mardi 31 mai 2016

Miossec - Mammifères

Le dixième album de mon chouchou Christophe Miossec est sorti le 27 mai dernier ( acheté le jour même) et j'ai pris le temps de l'écouter moult fois avant de vous en parler.


Chaque album de Christophe Miossec a une histoire, Mammifères n'y déroge pas.

 "Ce projet est né au mois de mai 2015 avec la rencontre de Mirabelle, Johann et Léandre. Nous avons formé un "petit ensemble" avec l’idée de pouvoir jouer n’importe où, dans des petits lieux, avec ce désir de vouloir faire du bien, le temps d’un concert. Radical a monté une tournée qui nous a emmenés dans d’anciennes boîtes de nuits, un jardin de cathédrale, devant un musée maritime, dans une coopérative, dans un vignoble, une cour d’école, un musée, une guinguette, sous des chapiteaux, une grange. C’est de là que vient "Mammifères""

Une musique où l'accordéon, le violon s'accordent à  merveille à des rythmes tsiganes. Et c'est beau !
C'est rock ou plus doux et ça vous imprègne jusqu'à l'os.

Christophe Miossec est un chanteur engagé qui parle du social, de ce qui se passe. Homme blessé par la perte d'un ami puis par les attentats terroristes du Bataclan, il a mis des mots pour en parler.  Ce qui donne des chansons  comme La vie vole, Après le bonheur et L'innocence.
Après la sublime chanson Maman de l'album L'étreinte, ici il signe une chanson Papa qui est à pleurer.

Mammifères est un album sublime et touchant !!

Et je remercie toutes celles  qui m'ont signalée les interviews (télé, radio, presse) de Miossec.

* Message pour Christophe Miossec (s'il passe par là ) : on vous attend à Brest dans la salle intimiste du Vauban. Et merci pour la dédicace sur Ici basIci-Même.


Extrait de la chanson Papa




lundi 30 mai 2016

Marie-Hélène Lafon - Histoires


Éditeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Octobre 2015 - 314 pages magnifiques !

Vingt nouvelles où l’on retrouve des gens de la campagne pas forcément des gens de la ferme, des villages, la ruralité, des gens du Cantal et ce « pays » avec sa rigueur hivernale mais également sa beauté. Des couples mariés, des personnes seules, des jeunes, des familles : les relations sont décrites avec le mot juste, calibré comme toujours chez Marie-Hélène Lafon. Des vies dures où l’on travaille sans rechigner, où l’on n’a pas le temps de s’apitoyer sur soi, les non-dits également. Apreté des vies où viennent se glisser quelquefois des rêveries, des souvenirs mais aussi quelquefois de la compassion. Le quotidien est raconté avec une richesse de la langue.
Le corps également a son importance. Comme dans le première nouvelle Liturgie qui raconte la toilette du père et de ses filles qui à tour de de rôle lui lavent le dos avec un gant. Pas de dialogues tout est dans les gestes, les regards. Ou encore dans un pensionnat, une religieuse surveille depuis des années les douches des adolescentes, "L’hygiène de la chair n'est rien quand le Verbe est soudé, sali, piétiné". Dans cette nouvelle L’hygiène, les deux dernières pages se lisent presque dans un souffle sur un rythme scandé par les mots de la prière.

Des nouvelles m’ont vrillée le cœur : le suicide de Roland " Peu importe qu'il ait ou non connu l'ardeur des corps, à la sortie d'un bal, sur un chantier, dans une ferme isolée, ou dans son atelier ; peu importe puisqu’il reste de lui qu'une trace de solitude, lisse et infime, à la surface de nos mémoires. ", l’histoire d’Alphonse le simple d’esprit.
D’autres derrière une certaine innocence en apparence comme La communiante révèlent une forme de cruauté. Jeanne l'institutrice, amante d'un prêtre, est d’une beauté à double tranchant.
Une ponctuation qui quelquefois se fait rare pour donner une densité supplémentaire. Et quand l’ironie s’invite, elle précède la noirceur.

La dernière nouvelle Histoires serait à citer entièrement. Marie-Hélène Lafon revient sur son enfance avec l’apprentissage de l’écriture et de la lecture. Mais aussi son rapport à l’écriture : " Il n'est pas plus facile, n'est plus difficile, je le crois aujourd'hui, décrire des nouvelles que des romans ; c'est seulement une autre affaire, en terme de distance et de souffle, d’élan et de tension. (..) Il y a moins de matière, de pâte textuelle à malaxer, à pétrir, à travailler sur un chantier de nouvelles à établi du roman, mais la question de la tension du récit s’y pose en des termes cuisants et cruciaux. En trois pages en dix ou trente, il faut, il faudrait tout donner à voir, à voir et à entendre, à entendre et à attendre, à deviner, humer, sentir, flairer, supposer, espérer, redouter.. Il faut, il faudrait tout ramasser, tout, et tout cracher ; il faut que ça fasse monde, ni plus ni moins qu‘un roman de 1322 pages, que les corps y soient, que la douleur y soit, la couleur, et le temps qui passe, ou ne passe pas, et la joie, et les saisons, et les gestes, le travail, les silences, les cris, la mort, l'amour, et la jubilation d'être, et tous les vertiges, et les arbres, le ciel, le vent. Il faudrait. »"

Un recueil magnifique et l’écriture de Marie-Hélène Lafon est de l’orfèvrerie !

