mardi 24 mai 2016

Eddie Joyce - Les petites consolations

Éditeur : Rivages - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Madeleine Nasalik - Date de parution : Mai 2016 - 476 pages addictives ! 

Les Amandola une famille italo-américaine est marquée par le 11 septembre 2001. Bobby un des trois fils pompier a été porté disparu. Dix ans plus tard, sa veuve Tina mère de deux enfants s’autorise à aimer quelqu’un d’autre. Comment vont réagir Gail et Michel les parents de Bobby et ses deux frères ?

Eddie Joyce nous fait entrer dans l’intimité de chacun des membres de la famille : comment ils ont vécu le deuil et comment ils vivent à présent. Gail entretient en permanence le souvenir de son fils cadet. Chaque jour, elle passe dans son ancienne chambre. Michael ancien pompier se culpabilise d’avoir donné envie à son fils de suivre sa trace. Et s'ils forment un couple solide, ils ont connu des tempêtes bien avant la mort de Bobby.
Tina ne sait pas comment annoncer sa relation toute récente. Elle appréhende et craint la réaction de chacun. Comme celle d’être heureuse à nouveau ou de ne pas y réussir. Car elle et Bobby se connaissaient depuis le lycée. Peter le frère aîné de Bobby consacre tout son temps à son travail d'avocat, il assiste à l'effondrement de son mariage et de sa carrière. Ses parents ne sont pas au courant car entre lui et sa mère, la communication a toujours été difficile. Dès le lycée Franky lui s’est très vite attiré des ennuis . L’alcool, la drogue et la mort de son frère lui a fait perdre tous ses repère car il  le vénérait. En nous retraçant l'histoire des parents de Gail de souche irlandaise et ceux de Michael des italiens venus s’installer aux Etats-Unis, on remonte d'une génération.
Et l'on découvre ce qu’ils aspiraient pour leurs enfants, leurs espoirs et leurs désillusions.

Un premier roman complètement addictif qui nous plonge au cœur de cette famille ou la psychologie de chacun des personnages est détaillée, creusée tout comme les relations sans aucun pathos mais avec une réelle empathie et de l'humour.
J’ai juste un bémol  : certains passages sont moins réussis avec quelques petites longueurs.
Mais j'ai vibré,  j'ai aimé chacun d'eux avec leurs qualités et défauts et en particulier Gail et Tina. Roman également sur les origines où tout est très juste !

Mais cela ne se passe pas ainsi. La douleur présente plusieurs dimensions, une certaine densité. Plusieurs visages, plusieurs facettes. Elle vous heurte chaque jour sous un angle différent. Elle mérite notre respect, à bien des égards. On doit porter le deuil de tout : des défauts comme des qualités, des mauvais moments comme des bons. Il faut retourner le moindre caillou et accueillir à bras ouverts les souffrances qui s'y tapissent. C'est à cela que servaient les histoires qui parlaient de Bobby. Ensemble, Tina et n'ont négligé aucun caillou.

- Tu es italien par le sang. Moi, par la géographie. 
 Elle regarde la colère de son fils s'effriter. Il trempe un morceau de toast dans le jaune de son oeuf. 
- Italienne par la géographie ? Elle est pas mal, celle-là. Ça fait combien de temps que tu la gardais au chaud ? 
 - Quelques années, j'attendais le bon moment. 
 - Bien joué. 
 Il rit, elle sourit. Elle boit son café. Elle devrait jeter l'éponge, ne pas gâcher cette bonne ambiance, finir sur cette note. Mais l'intransigeance de Peter l'exaspère. Sa vie toute entière est une façon de dire qu'il la rejette, qu'il rejette les siens, qu'il rejette la façon dont il a été élevé. Elle est perdue.

samedi 21 mai 2016

Jean-Luc Seigle - Excusez-moi pour la poussière

Editeur : Flammarion - Date de parution : Janvier 2016 - 88 pages et un régal !

