mercredi 6 juillet 2016

Anne Tyler - Les adieux pour débutant

Éditeur : 10-18 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sylvie Schneider - Date de parution : Avril 2016 ( 1ère parution : 2014) - 214 pages sans fioritures et émouvantes. 

Peu de temps après la mort de sa femme ( au cours un accident bête), Aaron voit sa femme Dorothy lui apparaître "Entendez-moi bien, je n'étais pas fou ou, pour le formuler autrement je me rendais parfaitement compte que c'était cinglé de voir une morte. Je n'avais cru que les mots revenaient sur terre (d'où ?), ni que les fantômes existaient, même dans mon enfance".
Couvée par sa mère durant son enfance puis par sa sœur car handicapé au niveau d’une jambe et d’un pied, Dorothy bien que médecin n’était pas une personne à s’apitoyer sur lui ou à le dorloter. Depuis le décès de Dorothy, il doit affronter la compassion de ses voisins, de ses collègues de bureau et de quelques amis. Or tout ce qu’il souhaite c’est qu’on se comporte normalement avec lui. Obligé d’aller habiter chez sa sœur, celle–ci se s'immisce dans sa vie. Aaron tente d’échapper aux autres et repense à son mariage.

Ce roman sur la perte d'un être cher évite tout pathos car Anne Tyler mélange la fantaisie, l’ironie au réel mais elle nous décrit également avec subtilité les différentes phases par lesquelles passe Aaron .
Un roman sans fioritures et émouvant.

Le billet de Cathulu ( merci!)
Lu de cet auteur : Le compas de Noé -  Une autre femme

lundi 4 juillet 2016

Vincent Message - Défaite des maîtres et possesseurs

Éditeur : Seuil - Date de parution : Janvier 2016 - 304 pages brillantes dont on ne sort pas indemne

Avant d’entamer cette lecture, je ne savais absolument rien de ce livre hormis qu’il s’agissait d’un roman d’anticipation. Assez vague me direz-vous et un genre qui n’est pas spécialement ma tasse de thé. J’ai donc embarqué dans cette lecture en ignorant tout du thème.

L’action se déroule dans un futur indéterminé, des êtres venus d’ailleurs (on ne sait pas d’où) sont arrivés sur terre. Ils ont observé l’espèce humaine et leurs modes de vie. Puis ils ont pris le pouvoir, les êtres humains sont alors réduits à trois fonctions : "Il y a, pour résumer, trois catégories d’hommes : ceux qui travaillent pour nous; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie; ceux que nous mangeons. " Iris l’être humain de compagnie de Malo a eu un accident. Gravement blessée, les autorités médicales médicales demandent à Malo le bracelet qui contient toutes les informations relatives à Iris. Mais il y a petit souci, elle n’en pas car elle est une clandestine à l’égard des lois. Malo le narrateur  raconte son travail actuel au sein d'un comité d'éthique où il défend une loi dans un hémicycle avec des politiques concernant la durée de vie des humains, son ancien travail où il contrôlait les élevages d’humains du début à la fin de la chaine c'est-à-dire jusqu'aux abattoirs (et là, j’ai dû m’accrocher ), ses doutes et son combat pour Iris.
Ce qui est frappant c’est que ce monde futuriste ressemble à notre monde contemporain : une hiérarchisation dans le travail où les moins qualifiés n’ont aucune aucune considération (la rentabilité et la productivité dominent), les modes de vie et leurs failles sont comme un calque des nôtres (ou presque). Et on a l'impression que Malo est un humain tiraillé.

Jamais Vincent Message ne se perd dans des dérives et c’est complètement addictif.
A travers Malo, il nous interroge sur des thèmes comme la clandestinité, les rapports de domination, d’exploitation et de possession.
Un livre indéniablement brillant, dérangeant et dont on ne sort pas indemne !

Jusqu'à quand une vie d'homme mérite-t-elle d'être vécue ? Qui peut savoir cela ? Qui a le droit d'en décider ? Nous sommes pris dans ce questionnement permanent, au comité d'éthique et les années passées là-bas ne m'ont pas donné les bonnes réponses, juste des manières moins grossière d'exposer les dilemmes.

Longtemps, je n'ai pas vu, quant à moi, pour quelles raisons alambiquées j'aurais dû me confondre en remords alors que je n'étais même pas né au moment des faits. Est-ce que l'on est censé défendre les actes de ses parents comme si on avait vécu avec eux et décidé comme eux ?

Les billets de Cuné, Keisha (qui renvoie à d'autres liens), Nicole

vendredi 1 juillet 2016

Rencontre d'Annie Ernaux chez Dialogues

Après être venue une première fois parler de son livres Les années à la librairie Dialogues en 2008, Annie Ernaux nous a fait le plaisir et l'honneur de revenir à l'occasion de son nouveau livre Mémoire de fille.
Il y avait énormément de monde  :  un public varié pas exclusivement féminin et de tout âge.
J'avais amené ma "bible" Ecrire la vie à faire dédicacer ( ainsi que des livre pour mes filles et des amies) et j'en ai profité pour lui dire (avec de l'émotion dans la voix) combien  ses livres m'avaient apportée.

Son œuvre est une approche socio biographique et elle ne cesse de l'exploiter.
Je n'ai retranscris ici qu'une partie de la rencontre et des questions (la rencontre sera bientôt sur le site de Dialogues)

Q : Qu'est-ce qui a vous permis d'écrire "Mémoire de fille" ?

R : Après avoir écrit "Les années", ce texte a germé ( en 1985 une ou deux pages d'écrites) et ensuite j'ai eu l'impression qu'il fallait absolument que j'écrive ce texte car il y avait comme un trou dans ma vie. Pour moi, la vie et l'écriture s'échangent sans cesse. S'il m'a fallu du temps, ce n'est pas une question de mémoire mais c'est comment écrire quelque chose qui s'est passé il y a presque cinquante ans. Comment écrire et comment rendre ce qu'on a vécu, le sentiment du réel au moment où je l'avais vécu. L'écriture des années m' a permis d'aller vers la dissociation du "je" et du "elle".

Q :  En quoi la dissociation vous permet d'aller plus loin dans l'exposition des faits et des actes ?

R : Ca a un  effet de dédoublement et d'observer sans aucune complaisance et de mettre fin à tout sentiment. C'est une question de se mettre dans ce corps de l'époque en balayant ce qu'on sait ce qui va arriver.

Q : En ressuscitant cette fille de 58 et sa honte de fille, est-ce qu'avec ce livre vous souhaitiez toucher quelque chose de la condition  féminine ?

R : Le titre est "Mémoire de fille" et non Mémoire d'une fille car à l'époque les garçons avaient l'injonction non dite d'être des hommes le plus tôt possible alors que les filles avaient l'injonction de rester vierges jusqu'à leur mariage.

Q : Avec ce livre, vous avez "réintégré" cette fille de 58?

R : Je l'ai ressuscitée ainsi que tous les autres. Ressusciter cette année là, cette fille avec les autres. Les autres nous traversent d'une façon ou d'une autre et ont une influence sur nous.

Un immense merci  à Dialogues pour cette rencontre exceptionnelle et marquante !



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