Le billet d'EvaKeisha et Sabine ont lu Album qui comprend également ces nouvelles.

Sur ce blog : Chantiers - Joseph - L'annonce - Les pays  - Traversée

samedi 28 mai 2016

Guomundur Andri Thorsson - La valse de Valeyri

Éditeur: Gallimard - Traduit superbement de l'islandais par Eric Boury - Date de parution : Mai 2016 - 192 pages qui m'ont touchée-coulée.

A Valeyri petit port de pêche d'Islande, la brume tombe doucement en cette fin d’après-midi. Les seize habitants se connaissent tous, ou du moins ils le pensent. En cette journée  du 24 juin, Kata rejoint en vélo la salle où elle va diriger la chorale. C’est ce moment qui sert de point de départ à ces histoires enchevêtrées où l’auteur nous dépeint ces instantanés de vies. Mais pas que. Car l’histoire de chacun est liée à celle des autres. De l’ancien pêcheur au curé qui joue tout ce qu'il possède au poker, du poète au commerçant brouillé avec sa sœur, d’une femme qui s’interroge sur son mon mari, tous ont une histoire présente, passée et quelquefois probable pour l’avenir. Car avec talent et sans que cela choque le lecteur, Guomundur Andri Thorsson introduit des possibilités.
Les récits se déploient avec grâce et poésie. Et la brume est elle-même une voix "Je ne suis qu'une conscience. J'arrive de la mer, je longe la langue de terre, bientôt, j'aurais disparu avec la brume. Je suis la brise d'une fin d'après-midi quand je viens rendre visite aux gens vers quatre heures et demie, puis une heure plus tard, le vent m'emporte vers ce chez-moi, lequel est dans le passé, le révolu". Et au fil des pages, ces vies s'emboîtent révélant la vérité loin des suppositions et des non-dits.
Il y a du Jon Kalman Stefansson dans cet univers où l'on retrouve des questions sur le sens de la vie, sur nos existences et sur les difficultés économiques d'un pays balayé par la crise.

C’est immensément beau et ces portraits dépeints nous révèlent des fissures, des souffrances, des amours impossibles, des rancœurs, des espoirs mais sans jamais verser dans le pessimisme. Les personnages, leurs questionnements ou leurs états d’âme m’ont touchée-coulée.
La superbe traduction d'Eric Boury s’accorde à merveille au rythme et une douce mélancolie nous enveloppe sans nous alourdir.
Un livre hérisson et beaucoup de passages à relire au choix pour la beauté, pour les propos qui sèment des graines de réflexion.  

Il lui arrivait de se dire: Tout cela n'est pas la vie. Ce n'est que l'existence. Nous lions trop intimement notre bonheur à notre réussite, nous lions trop intimement notre réussite à notre confort - et nous lions trop notre confort à notre consommation. 

Il médite sur lui-même et sur ce village tandis que son bateau virevolte en s'engageant dans le chenal - il médite sur la place qu'il occupe au sein du monde. Non seulement la mer vous procure votre subsistance et la compagnie des oiseaux – mais elle vous apporte aussi l'énergie et nourrit votre cerveau. Elle vous offre un silence qui n'est pas qu'un silence, mais une résonance. Vous apporte un calme qui n'est pas immobilité, mais mouvement. Une solitude qui est identité. 

Un village ne saurait se résumer aux vagues, aux professions de ce qui l'habitent, aux hoquets d'un bateau à moteur ou aux chien qui se couchent, les pattes allongées au soleil. Il ne se résume pas à l'odeur de la mer, du mazout, du guano, de la vie et de la mort - à tout le poisson qu'on y pêche et aux noms étrangers de ses maisons. Il est également un récit qui se déploie en silence dans les rues et conserve l'image initiale des lieux qui peut un peu prennent forme et se modifie au fil des ans et des siècles. 

Certaines histoires ne sont jamais dites. Profondément ensevelies quelque part, elles influent sur l'atmosphère du village, le parent d'une couleur invisible, et forment un murmure inaudible au creux du vent.
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