle qui n’apparaissait que brièvement dans "Il a jamais tué personne, mon papa". Un bel hommage à sa mère où l’amour voilé de pudeur se mêle à un humour moins caustique que d’habitude. Celle qui voulait être heureuse n’a vu que de loin le bonheur à cause de l’alcoolisme de son mari : « ma mère est tombée sous le charme. Il l’a fait chavirer ». Un homme dont personne ne savait dans quel état il rentrerait le soir après sa tournée de médecin qui s’effectuait auprès des malades mais aussi dans les bistrots. Une charge et une honte qu’elle a supportée avec courage en mettant bien souvent son orgueil de côté. Et en ce point, ce livre complète parfaitement le tableau peint dans "Il a jamais tué personne, mon papa". Surviendra le décès de son père âgée de quarante ans rongé par l’alcool « Notre père aura bu jusqu’a à la fin de sa vie. Il aura gâché sa vie, beaucoup de notre mère, un peu la nôtre » : les blessures même passées ne sont pas oubliées. La mère de Jean-Louis Fournier ne montrait pas ses sentiments mais elle a fait découvrir à ses enfants ses passions comme la musique et le théâtre à ses enfants.

Moi qui suis une inconditionnelle de cet auteur, "la Servante du seigneur" m’avait mise mal à l’aise ( et pas de billet de rédigé) mais ce nouveau livre de Jean-Louis Fournier m’a vraiment énormément touchée. Un message d’amour beau, sensible et délicat et tout en nuances d’un fils à sa mère. Et celui qui était le plus turbulent de la fratrie écrit : « elle ignorait qu’elle avait été la plus grande chance de ma vie. Je n’ai pas osé le lui dire, elle m’avait appris à taire mes sentiments. »

Lu de cet auteur :Où on va Papa ? -Il a jamais tué personne, mon papa -Le C.V. de Dieu - Satané Dieu !Veuf

jeudi 18 février 2016

Jayne Anne Phillips - Tous les vivants (Le crime de Quiet Dell)

Editeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville - Date de parution : Janvier 2016 - 533 pages et une belle découverte !

Park Ridge, Illinois, 1931. Devenue veuve depuis peu, Asta Eicher âgée de quarante-cinq ans mère et de trois enfants se retrouve dans uns situation financièrement difficile. Malgré l’aide de sa belle-mère, l’argent manque. Et quand celle-ci décède à son tour, l’avenir apparait bien sombre. Locataire d’une chambre chez les Eicher, Charles O’Boyle demande sa main à Asta mais cette dernière refuse. Il ne sait pas qu’elle correspond avec un certain Cornelius O. Person qui lui a promis monts et merveilles. Par le biais d’une simple annonce passée dans un journal, pensant à ses enfants et à leur bien-être, elle a déclenché un compte à rebours fatal et sans issue.

Entièrement inspiré d’un faits réel, Asta Eicher et ses trois enfants seront les victimes de Person. L’affaire Harry Powers (c’était son véritable nom) a déclenché aux Etats-Unis colère et effroi. En inventant une jeune journaliste Emily Thornhill déterminée mais aussi sensible, Jayne Anne Phillips brode une autre histoire romancée autour de celle du serial killer avec des personnages dotés de cette valeur du bien, de la justice, de bonté et de tolérance.
A travers l’enquête d’Emily sur les traces de Powers (et de ses interrogations sur ses motivations), sa bienveillance envers ceux qui ont disparus est frappante comme si le sort des Eicher l’avait frappée personnellement. Le sordide n’a pas sa place et jamais le lecteur ne se retrouve en position de voyeuriste.
On ne voit pas les pages défiler enrichies de photos et d’extraits de presse de l’époque mais qui donne également la parole à Annabel une des filles d’Asta qui veille sur les siens. Un récit où l’atmosphère et l’ambiance sont la plupart du temps comme feutré en décalage avec les meurtres commis par Harry Powers. Le Bien comme pour amoindrir le Mal et au final un roman lumineux aussi paradoxal que cela puisse paraître car tout est très bien mené.

Il ne faut pas oublier la très belle écriture de l’auteure aux accents lyriques(à noter le très bon travail de de traduction). Une belle et étonnante découverte ! 

Un livre repéré sur la table des livres "aimés  et coups de cœur" des libraires de Dialogues. Merci Arnaud !

Les Eicher étaient comme un beau village enchanté sur lequel s'abattirent  des pluies d'étoiles néfastes. Ils n'étaient pas les seuls à connaître ces épreuves, bien sûr, mais ils gardaient la tête haute avec noblesse et patience, élevant la comédie du bonheur au rang de grand art, une vraie leçon de morale et de courage.

- Chez eux ? s'étonna Emily.Mais les victimes dans toute ça?
Il la regarda droit dans les yeux, comme pour reconnaître qu'elle avait marqué un point. "La catastrophe ne vient pas de chez eux, pas de chez nous, il n'y a donc pas cette part de deuil, de responsabilité ou de honte qui en ferait davantage qu'un spectacle inouï. Ce n'est pas que dans les petites bourgades ou dans les campagnes on manque de compassion. La journaliste de la grande ville que vous êtes doit trouver cela évident."
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