Cette pièce de théâtre écrite par Jean-Luc Seigle (du théâtre ? Oui et j’avoue n’en avoir pas lu depuis le temps du collège/lycée) met en scène Dorothy Parker. Et Jean-Luc Seigle se glisse dans sa peau avec brio ! En huit tableaux allant de 1950 à 1962, Dorothy Parker sous la plume de l’auteur revit et c’est un pur plaisir. Dans sa chambre de l'hôtel Volney, le plus souvent un verre de whisky à la main, au téléphone soit son ex-mari ( qu’elle épousera une seconde fois et dont elle divorcera encore) soit avec une de ses amies ou encore avec Charly le concierge de l’immeuble, j’ai retrouvé son humour caustique, grinçant, acéré que j’avais découvert avec Hymnes à la haine puis dans Mauvaise journée demain.

Car Dorothy Parker dit  ce qu’elle pense. Des femmes d'intérieur au monde d'Hollywood, de son incapacité à écrire à un roman en passant par  la société américaine, elle n’épargne personne. Mais cette pièce permet également d'apprendre des éléments de la vie de Dorothy Parker que j’ignorais. Par exemple, ayant  pris la défense de deux personnes, elle sera victime du maccarthysme et taxée d’être communiste, et bien d'autres choses.

Jean-Luc Seigle rend un bel hommage à cette nouvelliste et scénariste. Une femme engagée , fine observatrice à la personnalité incroyable mais également fragile. Un régal !
Cette pièce été jouée au théâtre Le Lucernaire de janvier à mars 2016.

Ca prend juste du temps d'être méchant. Je dis juste la vérité, toute la vérité, et il arrive quelque fois que la vérité soit méchante.

Et dire que ce qui m'attend c'est une vraie vie de femme ...d'intérieur. Pourquoi nous les femmes finissons toujours par croire qu'une maison, un bout de jardin, une machine à laver, un frigo, un mari, un enfant et un chien c'est la panacée? 

Écrire un roman sur les acteurs et Hollywood ? Tu n'y penses pas, Misty. Il n'y a que les gens apparemment ordinaire qui sont des sujets intéressants.

Lu de Jean-Luc Seigle :   Je vous écris dans le noir - En vieillissant les hommes pleurent

Le billet de l'Irrégulière
Merci Delphine (Dialogues) !

vendredi 20 mai 2016

Tracy Chevalier - A l'orée du verger

Éditeur : Quai Voltaire - Traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff - Date de parution : Mai 2016 - 320 pages.

1838, Etats-unis. La famille Goodenough s’installe dans l’Ohio après voir quitté le Connecticut. Back Swamp leur offre des terres marécageuses difficilement cultivables. Le père James a emporté avec lui des graines de pommes originaires d’Angleterre. Il décide de les planter pour obtenir ces fruits à la saveur sucrée et ensuite de les greffer sur d'autres pommiers. Sadie son épouse ne jure que par les pomme acides celles qui permettent d’obtenir de l’eau-de-vie. Depuis que la fièvre a emporté cinq sur de leurs enfants, elle boit de plus en plus. Une femme dure, sans coeur même avec ses enfants toujours en vie. Robert le cadet aide son père et comme lui a l’amour des arbres.

Une tragédie oblige  Robert à partir. Il décide de tenter sa chance vers l’Ouest et après avoir occupé différents métiers,  il rencontre un botaniste anglais en Californie. Ce dernier prélève des graines de séquoias géants et des jeunes plants destinés aux jardins anglais d’hommes fortunés. Robert travaille désormais pour le botaniste. Nous sommes alors 1956 et n’ayant jamais reçu de réponse à ses lettres, il pense que toute sa famille est décédée. Mais Martha toujours vivante a traversé l’Amérique et le retrouve.

Tant j’avais vibré d’émotions à la lecture d'Une jeune fille à la perle et de Prodigieuses créatures, tant je suis restée assez indifférente à ce roman. Après un début assez lent, mon intérêt s’est réveillé avec Robert. Mais malheureusement je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages. Les émotions ont été absentes et peu à peu, je me suis détachée de l’histoire. Un autre point : la présentation de l’éditeur laisse penser que nous allons découvrir le trajet de Martha pour rejoindre Robert. Ce qui n’est pas le cas car elle le relate à son frère de façon assez brève.
En conclusion, je suis complètement passée à côté de ce roman incluant des faits historiques réels ( et pourtant j'aurais voulu aimer ce livre).

Les billets de Gwénaëlle, Keisha,Séverine
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