vendredi 22 juillet 2016

Wajdi Mouawad - Anima

Éditeur : Babel - Date de parution : 2015 ( date de première parution : 2012) - 501 pages pour un coup de cœur et un uppercut !

Wahhch Debch découvre sa femme assassinée  (je vous passe les détails horribles) et l'on assiste à sa douleur par le biais d'un narrateur spécial. Car les narrateurs ne sont pas n’importe lesquels,  ce sont des animaux : araignée, corbeau, chien, écureuil, chat, cheval, différents insectes. Non pas empli de vengeance mais pour s‘assurer qu’il n’est pas l’auteur de cet acte innommable, Wahhch part à la recherche du meurtrier. Ce dernier, un Indien, s’est réfugié dans une réserve "Entre ceux qui pensent à leur propre intérêt et ceux qui pensent à l'intérêt de la communauté. Quand il y a de l'argent en jeu, ça finit par devenir violent parce que l'intérêt de la communauté va nécessairement contre l'intérêt particulier." Aucun ne veut dénoncer un des leurs, le retrouver est une mission qui revient à Wahhch.

Si l’on l’on suit le parcours de Wahhch à travers les Etats-Unis, Wadji Mouawad en donnant la parole et la réflexion, la pensée aux animaux nous plonge dans un univers hypnotique, prenant et quelquefois dérangeant. Au fil des pages, on se demande si la frontière entre animaux et humains est toujours réelle, on se questionne sur la violence humaine.
Complètement envoûtant, ce roman servi par une écriture magnifique, lumineuse et poétique, sonde au plus profond la noirceur et les profondeurs de l'âme. L’épilogue m’a laissée bouche bée, sidérée. Je ne veux pas vous en dire plus (une autre histoire sur les origines de Wahhch nous bouscule) pour vous laisser découvrir ce livre.
Un coup de cœur entier doublé d’un uppercut ! 

Je me suis reculée et je me suis enfuie pour retrouver l'obscurité profonde des arachnées, bien plus lumineuse, bien plus rassurante que cette nuit effroyable que je venais d'entrevoir et qui est, je le sais à présent le propre des humains.

Merci Cathulu !

mercredi 20 juillet 2016

Jonathan Evison - Les Fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés

Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek - Date de parution : Avril 2016 - 351 pages entre humour mordant et sensibilité. 

A quarante ans, Benjamin Benjamin en plein divorce a tout perdu. En matière de drame,  il a donné et la souffrance est toujours là. Sans emploi et sans un sou, il suit une formation rapide d’aide à la personne. Il commence un emploi auprès de Trev un adolescent atteint d’une maladie dégénérative qui le cloue dans son fauteuil roulant et le rend très dépendant.

Avec de tels thèmes, on pourrait croire que ce roman va déborder de pathos et de bons sentiments. Et bien non. Elevé par sa mère depuis sa naissance car son père a pris la poudre d’escampette, les journées de Trev commencent par le choix de la paire de basket qu’il va porter. Comme tous les ados, Il aime les jeux vidéos, regarder la télé et surtout les présentatrices de météo pour leur physique et imaginer des histoires d’amour torrides. Si Ben au départ tâtonne, très vite il noue avec Trev une belle complicité. Au fil des pages, on apprend petit à petit le passé de Ben.
Et Ben dont le poids de la culpabilité est immense et Trev abandonné par son père ont un projet insolite. Prendre la route pour aller voir le père de Trev et visiter des lieux incongrus. Débute un road-trip en minibus avec des personnages cabossés eux-aussi "j'héberge une ado en fuite, une mère célibataire enceinte jusqu'aux yeux et un gosse dans le coeur pourrait lâcher à tout moment ".

Entre humour, dérision et répliques ironiques, la sensibilité est bien présente comme les blessures des personnages. Drôle et touchant, ce roman sur la figure du père, la rédemption plaira à ceux qui aiment les livres de Marie-Sabine Roger même si l'écriture de Jonathan Evison est un peu moins savoureuse. Alors oui j’ai vraiment aimé ! 

Et cela peut paraître triste, voir pathétique, ce spectacle d'un crétin de père au foyer, incapable de travailler, qui vit aux crochets de sa femme , qui se tient à cheval sur la deuxième base, sur ses mauvais genoux, comme s'il venait de gravir l'Everest. Mais ça ne l'est pas. Ce qui est triste, c'est de ne pas pouvoir revivre ces moments. Ce qui est pathétique, c'est qu'après tout ce temps, j'essaie encore.

D'autres avis sur Babelio

samedi 9 juillet 2016

Bernard Wallet - Paysages avec palmiers

Éditeur : Tristram - Date de parution : Janvier 2016 ( 1ère parution : 1992) - 105 pages indélébiles.

Ne vous fiez pas au titre qui pourrait supposer un décor de vacances : soleil et mers bleues. La préface indique que ce texte est paru en 1984 dans une revue puis qu'il a été publié "dans sa forme définitive" une première fois chez Gallimard en 1992.
En 1976, Bernard Wellet était au Liban et plus exactement à Beyrouth.

Dès les premières lignes, on est plongé dans une ville où la guerre fait rage. Des images, des odeurs, des sons à fois témoignent en quelques lignes de l'horreur. Des scènes écrites non pas lorsqu'il était sur place mais après : "Je ne suis pas encore reparti de Beyrouth. Parfois, je me réveille la nuit au milieu d’atroces combats et je dois allumer ma lampe pour bien vérifier que je suis à Paris, rue Saint-Maur. J’écris pour quitter Beyrouth. J’écris pour que Beyrouth me quitte."
Beyrouth , ville qui l'obsède par ce qu'il y a vu, Beyrouth "sa maîtresse" , "Beyrouth qui lui manque".

De ce rapport obsédant avec cette ville, il n'oublie pas la mort omniprésente qui peut surgir : "Dans Beyrouth, la peur de la mort ne me quitte jamais. Mais c’est une peur qui m’emporte plus qu’elle ne me paralyse. Et il m’arrive parfois d’aller au-devant d’elle de crainte qu’elle ne me surprenne. Dans le dos."

 "J' écris ces souvenirs comme ils me viennent, sans ordre, sans logique" comme pour répondre au chaos de la destruction.Il nous fait part de l'atrocité d'une guerre sans pathos avec une écriture comme au couteau mais non dénuée de poésie.
Un texte qui n'a pas pris une ride, toujours d'actualité et qui donne des pages saisissantes et indélébiles.

Deux fillettes palestinienne ont été ruées par leur poupée. 
Le jouet était piégé. 

Liberté dans le meurtre.
Égalité dans le meurtre. 
Fraternité dans le meurtre. 


Beyrouth me manque 
Beyrouth est une tombe.

Merci à Arnaud (Dialogues) pour ce conseil de lecture.
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